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Re: Stanislavski en francais (long) Serge Ouaknine



>Bonjour!
>Lors d'un colloque international sur le jeu de l'acteur tenu à Montréal
>l'automne dernier, un éminent spécialiste français de la dramaturgie lança
>que la psychologie stanislavskienne n'était guère utile...
.....
>Se peut-il que nous en soyons toujours là? Que nous n'ayons pas, après
>tant d'années, de version française fiable de Stanislavski?
André Bourassa
===============

Cher André,

Lors du Colloque international sur Babel - à Caen - il y a un mois sur les
thèmes de "théâtre, langage et traduction", merveilleusement dirigé par le
grand poète, traducteur et linguiste Henri Meschonnic, il y eut une brève
et brillante apparition du metteur en scène russe Anatoly Vassiliev,  en
route vers Moscou...  Il parla essentielement sur la question que tu
soulèves.

Il a annoncé qu'il travaillait à la traduction des textes essentiels de
Stanislawski (dont certains totalement inédits même en russe...) et que son
livre était destiné à clarifier les immenses malentendus metaphysico -
linguistiques du passage de Stanislavski vers l'anglais et le français.
Donc patience ça  s'en vient...

La question que tu soulèves est au coeur d'une reflexion que je mène, pour
ma part,  depuis de longues années.
La question est complexe car elle relève, effectivement,  de présupposés
philosophiques et métaphysiques qui recouvrent aussi des disparités
linguistiques et des différences d'ancrages dans l'histoire religieuse.
Ce que je  développraie ici est une déduction qui m'est personnelle, c'est
une  typologie que j'ai décelée dans les discours de Vassiliev et de par
mon expérience avec Grotowski

Le christianisme russe est orthodoxe, d'origine byzantine, le christianisme
d'occident de l'ouest est de source romaine.  La coupure théorique et
conceptuelle remonte au grand schisme d'Orient et d'Occident qui à partir
de Constantin ( 3ieme siècle de notre ère)  voit l'antiquité romaine faire
son passage au christianisme. La conséquence ( que je ne développerait pas
ici) est la coupure du monde chrétien en deux grandes zones de pouvoirs et
donc deux papautés...  Le sujet touchait (d'ou les fameuses débats
byzantins) sur quant la définition de l'âme et du corps la place des icônes
( ou leur inutilité)dan sla figuration ( ou interdiction d efiguration ) du
panthéon chrétien ...

Pour les russes orthodoxes ( tout comme pour les polonais mais qui sont eux
catholiques romains)  le mot "OBRAZE" signifie à la fois
"PERSONNAGE" ET  "IMAGE"... Un seul mot pour conceptualiser une figure
apparente... D'où les icônes russes qui prennent leurs sources à Bysance
(ancienne Constantinople et qui est aujourd'hui Istamboul...)

Ainsi la "construction du personnage" (Stanislawski), dans la mentalité
russe, se fait par les actions physiques pour construire une icône qui sera
visitée par l'âme...C'est là tout le secret de sa dite méthode.
Le travail du corps fait l'image (le personnage) et le travail du rythme
(l'anima/tion)  "facilite" l'incarnation de l'esprit. L'âme est le pont
entre les deux. Et c'est là que le drame commence. En Occident on a applé
âme non pas une entité abstraite lié au coeur, masi la nature du
comportement du personnage (identifié à la parole). D'où que la psychologie
du comportement et son inventaire d'émotions lisibles est venue se plaquer
sur les comportements et les situations discernables à travers les mots. Un
logos sur un corps. D'ou la division (catholique romaine) de l'âme et du
corps.

Pour Stanislawski (icône = personnage) la  vie vient par la captation de la
partie invisible du corps (dont l'origine est spirituelle et donc l'icône
est d'essence physique mais le physique est d'essence abstraite). Ainsi
pour un russe la parole EST âme. Donc donner vie à un personnage c'est
reconnaître la nature invisible d'une icône qui demeure a construire,
choisir, imaginer clarifier,en SOI pour faire entendre la VOIX de l'AME.
L,âme précède le corps, donc c'est l corps qu"il faut travailler en premier

Pour l'Ouest le corps est plusa tangible que l'âme qui demeure probématique
parce qu'invisible et donc c'est la raison logique et la psycho/logie qui
guident le travail des textes et ainsi la rythmique est une voix sans image
(sans corps ).

La suite est donc prévisible, l'Occident entend en Stanislawski une méthode
pour "imiter" le réel alors que pour lui il construisait une methode pour
que le jeu soit d'incarner des figures transcendées de rythmes.

Stanislawski est de type rythmo/icônique (le verbe dans l'image animée) et
donc byzantin. Quant aux "romains" ils sont de type mimétique ( la qustion
du mystère de l'incarnation) et donc la forme précède l'incarnation.
Le malentendu est total. Restons en là.

Donc pour Stanisalwski et l'école russe, le jeu consiste a circuler dans
l'image par la demesure du RYTHME, par un exces qui garantit l'omniprésence
de cette âme (et dont on ne *doute pas*),  d'ou le fameux "SI imaginaire"
qui marche pour les russe mais que les français traduisent par une IDÉE sur
le personnage. Et voila le second drâme! L'imaginaire n'étant plus qu'une
idée (et non une âme/image en mouvement), les acteurs occidentaux (qui
n'ont rien compris à Stanislawski) travaille des idées sur des
comportements c'est à-dire une explication rationnelle de ce comportement
et donc une déduction psychologique et intellectuelle !!!

Cette construction du cerveau vient prendre toute la place que Stanislawski
réservait au travail du corps. Et c'est ainsi que l'imitation extérieure
des émotions est devenue, en Occident,  la traduction de l'âme dans
l'icône/personnage des russes. Et les traductions de Stanisalwski sont
venues refléter ces abérrations de comportement.  Voila le scandale qui
perdure honteusement partout, jusque dans les meilleurs universités et tous
le sconservatoires où on apprend surtout l'art de l'imitation psychologique
amplifiée et non l'art de la construction organique.

Ainsi toute la dite méthode stanislawskiene n'a jamais consisté à fabriquer
une psychologie réaliste (mauvaise lecture occidentale qui a confondu
l'athmosphérisme des textes tchékoviens avec un psychologisme de "l'âme
slave"). Jai vu les acteurs russes jouer et je peux certifier que ce qu'ils
font n'est pas une construction psychologique mais une sorte de
"transe"basée sur sur des signes réalistes (les icônes). D'ou la grande
volubilité quasi pathétique des acteurs russes sur des corps en tensions et
quasi immobiles. Alors que le psychologisme croit bon de s'agiter avec le
corps pour souligner avec la voix ce que dit le text  pardonnez-moi, mais
c'est bévue monumentale que laissent passer trop de professeurs et trop de
metteurs en scène).... On confond vibration de l'âme avec agitation
formelle du corps...

Ce que Grotowski developpera après Stanislawski par une forme de transe
très disciplinée consiste (sur ses ultimes explorations)  à donner ce
rythme de l'âme à la figure construite en "ignorant" le signifié des mots
et en retrouvant une suite pulsionnelle  (ou motivation plus ou moins
inconsciente) de l'être entier selon unmontage d'icônes. On est donc loin
du prychologisme encore une fois et en rien réaliste au premier degré.

Cette tradition russe (Grotowski eut accès aux textes en russe lors des ses
études à mMoscou) est ainsi plus voisine de celle des chinois (tradition
des Opéras de Pékin) qui, identiquement, construisent le corps par une
maitrise de ses segments ( jeu masqué) et de ses routines acrobatiques (la
temporalité idéogrammique du corps en action). Il s'agit davantage de
figures calligraphiquse restituée par la prouesse acrobatique ou les
artifices extrêmes d'une vocalité artificielle chantée.

Le réalisme vibrant et construit russe est donc a mi chemin entre les
allégories et abstactions chinoises (corps et voix sont des métaphores
cosmiques avant d'être des figurations sociales) et le mimétisme sur trame
textuelle chez les latins.

Le seul point commun existant entre ces École d'Orient et cee d'Occidnet
est celle du **référent ou figuration**.  Il y a certes, une certaine
ressemblance à de ""l'apparent"" dans TOUS les cas, mais les stratégies
liées aux comportements et conventions  diffèrent fondamentalement.
Elles relèvent du SIGNE et de la FIGURE CONSTRUITE (tendance de l'Orient)
et de la MIMESIS et du RÉALISME PSYCHOLOGIQUE  tendance de l''Occident).


À présent voyons pourquoi, comme tu le relèves si justement, Meyerhold a
moins prété à confusion.

Il a une approche "materialiste" de la ascène et constructiviste du lieu.
Comme Eisenstein, il va chercher un formalisme icônique (toujours là)
emprunté aux arts visuels,  et à contrecarrerla puissance amblématique du
cinéma (la force des gros plans et des mouvements de foule dans les mises
en scènes de Meyerhold). Stanislawski a un pieds dans le symbolisme du XIX
e  siècle et Meyerhold est un enfant du Constructivisme et du géométrisme
abstrait du XXe siècle. Et donc la question de l'incarnation de l'âme ne le
concerne pas. D'où la force formelle de l'espace meyerholdien qui, à
l'image du système industriel, est comme une géométrie dynamique de formes
anomymes et de corps mécanisés (la biomécanique). Meyerhold peut donc être
traduit sans "ambiguité" majeure en Occidnet car il rejoint par le
formalisme et le "matérialisme romain" occidental ( il fut fortement
influencé par le rationalisme gestionnaire de Taylor). Chez lui la figure
formelle du corps physique est détaché de toute "métaphysique" de l'ame. La
scène est le lieu d'une rentabilisatin du sens.

Meyerhold est clair pour l'Ouest parcequ' il n'offre pas  de prise à une
quelconque possible récupération psychologique ou une quelconque
""présence"" mystérieuse invisible et cachée. Il se situe dans le visible
le critique, la déconstruction,  et une utopie sociale (comme Mayakowski)
alors que Stanislawski, lui , voit dans la figure de l'acteur non un jeu
formel (les icônes "cubiste" du personnage mais une chose moins palpable
pour les yeux:  la contruction  corporelle d'une crédibilité de la présence
( Meyerhold se préoccupe de la crédibilité de la forme et non de celle des
êtres. Le corps est le trenplin d'une dimension non corporelle et non la
fresque ironique d'une déconstriction sociale.

Stanislawski voit le monde comme le lieu des drames humains personel et
intimes (solitude et vérité des êtres). Meyerhold voit le monde comme un
ensemble de tensions et de contradictions ou e sujet est social et non
métaphysique. Cyniquement, c'est la raison pour laquelle Staline épargnera
Stanislawski car il voyait en lui une confirmation inoffensive de
l'apparence des choses  alors qu'il fit exécuter sauvagement Meyerhold qui
représentait une critique potentielle de son pouvoir sur les masses.

Stanislawski ne peut se **traduire** correctement en Occident que si on
comprend les racines religieuses orthodoxes et orientales de ses postulats
monophysites (héritage byzantin) de sa vision de l'âme et du corps (ce qui
est loin des habitats intellectuels de l'Occident que ce dernier excerce
une lecture sociale ou religieuse)

Meyerhold, Piscator, Brecht, Mnouchkine et d'une certaine façon Eiseinstein
appartiennent au courant a-psychologique de la constructon d'un formalisme
politique, fondé sur un signifié clair et visible et intelligible ( donc
nommable) du corps. Le corps est historicisé, il n'est pas spirituel.

Tandis que Stanislawski, Claudel (qui se mela aussi de mise en scène),
Artaud (comme acteur et théoricien), Grotowski  appartiennent au courant
meta psychologique, meta physique d'une incubation "spirituelle" de
l'invisible à travers le corps. Le corps est historicisé par son apparence
seulement mais son enjeu est "éternel". Il n'est qu'occassionelement
sociale. C'est pour cela que Stanisalwski fit des "vaudevilles" tchékoviens
des drames métaphysiques, sans humour et sans ironie.

Strasberg systématisa les aspects individualisant du drame humain, ce qui
correspond parfaitement à l'idéologie du moi (et son drame moral et
psycghologie) de la société nord américaine. Meyerhold n'a pas fait (ou si
peu) école aux U.S.A.. Son formalisme chorégraphique seul a été récupéré et
réduit dans à d'inoffensives Comédies musicales sur Broadway.

Ainsi ce long détour,cher André, pour entendre que les problèmes de
traductions sont liés à des idéologies, des mentalités et préoccocupations
du moment et toujours bien localisées. Donc le problème de la traduction
cache un entendement conceptuel sur la nature sur réel, et partant celle du
corps et de l'âme ( on sait qu'il eut un courant iconoclaste chez les
byzantins ) de même une réconciliation avec l'idée de figuration iconique
des figures évangéliques  eut lieu au cours du développement du
catholicisme romain. Les mots ne recouvrent pas, aux plis de l'histoire des
civilisations les mêmes sens. La traduction est avant tout
civilisationnelle, elle n'est que fortuitement linguistique.

De là on peut comprendre une foule de chose. Le travail corporel chez
Mnouchkine est fort mais celui de la voix est faible, car sa vision
socio-historique met en exil la question de l'âme, alors que Le Roy Hart
Theatre (anglican) démontre un travail "corporel" quasiment nul car tout
l'êtres est orienté  vers un développement des pouvoirs de la voix (elle
fait voir donc le corps n'illustre pas) etc.

Artaud réclame le cri car il veut se substituer à Dieu (le cri est le
contraire du verbe)  et ainsi tuer Rome. Grotowski (qu'on confond à tort
avec Artaud)  cherche l'incantation vocale qui permettrait au corps de
s'illuminer vers Dieu (un bon compromis entre Rome et Byzance).
Robert Lepage developpe une imagerie du corps et des écrans (de type athée
oriental) mais son rapport à la voix est insignifiant car il ne
s'interresse pas à l'incarnation du verbe mais seulemenent au triomphe de
l'icône.


Pour moi dans cette vaste problématique dont on commence seuleemnt
maintenemant à dévider le fil d'Ariane, le metteur en scène le plus
équilibré et le plus accompli de notre temps est Peter Brook. Par des voies
syncrétiques entre Orient et Occident (il est aussi de culture anglaise)
son travail avec les acteurs et son organisation spatio-temporelle du lieu
scénique manifest une synthèse formelle (peut être conservatrice) et
spirituelle de toute ces problématiques qui dépssent largement des
questiosn d etraductions. Il se situe sur les deux plans simultanément.

Voila, cher André, c'était pour attiser le feu sur la braise de tes questions.

Amicalement
Serge


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Serge Ouaknine
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