référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-07/msg00006.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: Grille d'evaluation d'un spectacle Claude Champagne



    Alors que j'étais étudiant à l'École nationale de théâtre du Canada, 
section écriture sous la direction du comédien-auteur-metteur en scène Yves
Desgagnés, je devais, une fois par semaine, rendre compte d'une pièce, en
faire la «critique».  Un excellent exercice d'apprentissage.  Apprendre à
regarder, à comprendre, à évaluer un spectacle.  Et souvent les mauvais
spectacles étaient plus révélateurs que les bons : quoi ne pas faire!

    La grille d'évaluation proposée était simple mais efficace, fort
semblable à celle de Monsieur Ferris.  En une page ou presque :

1- Le texte.  Son résumé.  Sa construction dramatique. Et surtout : de quoi
ça parle!
2- La mise en scène. (la vision du m.e.s en regard du sens du texte)
3_ L'interprétation des comédiens. (incluant la direction de ceux-ci par le
m.e.s)
4- Les décors, éclairages, etc. (toujours la vision, le sens en rapport avec
le texte et les choix du m.e.s)
5- Un paragraphe pour l'appréciation toute personnelle.

    Semblable à Monsieur Ferris.  Ça a l'air  simple.  Ce n'est pourtant pas
ce qu'on peut retrouver souvent dans nos quotidiens.  Il y a de très bons
critiques à Montréal, des gens consciencieux et érudits du théâtre.

    Trop souvent, la critique se laisse aller à des billets d'humeur...
camouflés en évaluation de spectacle.  Le numéro 5 prend alors toute la
place.  Bien sûr, les critiques sont aussi des créateurs, c'est un fait, et
nul n'est besoin de reciter Barthes là-dessus...  Ces humeurs «théâtrales»,
au demeurant souvent fort intéressantes, ont leur place dans les quotidiens,
mais pas dans une critique.

    Ce que les auteurs peuvent le plus souvent reprocher à la critique,
c'est de faire peu de cas du sujet de la pièce : de quoi ça parle!  Trop
souvent, nous pouvons lire des critiques qui sont soit des comptes rendus
plat, sans vision se démarquant.  Mais surtout des critiques qui ne
s'attardent qu'au contenant et trop peu au contenu.

    Un auteur (metteur en scène compris), c'est quelqu'un qui a la
prétention... d'avoir quelque chose à dire à la cité.  Trop souvent, je lis
dans les journaux des comptes rendus «esthétiques» d'un spectacle, le sens
s'en trouvant occulté.  De quoi ça parle!  Même dans le cas de relecture des
classiques, pourquoi remonter cette pièce?  Quelle peut être sa portée
aujourd'hui, qu'a-t-elle encore à nous dire?  Mais surtout dans les cas de
«créations» (j'aime plutôt les termes de «premières représentations
publiques»), l'auteur vivant, témoin de son époque, apporte sa vision,
éclairée et/ou doublée de celle du metteur en scène.  Qu'en est-il de ces
visions dans les critiques de nos quotidiens?  Trop souvent trop peu de
choses...  Pourquoi?  Je ne sais pas.  Manque de temps, d'espace dans les
journaux?  Notre époque, à tous les niveaux, a gagné en «spectaculaire» et
perdu en contenu.  Beaucoup de shows sont aussi plus spectaculaires que
révélateurs.  La parole perd son sens.  Prendre position est difficile, cela
l'a toujours été.  Autant pour les auteurs que les critiques.  Ce qui mérite
d'être fait, mérite d'être bien fait. C'est un sale boulot mais quelqu'un
doit le faire... :)
--
Claude Champagne
E-Mail : champagne.c@videotron.ca
Page Personnelle (http://membres.tripod.fr/el_claudio_1/index.html)

----------
>From: Costas Ferris <ferris@otenet.gr>
>To: Liste de discussion en francais sur le theatre <queatre@uqam.ca>
>Subject: Re: Grille d'evaluation d'un spectacle
>Date: Sat, Jul 3, 1999, 9:07 PM
>

> J'ai travaille pendant quatre ans dans un quotidien, en tant que critique
> (theatre et cinema), et il m'a fallu etablir une "grille de principes" pour
> faire mes "critiques". Ce qui n'etait pas le cas pour mon travail de
> realisateur (cinema) et metteur en scene (theatre) avant et apres la
> periode "critique"...
> Je ne sais pas si ma methode est la bonne, mais elle m'a servi beaucoup.
> Donc:
>
> 1. Coherence entre la piece meme (le texte, la parole, ideologie, realisme
> ou pas, exageration ou pas etc. etc.) et sa "mise en scene". Une mise en
> scene, aussi extraordinaire qu'elle soit, est "fausse" si elle n'exprime
> pas la "these" meme de l'oeuvre,
> 2. Technique A: Beaute. Tous les elements du spectacle (decors, eclairages,
> interpretations etc.) doivent contenter la regard en beaute et admiration.
> 3. Technique B: Rythme. Le rythme d'un spectacle peut etre lent ou rapide,
> mais les alternances des mouvements et des sequences doit respecter un
> rythme a forme (essentiellement) musicale, de forme longue (Concerto,
> Symphonie, Poeme Lyrique, Film a sequences accelerees etc.)
> 4. Coherence des techniques (a) et (b).
> 5. Effet de l'ensemble du spectacle sur les sentiments et sensations du
> spectateur.
> 6. Un spectacle n'est jamais "parfait". Ce qu'est interessent est de
> detecter les intentions du metteur en scene, et mesurer la distance du
> resultat.
>
> C'est une grille elementaire, mais ca marche.
>
> Costas Ferris
>