référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-04/msg00062.html
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De Sidi à Cid ou l'écrituree d'une figure de légende.. Serge Ouaknine



>Je suis loin d'etre un specialiste de la transmission de l'oeuvre de
>Corneille en Amerique, mais pourrais-je vous proposer une solution
>philologique a votre probleme;  il me semble qu'il pourrait s'agir du
>rapprochement du "d" et du "t" en finale et de leur possible
>amuissement. Ce phenomene est des plus frequents au XVe et XVIe
>siecle. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une prononciation etrangere,
>mais la encore, je ne suis pas un specialiste.


Bonjour,
Je rappelle simplement que le mot Cid vient de l'arabe, Al Sid, le Seigneur,
Le Sieur  toute personne honorable, Sidi signifie Mon/Seigneur. Ce mot a
aujourd'hui perdu de sa force emblématique dans les pays arabes, tout comme
en français quand le Sieur est devenu plus bourgeoisement un  Mon/sieur.
Sidi est passé dans les langues latines par les  mozarabes (arabe d'Espagne
christianisés sous le voccable de Cid).
Quant à l'orthographe je vous donne en citation un fragment du Robert
historique de la langue française ( volume 1, page 1941):

SIDI, n. m.est d'abord attesté dans les écrits concernant le Maroc, une
première fois chez Temporal( _Description de l'Afrique_, 1556) puis écrit
Cidi (1617) dans _Les Voyages_ de Mocquet...Dans ses premières
attestations, sidi est employé avec la valeur de l'arabe... par exemple
Nerval _Voyage en Orient_ (1847)...

> Comment prononcait-on "Cid" en France a l'epoque? Avec l'accent catalan
> ou navarrais de l'epoque? Quel etait-il? Le personnage du Cid aurait-il
> passe par l'Italie, comme Don Juan, avant d'entrer en France? Quel aurait
> ete l'accent piedmontais ou milanais du temps? "Sit" semble bien
> correspondre a l'une ou l'autre prononciation etrangere de ce temps.
>

Le passage du «d» au «t» correspond à une influence germanique sur les
langues et cultures romanes. Par exemple le «oud» ( l'instrument de musique
arabe lui même venu des Indes)  a donné le «luth». Inversement la Kitara (
d'origine indienne) passée par les Arabes en Espagne puis par les
troubadours de la Catalogne au reste de l'Europe a donné la Guitara... et
notre guitare ( qui entre temps a changée de forme)
Les Piedmontais étant d'origine allemanique (de même qu'une partie des
Espagnols qui ont subi les invasions des Goths et Wysigoths), le "d" est
passé au "t" comme oud à luth.
Il s'agit donc d'accentuation "régionale", sous les influences convergentes
de mémoires profondes et de zones d'influences économiques et culturelles
(l'Autriche sur l'Italie du Nord).

Dans le cas que vous citez, il semble qu'il y a un glissement d'accent et
de langue et que les variations d'ortographes soient le fruit de la
transcription d'une mémoire auditive plus que d'une convention lexicale.
Puisqu'il faut deux siècles pour passer de Cidi (1617, Mocquet) à Sidi
(1847, Nerval).

La chute du «i» dans Cid ou Sid, vient du fait que le «i» est l'expression
du  possessif à la première personne, en arabe. Il établit un désir de
relation proche ( Ha sid/i! Eh! MON/sieur) ou ( Ha bib/i,Ah! MON amour, mon
aimé).
 Le «i» intervient dans le but de se concilier l'autre et de s'y (et se l')
assimiler. La chute du «i» maintient donc la distance, la respectatibilité,
l'intouchabilité du héros qu'on doit maintenir dans la distance d'une
figure de légende.

Sid ou Cid (le Sieur) est donc un archaisme d'origine arabo/espagnol pour
souligner la noblesse non assimilable, la valeur exceptionnelle de celui
dont on parle, ce qui est le cas pour la figure que nous a laissée
Corneille (1636) et qui, de reste, reprit un thème dont plusieurs
variations médiévales ( Le Cantar del mio Cid) traversaient les siècles
depuis les actes de bravoures de son modèle réel, El Cid Campeador (le
Seigneur Guerrier qui triompha des Maures à Valence en 1094), puis vint
_Les enfances du Cid_ de Ghilhem de Castro...etc.
Mio Cid ( espagnol) = Cidi ou Sidi ( arabe)
La légende médiévale garde le pronom possessif mais il tombe avec le
développement de la Renaissance ( la légende personelle chantée donc de
type orale devient un emblême impersonnel de type plus strictement écrit).
Influence directe des découvertes scientifiques et d'une " objectivisation
du réel.

Pour allez encore en peu plus loin dans l'historique de cette chute du «i»
de connotation arabe musulmane, il faut se souvenir de l'impact prodigieux
qu'eut la Reconquista catholique sur les Maures en 1492. Il aura fallut
quatre siècles pour que ce premier acte héroique (1094)  soit couronné par
la chute de Grenade (1492).  De même la célèbre Bataille navale de Lépante
(1571) qui vit la défaite d'une large partie de la flotte turque
(musulmane) sous le commandement de...
Don Juan d'Autriche (faut le faire!). Le Cid c'est héros qui se bat pour
une cause, mais entre dans la légende aors que le Cidi c'est le souvenir
"honteux" ( pour l'Occident chrétien)  de la conquêtes musulmane sur les
Balkans, l'Afrique et l'Espagne...
Celui qui défait un monde ou celui  qui lui résiste n'appartient plus au
commun... et son orthographe n'a pas d'importance...

Bien à vous
Serge



>Je suis loin d'etre un specialiste de la transmission de l'oeuvre de
>Corneille en Amerique, mais pourrais-je vous proposer une solution
>philologique a votre probleme;  il me semble qu'il pourrait s'agir du
>rapprochement du "d" et du "t" en finale et de leur possible
>amuissement. Ce phenomene est des plus frequents au XVe et XVIe
>siecle. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une prononciation etrangere,
>mais la encore, je ne suis pas un specialiste.


Bonjour,
Je rappelle simplement que le mot Cid vient de l'arabe, Al Sid,le Seigneur,
Le Sieur  toute personne honorable, Sidi signifie Mon/Seigneur. Ce mot a
aujourd'haui perdu de sa force amblématique dans les pass arabes, tout
comme en français quand le Sieur est devenu plus bourgeoisement un
Mon/sieur.
Sidi est passé dans les langues latines par les  mozarabes (arabe d'Espagne
christianisé sous le voccable de Cid).
Quant à l'orthographe je vous donne en citation un fragment du Robert
historique de la langue française ( volume 1, page 1941):

SIDI, n. m.est d'abord attesté dans les écrits concernant le Maroc, une
première fois chez Temporal( _Description de l'Afrique_, 1556) puis écrit
Cidi (1617) dans _Les Voyages_ de Mocquet...Dans ses premières
attestations, sidi est employé avec la valeur de l'arabe... par exemple
Nerval _Voyage en Orient_ (1847)...

> Comment prononcait-on "Cid" en France a l'epoque? Avec l'accent catalan
> ou navarrais de l'epoque? Quel etait-il? Le personnage du Cid aurait-il
> passe par l'Italie, comme Don Juan, avant d'entrer en France? Quel aurait
> ete l'accent piedmontais ou milanais du temps? "Sit" semble bien
> correspondre a l'une ou l'autre prononciation etrangere de ce temps.
>

Le passge du d au t correspondont à une influence germanique sur les
langues et cultures romanes. Par exemple le «oud» ( l'instrument de musique
arabe lui même venu des Indes)  a donné le «luth». Inversement la Kitara (
d'origine indienne) passée par les Arabes en Espagne puis par les
troubadours de la Catalogne au reste de l'Europe a donné la Guitara... et
notre guitare ( qui entre temps a changée de forme)
Les Piedmontais étant d'origine allemanique (de même qu'une partie des
Espagnols qui ont subi les invasions des Goths et Wysigoths), le "d" est
passé au "t" comme oud à luth.
Il s'agit donc d'accentuation "régionale", sous les influences convergentes
de mémoires profondes et de zones d'influences économiques et culturelles
(l'Autriche sur l'Italie du Nord).

Dans le cas que vous citez, mais je n'ai de ce j'avanvce aucune preuve,
sinon celle du glissement des langues les lunes sur les autres, il me
semble que les variations d'ortographes soient le fruit de la transcription
d'une mémoire auditive plus que d'une convention lexicale.
Puisqu'il faut deux siècles pour passer de Cidi (1617, Mocquet) à Sidi
(1847, Nerval).

La chute du «i» dans Cid ou Sid, vient du fait que le «i» est l'expression
du  possessif à la première personne, en arabe. Il établit un désir de
relation proche ( Ha sid/i! Eh! MON/sieur) ou ( Ha bib/i,Ah! MON amour, mon
aimé).
 Le «i» intervient dans le but de se concilier l'autre et de s'y (et se l')
assimiler. La chute du «i» maintient donc la distance, la respectatibilité,
l'intouchabilité du héros qu'on doit maintenir dans la distance d'une
figure de légende.
Sid ou Cid (le Sieur) est donc un archaisme pour souligner la noblesse non
assimilable, la valeur exceptionnelle de celui dont on parle, ce qui est le
cas pour la figure que nous a laissée Corneille (1636) et qui, de reste,
reprit un thème dont plusieurs variations médiévales ( Le Cantar del mio
Cid) traversaient les siècles depuis les actes de bravoures de son modèle
réel, El Cid Campeador (le Seigneur Guerrier qui triompha des Maures à
Valence en 1094), puis vint _Les enfances du Cid_ de Ghilhem de
Castro...etc. La légende médiévale garde le pronom possessif mais il tombe
avec le développement de la Renaissance ( la légende personelle chantée
donc de type orale devient un emblême impersonnel de type plus strictement
écrit). Influence directe des descouvertes scientifiques.

Pour allez encore en peu plus loin dans l'historique de cette chute du «i»
de connotation arabe musulmane, il faut se souvenir de l'impact prodigieux
qu'eut la Reconquista catholique sur les Maures en 1492. Il aura fallut
quatre siècles pour que ce premier acte héroique (1094)  soit couronné par
la chute de Grenade (1492).  De même la célèbre Bataille navale de Lépante
(1571) qui vit la défaite d'une large partie de la flotte turque
(musulmane) sous le commandement de...
Don Juan d'Autriche (faut le faire!). Le Cid c'est héros qui se bat pour
une cause, mais entre dans la légende aors que le Cidi c'est le souvenir
"honteux" (pour l'Occident chrétien)  de la conquêtes musulmane sur les
Balkans, l'Afrique et l'Espagne...
Celui qui défait un monde ou lui  résiste n'appartient plus au commun...et
son orthographe n'a pas d'importance...

Bien à vous
Serge





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Serge Ouaknine
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