référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1999-11/msg00041.html
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PROLOGUE ET COMMENTAIRE Costas Ferris




L'histoire du "narrateur", "conteur", "raconteur" ou "presentateur"
(etc.etc.), dans le theatre, est tres riche. A partir du theatre ancien
jusqu'au plus moderne. Du chanteur-raconteur, Homere ou Fimius, le
Cantastorie Sicilien, ou le Cantor Juif et le Psalte Grec, en passant par
le choeur du
drame Grec et ses Coryphees, au Pagliacio de la Commedia del Arte, etc,
etc. De la multiplication de ces personages, a l'identification du
"commentateur" a un ou plusieurs personages de l'oeuvre.

Or, ce que je trouve plus interessant, est ce que j'appele "la transaxion"
(changement d'axe) du rapport personage vs personage, au rapport
comedien/spectateur (ce que j'appele "rapport direct"). Deja, dans le
premier cas (personage vs personage) on observe ce qu'on appele un
"spectacle", c'est a dire un champs clos, un "ca" vis-a-vis du "moi" ou
"nous", qu'elque-chose qui se passe "en dehors".

Dans le deuxieme cas (comedien vs spectateur) le sens du "peraonage"
disparait, et on se
retrouve dans un espace unique et unifiant, ou on a une conscience claire
"qu'on assiste a une representation". Dans ce cas, cette representation
n'est plus un spectacle, mais devient un evenement de participation. De la,
un seul pas nous separe de l'"evenement vecu" (dromenon en grec) des
ceremonies traditionnelles des "marcheurs sur le feu" ou de l'extase
collective.

Une transaxion a un deuxieme niveau, est la "transaxion interieure". C'est
la transaxion temporelle, ce que dans le cinema on appele "Flash Back" ou
"Flash Forward", ou parfois aux apparitions de phantomes ("Perses",
"Hamlet" etc.) et autres creatures imaginaires. La transposition du "Flash
Back" cinematographique au theatre, a eu son application formidable dans la
"Mort d'un commis voyageur" d'Arthur Miller. Mais ce qu'esi surprenant -et
genial-, c'est que Laszlo Benedeck, dans sa "re-transposition" de cette
piece dans le cinema, n'a pas voulu retrouver les cliches
cinematographiques du retour en arriere (fondu enchaine etc.) mais il a
adopte l'unite de l'espace theatrale, en ouvrant au cinema des nouvelles
structures narratives extraordinaires (Plan-sequence trans-temporel etc.)

En ce qui concerne la structure et l'alternance des narrations et de
l'action, d'un axe a l'autre et d'un niveau temporel a l'autre, je trouve
que le chef d'oeuvre n'est pas une piece de theatre: C'est "Symposium" (Le
Banquet) de Platon.

Il faut bien distinguer la "partie" nommee PROLOGUE (du Grec "prologos",
preambule) du personnage qui recite ce preambule. Dans la tragedie Greque
c'est d'habitude un personage de l'action-histoire-narration. La Nourice de
Medee, ou le Guardien d'Agamemnon etc. Dans les "Bacchantes" d'Euripide,
essentielement dernier drame de la Periode Classique, on a un extremisme:
Le Prologue est recite (interprete) par Dionysos (Bacchus) meme, dieu de la
Tragedie et du Theatre. C'est l'apparition unique de ce dieu dans une
tragedie, et il apparait aussi dans une seule comedie d'Aristophane, les
"Grenouilles".

Ce que j'appele un extremisme, consiste en deux phenomenes:

a) Un dieu, dans la tragedie Greque, apparait d'habitude vers la fin, pour
donner le denouement, en tant que "Deus ex Machina". Or, dans les
"Bacchantes", il assume le personnage de la Passion, en double avec son
cousin Penthee. Un dieu-protagoniste donc, qui s'adresse en direct au
public d'un spectacle (?) Impressionant au moins.

b) Dans cette derniere piece d'Euripide en exil, il introdut le dieu de la
tragedie en exil, qui rentre dans sa ville natale, pour se venger ou rendre
justice -c'est pareil- et executer son cousin = Voyeur!  Et il s'adresse au
public = Voyeur, pour annoncer cette vengeance! Pour executer la
tragedie-meme, et annoncer le retour a l'extase-participation? Ou pour
annoncer la resurection tres prochaine du theatre-spectacle? Les deux,
peut-etre.

Les "Bacchantes" sont la tragedie sur le theatre, par excellence.

Costas Ferris

(Serge, je suis la, je t'ecrirai demain).

Costas Ferris