référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-05/msg00046.html
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Re: Electre de Giraudoux Serge Ouaknine




>> Pensez-vous que la phrase d'Henri Gouhier : " "Jouer"  definit la
>> finalite de l'oeuvre dramatique." convient a la piece de Jean Giraudoux
>> _Electre_?
>> Merci a tous ceux qui me repondront.
>>                                       Aline Astrain.

To: queatre@uqam.ca
From: r34424@er.uqam.ca (Serge Ouaknine)
Subject: Re: Electre de Giraudoux
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Bonjour,
Je n'ai qu'une seule et brève chose à dire sur cette question qui me semble
bien imprécise ( quel présupposé particulier cette pièce nous offre-t-elle
en regard d'une question plus vaste  et qui touche à la part qui revient au
jeu, à l'incarnation d'un texte...) .

Le mot mythe vient du  grec "mithos" qui signifie *récit*. Mais un récit
n'est pas une anecdote. Dans le sens plein des Grecs il est chargé d'un
investissement transcendantal qui le dégage de la linéarité temporelle des
actions humaines.  Le récit tragique se passe in "illo tempore" . Ce qui
est nullement le cas de Giraudoux.
Et tout est là. Pour qu'il y ait un travail de l'acteur, il faut que le
texte soit un défi. Le travail de l'acteur est de faire passer le texte de
sa dimension phatique à son épaisseur transcendantale. Au risque de vous
choquer je dirais que Giraudoux a réduit l'épaisseur intemporelle des récit
grecs pour les diminuer à des fables accessibles à la bourgeoisie
parisienne. Giraudoux  a voulu séduire par un simulacre de la grandeur,
mais ses personnages n'ont pas de ciel au-dessus des yeux., seulement la
réminiscence culturelle de son horizon urbain. Aussi quel défi pour un
acteur. Au mieux on joue Giraudoux avec des techniques de boulevard.  Il
n'arrive pas au gros orteil de Sophocle ou de Shakespeare. Oui c'est suave
et bien dit avec une cadence qui fait croire à la fatalité . Mais grattez
un peu. Le ciel est vide.  Sa mythologie est digestive, circonstanciée à un
contentement d'entre deux-guerre. Il n'est donc pas possible à un acteur
créateur de donner du génie à un texte qui en a ; ethème et la forme mais
le souffle. Tous ce qu'on peut faire avec Electre ou encore avec" La guerre
de Troie n'aura pas lieux" c'est de jouer les avec la désinvolture  du
théâtre de boulevard , alors, par dérision, il pourrait se faire entendre
l'odeur du sang et des cendres ...  car alors le factice étant calciné , il
nous reste l'imaginaire du tragique.
Smiling,
Serge
PS
Henri Gouhier qui avait une vision spitualiste du théâtre a pu croire en la
spiritualité de Giraudoux... Nenni, mais ceci n'engage que mo. Ce que
Gouhier dit d'Artaud, par ailleurs,  est hautement plus fort et plus
interressant. Car là le terrain et le défi sont réels. Il n'y a pas de
simulacre.

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Serge Ouaknine
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