référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-05/msg00045.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: Un simple soldat Serge Ouaknine




>1)  Pourquoi a-t-il utilise autant de details dans sa didascalie?  On y
>parle de l'eclairage, du choix de musique et meme de mouvements tres
>specifiques...laissant, il me semble, tres peu de manoeuvre pour le
>metteur en scene.

Hello
C'est à mon sens une influence directe du cinéma d'avant et d'après-guerre.
C'est le cinéma qui a sensibilisé les dramaturges à la spatialisation de la
parole. Les premiers films étaient abordés comme un espace théâtral
frontal, la caméra fut libérée de cet espace clos par le cinéma burlesque,
pour les extérieurs. Toutefois, le traitement des intérieurs demeure
classiquement un gauche/droite, avant/arrière avec la dénomination de la
logique des entrées et sorties (sur le mode de la coulisse). L'impact de ce
théâtre en "gros plan" fut énorme sur les publics  et a fortiori sur les
dramaturges qui réalisèrent alors la circonscription spatio-temprelle du
dire. Molière, lui, se contentait d'un simple: "Il sort". Enfin la
télévision naissante des années cinquantes reprend cette même approche
morphologique, où le personnage est "véhiculé",  accompagné par la mobilité
naissante des caméra et surtout par la possibilité du plan séquence
illimité*.
Avec le cinéma, la parole avait 3 minutes maximum de continuité, avec la
télévision elle a l'infini. C'est ce qui explique que la télé filme de la
parole (et non un espace visuel) exactement comme le théâtre de Dubé.
Dubé qui est héritier d'une tradition de conteur, comprend qu'il faut
articuler cette parole, il charge alors  les disdascalies d'une enveloppe
sur-théâtrale qui est en fait un reste de théâtralité à l'intéreiur du
cinéma. Quant au dire lui même, il demeure platement réaliste... La
surcharge descriptive est donc un effet kitch du cinéma sur son écriture et
non un signe d'originalité.
Mac Luhan explique fort bien que toute innovation technologique reproduit à
sa naisance un mécanismes formel antérieur ( les premières automobiles
ressemblaient à des calèches..)  pour ensuite découvrir des lois plus
autonomes.

Bien a vous
Serge

Note
* Le magasin de 18 minutes de pellicule date de la fin des années cinquante.
Le cinéaste Alexandre Astruc inventa alors (début des années soixante)  le
plan séquence, c'est-à-dire la possibilité d'une parole non interrompue par
une coupure de plan. Mais le cinéma étant alors devenu une parole
banalisée,les dramaturgesinspirés se chargèrent de redonner aux mots un
espace temps autonome (ce fut la révolution de Beckett et de Ionesco).



                   (1 + 1 = 3)
            /\_/\ o
            (@ @)
            (*)

+------oOO-----OOo---------+
Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada