référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-09/msg00041.html
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Re: Shylock Pierre-M. Gason



Je voudrais ajouter au débat l'analyse faite, en 1892-1893 par un
commentateur belge du théâtre élisabéthain, Georges Eekhoud,  dans son
Siècle de Shakespeare.

Il n'est pas d'une originalité époustouflante mais témoigne de manière
intéressante de ce que j'appelllerai un "antisémitisme mitigé".
L'antisémitisme d'Eekhoud est en effet essentiellement d'ordre économique
est a dû être motivé  par quelques scandales arrivés à Anvers dans les
années 1870-1880 (notamment le trafic d'émigrants européens vers
l'Amérique).

Voici, sans commentaire, le texte d'Eekhoud:

"Au théâtre comme dans le livre, les quolibets, les lazzi, les invectives de
tout genre pleuvent dru sur les trop industrieux enfants d'Israël. Dans
Peines d'amour perdues, Biron leur décoche ce méchant calembour qui devait
faire se trémousser le parterre :
For the ass to the Jude give it him : Jud-as away

Le Marchand de Venise est, en ce sens, une oeuvre de conciliation et de
justice, comparée à maint ouvrage où les juifs jouent un rôle. «Shylock,
malgré le dessein féroce qu'il poursuit, demeure un homme», a dit Charles
Lamb, «ses mobiles, ses sentiments, sa rancune, conservent quelque chose
d'humain. Pourquoi ne tirerait-il pas vengeance de ceux qui le lèsent?» Le
Juif de Malte, de Marlowe, reflète mieux l'exécration dont ils étaient
l'objet, flatte plus brutalement l'instinct et le préjugé populaires.
Barabas est un véritable monstre, accumulant le grotesque et l'odieux.
L'interprète enchérissait sur les intentions du poète, en affligeant le Juif
d'un immense nez rouge, pour le plus grand ébaudissement de la plèbe. Ce
Barabas tue pour le plaisir de tuer, empoisonne des monastères entiers,
invente des machines infernales. Un siècle ou deux auparavant, cette pièce
aurait pu être représentée «par ordre» aux Londoniens pour les inviter au
pillage général des Juifs et à leur massacre prémédités dans les conseils du
roi".

Merci de m'avoir  lu.