référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-03/msg00020.html
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appel à communication Yann-Loic Andre



CRLMC / Centre de Recherches sur les littératures modernes et contemporaines
Université Blaise Pascal Clermont  2

Le CRLMC organise en février 2000 un colloque ayant pour thème ALTERATIONS,
CREATIONS DANS LA LANGUE : LES LANGAGES DEPRAVES.

Cette manifestations se déroulera dans les locaux de l'Institut
Universitaire de France, à Paris. Vous trouverez ci-joint une présentation
de la problématique, ainsi que certaines des pistes de réflexion que nous
souhaitons explorer au cours du colloque.

Présentation du colloque :

Il faut, disait Antonin Artaud, "abandonner le langage et ses lois pour les
tordre" et, par là, trouver un "nouveau langage". Cette volonté qui est
d'une part celle de "tordre le cou" à la langue, de la malmener, de
l'altérer et d'autre part celle de créer un "nouveau langage" est loin
d'être l'exclusivité d'Artaud. Radicalisant les recherches de Mallarmé,
pour qui le vers "refait un mot total, neuf, étranger à la langue", les
avant-gardes du 20ème siècle, qu'elles soient italiennes (Marinetti et le
futurisme italien), russes (Khlebnikov, Kroutchenykh, Iliazd), françaises
(lettrisme, poésie sonore) anglo-saxonnes (de Pound aux "language poets" en
passant par Gertrude Stein et Zukofsky; de Joyce à Beckett) ou
internationales (dadaïsme), ont mis à l'épreuve le langage en tant que
système conventionnel de communication.
Rejetant la mimesis, refusant de reproduire ou de refléter le réel au moyen
des mots, renonçant aux catégories usuelles de la logique aristotélicienne,
ces pratiques d'écriture, dans leur diversité et leurs différences, visent
à "libérer les mots" (l'expression revient, même si elle recouvre des
enjeux différents, sous la plume d'auteurs aussi divers que Marinetti, W.C.
Williams, Gertrude Stein ou Apollinaire), à "libérer" la syntaxe et, par
là, à libérer le langage de sa valeur exclusive d'outil de communication
pour donner à entendre ce qui résiste au système de la langue de
communication et de représentation parce qu'indicible, irreprésentable. Il
s'agit de donner à entendre une altérité radicale qui n'est pas tant celle
d'une langue étrangère que celle de l'étrangeté même de la langue, et en
premier lieu de la langue dite "maternelle".
Les avant-gardes du 20ème siècle sont toutefois loin d'avoir l'apanage de
telles manipulations, déformations, altérations et créations dans la
langue, dont on trouve maints exemples d'Aristophane à Lewis Carroll en
passant par Rabelais. S'intéresser, à travers les siècles et les genres
littéraires, à ce que, en référence à la formule de Baltrušaitis
("perspectives dépravées") on pourrait appeler des "langages dépravés",
"langages" qui brouillent les distinctions génériques classiques et ouvrent
le champ poétique à la musique et aux arts plastiques, c'est s'interroger à
la fois sur les notions mêmes d'écriture et de rationalité, et sur tout ce
qui fait pour nous la production du sens et l'ordonnancement des savoirs.

Quelques pistes de réflexion (dont la liste est loin d'être exhaustive):

- le statut de la voix et du son dans l'écrit: dimension sonore des
altérations/créations dans la langue: onomatopées, néologismes, poésie
sonore, manipulations de la matière sonore. Instersections écritures
poétiques/ expérimentations musicales (jumelant poésie sonore et musique,
de Luciano Berio à John Cage).
- les manipulations syntaxiques: collages, cut-ups, permutations, etc.
Intersections écritures poétiques/ arts visuels.
- le statut du sens dans ces pratiques d'écriture: "nonsense" (de la
littérature victorienne; Lewis Carroll); absurde; évidement du sens;
recherches d'une transcendance du sens.
- la question de l'arbitraire du signe, au cœur de bon nombre de ces
pratiques d'écriture: entre l'arbitraire absolu, le privé de la langue, et
la recherche d'une motivation du signe (les recherches de "sons
fondamentaux" de  Khlebnikov dans La Création verbale)
- les utopies de langue universelle
- la dimension sacrée de ces "langages dépravés": leurs relations aux
phénomènes de glossolalies, de transe, ou au "langage" des mystiques
-"langages dépravés" et folie: théories délirantes du signe et de la langue
(ex: Roussel, Brisset ou Wolfson); "écrits bruts" (pour reprendre
l'expression de Michel Thévoz).
- les questions de traductibilité et de traduction liées à ces langues
"autres".

Il serait souhaitable que les propositions de communication (titre et bref
descriptif) parviennent aux organisateurs au plus tard le 31 mai 1999.

Anne Tomiche
33, rue Saint-Ambroise
75011 Paris
Téléphone 01 43 57 21 64

Régis Gayraud
35, cours Sablon
63000 Clermont-Ferrand
04 73 92 00 25

Alain Montandon
50, rue des Neuf Soleils
63000 Clermont-Ferrand
montandon@cicsun.univ-bpclermont.fr