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RE: Prologue Epilogue Serge Ouaknine



>Les "Bacchantes" sont la tragédie sur le théâtre, par excellence.
>>Costas Ferris
Le texte suivant est une réflexion suite aux interventions de Noële
Racinesur  le Prologue et l'Épilogue et de Costas Ferris sur le sens du
Prologue dans les Bacchante d'Euripide  . Vu qu'il est un grand specialiste
grec j'ai  d'abord voulu vérifier auprès de lu,i par un courrier privé, si
mes hypothèses étaient plausibles. Il a confirmé ma réflexion et m'a
encouragé à mettre sur le réseau Queatre le texte suivant qui n'est qu'une
ébauche.

Du Prologue Grec à la Passion chrétienne
serge ouaknine


Merci cher Costas pour cette magnifique clarification. Tu viens de me faire
entendre, à propos d eta réflexion du rles Bacchants ( la représentaion
"consciente" du théâtre dans le théâtre)  ce sur quoi je butais depuis de
nombreuses années, au niveau de sourc s de cette problémaqtique.

Notre regard n'a pas besoin du spectacle, seulement du réconfort de notre
sentiment d'exil. Car toute  mise en scène est une mise en exil du réel
pour s'emparer de lui. C'est en ce sens que la tragédie grecque ne regarde
pas la mort mais la vie, elle désigne la grande absente pour en conjurer la
présence et que, morte la mort, plus rien ne meurt. Nou sommes tous
travaillés  par le vivant et le spectacle,  ce territoire de la conscience
consciente de  sa représentation. C'est ce qui distingue le théâtre comme
rite de la représentation conscienete  non comme religion de lavérité
révellée.
Après lui avoir résisté, le christianisme s'est emparé  du geste scénique
maisla Parole, au lieu de se présenter,  comme dans les Bacchantes, annonce
consciente du représenté , il ets devenu annonciation du définitif .
Rappelons que Dionysos vient de Theo-Gnossos / fils de Dieu ( Theos = Zeus
= Dieu ) et qui devint Dionysos - en passant de la Macédoine vers le
Péloponèse plus clément et où on boit du vin...pour le célébrer le
Dio-nysos (car par le vin se faitune co-naissance -- comme les juifs -- une
consécration  de la vie et des fruits de la terre -- c'est rendre grace à
Dieu , car le vin est  "fruit/fils/connaissance "  de la vigne).
Comme tu sais bien, le fils de Dieu deviendra le Bacchus des Romains, mais
il me semble que pour les Grecs (du siècle de Périkles).  Le christianisme
(Paul est responsable de cela) sépare cette célébration du vivant en
coupant le corps de l'esprit et le fils de Dieu devient  le Christus
mortifère de la Passion et le vin de la crération le sang du filsŠ.et le
pain, son corps.

Dans la tragédie grecque le Prologue des Bacchantes dont tu parles si
finement, le fils de Dieu vient pour venger l'usurpation de son rôl . C'est
, il me semble, une tragédie optimiste. Il se pourrait que ce que le
christianisme a introduit de cet " exil réparé " soit la perpétuation de
cet exilŠ dans le péchéŠ et  la victoire de la mort dans le péché. La
tragédie optimiste ou le Prologue et qui annonce la réparation deviendra le
récit évangélique où tout le texte est "prologue" de la Passion, une suite
d'annoncesjusqu'au deuil et à la promesse de résurrection (comme réparation
du deuil). La dite culpabilité vient de là c'est un exil raté. Un exil qui
ne fait pas triompher la force jouissante, énergisante, re-créante de la
vie. Son flux. Le drame se  consacre dans la mort. Il me semble que les
Romains y sont pour beaucoup dans cette consécration/ perversion. Selon mon
entendement je n'entends pas dans la tragédie grecque un triomphe du
sacrifice mais, au contraire, une réparation symbolique de cette mort,
l'abus de son pouvoir, se fait  par LA PAROLE et non par le sangŠ. par du
récit, parce que nous sommes AU théâtre.L,église fera du drame d el
aPAssion un drame de la vérité , de l'unique vérité , alors que pour les
grecs , la parole s'inscrit et s'achève dan sle théâtre.  Pour un chrétien
convaincu , sûrement que ce que je dis ici est un blasphème mais c'est
ainsi que je lis le passage du monde gréco-biblique au christianisme
romainŠCela signifie que les transistions culturelles se font lentement. Il
fallut un peu plus de trois siècles pour christianiser le monde antique...

Au théâtre, on Est DANS le représenté, dans le symbolique, et non dans le
drame réel du deuil du fils de DieuŠ Le théâtre est rituel, du représenté
et non religion d'un drame sans distance. Donc, le Prologue annonce
seulement ce qui sera confirmé par l'épilogue, comme spectacle d'un
exercice symboliqueŠ. Et tu as raison c'est déjà du PirandelloŠ.( les
Grecques n'ont - il pas laissé des enfants en SicileŠ)  Alors que dans le
mystère chrétien  paganisé " à la romaine ", la Passion du martyre ne se
passe pas dans le symbolique mais le réel ( et c'est là la source profonde
et première de l'antisémitisme ). Les lions à Rome, mangent bel et bien
leurs victimes (Pilate s'en lave les mains et c'est les juifs qui tue
Dieu!)  Ainsi, c'est Rome qui fait du prologue une annonce "tragique" ou
c'est la mort qui triomphe et c'est Rome occidentale qui récupère le
christianisme oriental en finissant de paganiser le monothéisme juif.

Il me semble que chez les Grecs, le Prologue introduit la conscience
ludique et métaphorique : par une conscientisation du spectateur que nous
sommes dan du récit, du jeu scénique comme conscientisation lyrique de la
valeur de la vie. C'est ce qui explique que Pirandello reprend le destin de
ses personnage dans une tautologie auto-réfléchissante et qui questionne la
légitimité du  être là  de celui qui INCARNE L APAROLE. Alors oui pour le
personnage,  il faut chercher l'Auteur!!! ( AH! AH !)  et qui est le
premier auteur de la comédie humaine?Š ( re-AH ! AH!)

Ainsi chez Euripide, le personnage confirme la légitimité de sa fonction
maïeutique. Il vient pour instruire, pour révéler par le travail du langage
et non par la répétition d'une célébration sacrificielle.  On a perdu
quelque chose de grand lorsque les Romains  se sont emparé du théâtre
grecque (en coupant l'Orchestra en deux, en faisant d'une sphère le RÉCIT
montait verticalement en psalmodie, en scansion, vers le ciel du public en
tant que VOIX ) . Les Romains rapprochèrent des yeux du public la scène ce
qui pour les Grecs était derrière,  dans le lointain, au-delà de la sphère
de la paroleŠ et en faisant de la scène une proxémique horizontale ou tout
se consume dans le VOIR, ils ont tué la verticalité où tout est compassion
dans l'ÉCOUTE.  Aussi tu as raison les Bacchantes, pour moi, sont la
conscientisation de ce passage scénique du vertical à l'horizontalité
imminente, où le théâtre ne parle lus du vrai mais du moralŠ Je souhaite
tes clarifications.





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Serge Ouaknine
Montreal  (Quebec) Canada
Email : r34424@er.uqam.ca
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