référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-03/msg00030.html
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Re: Le narrateur au théâtre. Serge Ouaknine



Bonsoir
Vous posez deux questions en une : celui de l'auteur et celui de
l'exposition de la narration. L'un ne se confond pas de facto à l'autre.
Loin s'en faut. C'est précisément de l'écart qui les unit que se dégage la
place et le mode du sujet parlant et de l'exposition de la parole.
Shakespeare fait dire à Hamlet "comment jouer", est-ce lui qui parle ou
Hamlet? Il semble que ce soit Shakespeare qui s'empare de son personnage
gigogne pour énoncer ce qu'il recommande. Mais ça se discute.
Quand Pirandello fait entrer l'auteur sur scène c'est précisément pour
retirer à sa fonction d'énonciateur la légitimité de sa parole. L'auteur
devient le retrait de l'auteur.  etc.

Qui est le sujet narrateur -- c'est donc une question d'analyse littéraire
ou dramaturgique. Et vous savez bien qu'au roman comme au théâtre, l'auteur
se masque de stratégies et procédés narratifs qui le mettent en scène ou le
retirent.
En ce qui concerne les disdascalies, Michel Vais a écrit un bon livre sous
le titre :"L'écrivain scénique" et que je vous recommande, au regard de
votre question.

Il y montre comment dans le théâtre moderne la didascalie procède d'une
mise en scène de l'auteur. Plus la didascalie augmente plus l'autonomie de
la narration se retire. Et donc on ne pourrait généraliser une seule
réponse à votre question car il y a autant de places du sujet parlant qu'il
y a de conceptions romanesquse ou dramatiques.

C'est l'univers qui fait le contexte et non la fonction.

L'instance narrative est "la parole de l'auteur" si la didascalie devient
un véritable récit. Toutefois, quand les indications sont plus ponctuelles
et moins énonciatives, en valeur absolue, dans le jargon de métier on
appelle ça bêtement, les "notes de l'auteur", les "indications de l'auteur"
L'indication scénique se substitue à la dépendance de l'auteur.
C'est dire qu'on parle de la désignation d'actions à faire et non de la
présence de l'auteur en tant que sujet parlant.

Voila pourquoi votre question est à double visage car, encore une fois, la
didascalie est une ordonnance scénique qui ne fait pas de facto une
substitution (ou prise) de parole, même si la disdasclie indique le ton de
la voix, en plus de l'action à faire. Elle fait abstraction du sujet
parlant (l'auteur versus le personnage) tant que la convention de la pièce
réside sur un échange de paroles. Mais si les indications scèniques
l'emportent sur ce que les personnages disent, alors il apparait un
intervale dominant entre les sujets parlés, et c'est l'action de l'auteur
sur l'espace scénique.

Ce n'est pas parce que l'auteur écrit sa présence qu'il est présent.

À vous de lire que derrière ces notes ou narrations se cachent différents
jeux de présence et d'absence de l'auteur qui peut, malgré ses notes, se
rendre absent et transparent à la parole des persponnages ou omniprésent.
PLus il désigne l'action et plus  le récit théâtral tend à devenir le
script technique d'un espace cinéma.

Qu'apprend-on de votre question, sinon que la parole donnée au personnage
est une ofrande de liberté à l'intéreiur d'un destin qui restera à
incarner, alors qu'un excès d'indications scéniques circonscrit, non le
chemin à découvrir, mais le chemin à exécuter.

La didascalie est contraignante de par sa destination physique, elle marque
le pouvoir énonciateur de l'auteur.

Plus la parole d'un personnage est forte et moins la disdascalie est
nécessaire. La parole du personnage se réfère et prend sa légitimité hors
de lui (le verbe désigne une transcendance) et, c'est Racine avec peu de
didascalies, ou bien le personnage est cernés d'ndications et c'est
l'athéisme dominant du théâtre moderne.

Ainsi votre question est loin d'être anodine,comme vous l'annoncez, elle
pose la question de l'Auteur (le Verbe) face à l'auteur (la parole). Elle
souligne la nature métaphysique qui travaille toute écriture. L'instance
narrative est la parole qui ne se montre pas, quand la disdacslie démontre
ce qu'elle ne veut pas voir lui échapper.

La question serait moins de savoir "qui" nomme l'indication mais "que"
nomme la désignation parlante.

Bonne route.

Serge Ouaknine

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>    Une simple question apparemment anodine mais qui semble en faire
>hésiter plus d'un... Selon vous, le "narrateur" du récit ou du roman
>change-t-il de nom au théâtre ? Autrement dit : comment devrait-on
>appeler l'instance narrative qui "narre" les didascalies et/ou les
>indications scéniques dans une oeuvre dramatique ?
>
>Je vous remercie déjà pour vos réponses et suggestions éclairées,
>
>Manuel Thomas
>Étutiant à la maîtrise
>Université de Montréal.
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Serge Ouaknine
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