référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-05/msg00027.html
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Re: Scenes de combat au theatre BOURASSA ANDRE G



Bonjour!
Il n'y a pas beaucoup de scenes de combat dans le theatre classique a
cause, entre autres, des regles dites de "bienseance". Ces combats
etaient d'ailleurs d'autant plus difficiles que certains nobles et
notables avaient leur fauteuil sur le plateau. Il faudra attendre Voltaire
pour placer ces gens de cour au parterre pour faire place au senat romain.
Mais, comme les collegues Ouaknine et Weiss l'ont souligne, certaines
pieces sont de veritables combats, notamment _Horace_, meme si les
didascalies n'y prevoient des armes qu'a l'acte V, scene 5, ou elles
prevoient egalement  qu'une poursuite armee termine dans les coulisses
d'ou jaillit une replique prononcee derriere le rideau par la personne
mortellement frappee. 

Un des premiers textes litteraires ecrit par un Francais eduque au Quebec
_ des "vers burlesques" de Louis Chartier de Lotbiniere ecrits sur une
expedition qui se voulait punitive du gouverneur  contre les Iroquois de
la region d'Albany _ est un monologue ironique relativement dur pour le
Gouverneur dont il est cense faire l'eloge. Il decrit au contraire toute
une serie d'erreurs militaires. Ce recit, qui se moque du genre epique,
etait probablement destine a etre lu en public dans les salons de la
societe seigneuriale du temps. Il a ete publie pour la premiere fois dans
_Le Bulletin des recherches historiques_ de 1927, vol. XXXIII, no 5, sous
le titre "Sur le voyage de Monsieur de Courcelles gouverneur et lieutenent
general pour le Roy en la Nouvelle France en l'annee 1666. Vers
burlesques_.

Le theatre quebecois a souvent suivi les regles classiques. Par exemple
da _Madeleine_, drame cree en 1903 et publie en 1927. Les didascalies de
l'acte V prevoient un mur de pierre au fond de la scene derriere lequel on
entend passer un regiment, et dont depassent "le bonnet du tambour-major,
le buste des ovvidiers a cheval, et les rangees des baionnettes"... Il y a
de ces didascalies qui n'ont guere de valeur quand on change d'architecture. 
L'action de la piece se deroule durant le soulevement de 1837. Or ce n'est
pas la seule piece sur le sujet. Le _Papineau_ de Louis Frechette, ecrit
et publie en 1880, prevoir qu'un mur du decor vole en eclats, frappe par
un boulet, et que les Patriotes sortent par la breche et chergent... les
spectateurs. _Les Grands Soleils_ de Jacques Ferron, piece creee et
publiee en 1968, comporte des recits des batailles qui se deroules dans de
nombreux villages durant le meme soulevement.

_Tit-Coq_ de Gratien Gelinas, drame cree en 1948 et publiee en 1950, se
deroule tout entier dans un climat de guerre et commence par les
lendemains d'une bataille de salle de danse  dont on assiste aux
dernieres escarmouches. La bataille elle-meme, et la guerre, bien sur,
sont hors champ.

Par contre, je n'ai pas sous la main _Brutus_ de Paul Toupin, piece cree
en 1952 et publiee 3n 1961, mais je ne serais pas surpris que Cesar y soit
frappe sur scene, tout comme, je suppose, le personnege central de _La
Mort de Cesar_ de Voltaire, dont je n'ai pas relu le texte depuis bien
des annees. C'est a verifier.

Mais il y a combats et meurtres dans _La Charge de l'orignal epormyable_
de Claude Gauvreau, piece ecrite en premiere version en 1956, cree en 1970
et publiee en 1977. Il y a dans _Les oranges sont vertes_ du meme
Gauvreau, piece dont la premiere version est de 1958, qui fut cree en 1972
et publiee en 1977, un cadavre de suicidee qu'on s'arrache, un meuirtre
collectif et une scene finale de tir de fusils mitrailleurs sur la
foule, avec evocation d'un etudiant mort en duel durant une des batailles
d'_Hernani_. 

J'ai de la difficulte a ecrire "cordialement" apres ces mentions morbides.
Andre G. Bourassa.