référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-01/msg00028.html
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Re: Stanislavski en francais Bernard Lavoie



J'aime bien la réponse du Dr Schranz à la question d'André.  En effet,
quiconque imagine Stanislavski comme un monolithe immobile comprend mal
l'ampleur de l'homme.  Je pense aussi que "Stanislavski in Rehearsal" de
Toporkhov relativise beaucoup les ouvrages précédents de Stanislavski
tout en les clarifiant.   Je ne suis pas certain que je partage la
vision métaphysique de Serge sur l'orientalité de Stanislavski.  Je
trouve trop commode de diviser le monde en deux parties
(l'occident et l'orient) en laissant toujours entendre que l'occident ne
sait pas comment métaphoriser son monde.

Pour ce qui est de la question d'André.  Oui, sûrement, il faudrait
retraduire les textes à la lumière de nouvelles approches.  Mais ça
demeurerait toujours un point de vue subjectif sur un sujet.  La
traduction d'aujourd'hui ne serait pas garante de sa qualité de demain.
Je crois qu'il faudrait bien plus mettre l'emphase sur comment le
système de Stanislavski a évolué et changé.  Comment il a évolué à
travers les créateurs et les professeurs qui l'ont transformé depuis le
début du siècle.  Il me semble illusoire de vouloir avoir accès à un
Stanislavski pur; comme il me semble illusoire de vouloir revenir à un
Brecht, un Artaud ou un Grotowski pur.  Les enseignements de ces maîtres
ne deviennent que ce nous artistes et pédagogues en faisons.

Pour en revenir à la saute d'humeur d'un collègue lors du colloque sur
le jeu, elle me paraît légitime dans la mesure où depuis trois jours les
amis européens conspuaient allègrement le jeu psychologique (sans jamais
le définir) et développaient des argumentations souvent méprisantes de
ce qui est traditionnellement considéré comme la contribution de
Stanislavski au théâtre contemporain.  Que l'on veuille développer des
approches et des esthétiques différentes me semble légitime mais
pourquoi toujours ce mépris pour une approche théâtrale qui a fait ses
preuves?

Une dernière pensée:
    Je suis toujours étonné que l'on confonde allègrement le système de
Stanislavski et la Méthode développée, entre autres, par Lee Strasberg.
C'est un raccourci inélégant qui enlève à Strasberg le crédit de
quarante ans de travail minutieux et acharné  (Il ne faut pas oublier
que, comme Stanislavski, Strasberg a souvent transformé sa pensée en
cours de route).  C'est aussi une
façon de nier que le travail effectué sur les traces de Stanislavski aux
USA comporte de multiples facettes et que les contributions de Harold
Clurman, Elia Kazan, Robert Lewis, Sandford Meisner et plus récemment
David Mamet, pour n'en nommer que quelques-uns, ne peuvent se définir
uniquement que sous le vocable réducteur de réalisme psychologique ou
psychologisme.  Il y a plus dans le travail de ces artistes que ce que
l'on a tendance à leur reconnaître.