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Re: Othello et la dite jalousie serge Ouakine



Revisiter l'Othello de Shakespeare

Si "le Maure de Venise" met en place la jalousie d'un noir, il est vital de
relire cette problématique d'une écoute différente, d'une lecture "non
floklorisée" ni "exotique" des mécanismes de la passion.
Tout comme "Le marchand de Venise" n'est pas une pièce antisémite mais montre
au contraire un Shylock cherchant à démontrer, par l'absurde la légitimité de
son être, le projet Othello de cette mise en scène est donc d'explorer, de
dépasser les clichés attachés aux connotations "raciales" populaires de
l'oeuvre et de subvertir la problématique de la jalousie et celle de la
passion d'un noir par d'autres aspects que cachent l'oeuvre, ceux  en
particulier d'un jeu d'intrigues identitaires dont l'amour de soi et de
l'autre n'est pas le prétexte mais le véritable sujet.  Une identité amoureuse
pervertie par des intrigues méchantes, montrant "l'autre"  comme objet/sujet
de multiples formes de manipulations.
La place du regard est ici fondamentale, celle du "qu'en dira-t-on", celle du
pouvoir. Othello pose une question de confiance plus que de jalousie, celle
d'un contrat social plus que le portrait de  la violence meurtrière que
déclenche la passion amoureuse.
Celle de l'amour comme affaire  publique et aussi comme sphère fragilisé du
privé.


Jean-Jacques Delfour a écrit:

> Chers amis,
> Revisiter l'Othello de Shakespeare
>
> Si "le Maure de Venise" met en place la jalousie d'un noir, il est vital de
> relire cette problématique d'une écoute différente, d'une lecture "non
> floklorisée" ni "exotique" des mécanismes de la passion.
> Tout comme "Le marchand de Venise" n'est pas une pièce antisémite mais
> montre au contraire un Shylock cherchant à démontrer, par l'absurde la
> légitimité de son être, le projet Othello de cette mise en scène est donc
> d'explorer, de dépasser les clichés attachés aux connotations "raciales"
> populaires de l'oeuvre et de subvertir la problématique de la jalousie et
> celle de la passion d'un noir par d'autres aspects que cachent l'oeuvre,
> ceux  en particulier d'un jeu d'intrigues identitaires dont l'amour de soi
> et de l'autre n'est pas le prétexte mais le véritable sujet.  Une identité
> amoureuse pervertie par des intrigues méchantes, montrant "l'autre"  comme
> objet/sujet  de multiples formes de manipulations.
> La place du regard est ici fondamentale, celle du "qu'en dira-t-on", celle
> du pouvoir. Othello pose une question de confiance plus que de jalousie,
> celle d'un contrat social plus que le portrait de  la violence meurtrière
> que déclenche la passion amoureuse.
> Celle de l'amour comme affaire  publique et aussi comme sphère fragilisé du
> privé.

Pour Othello, le défi est celui d'un travail de coupe et de dentelle sur le
plan de la forme mais le vrai défi est de débusquer le mythe de sa poussière.
C'est une pièce moins sur la jalousie que sur l'altérité, le double et l'image
"négative" de soi dans l'autre et réciproquement, sur la haine de soi qui
contamine tout, sur le regard qui la provoque, sur la difficulté de l'écoute,
sur les miroirs infinis de toutes identités/ passions.
Certes on peut, avec humour, imaginer plusieurs niveaux de langues,  une
dialectique français normatif/créole sur le double langage de ces altérités
passionnées, mesurer les niveaux de jeu et de langue pour que le trio
Yago/Othello/Desdémone ne soit pas un simple jeu en noir et blanc. Il faudra
creuser au-delà des clichés.
bien à vousd
serge




>
>
> Je travaille sur la jalousie (de manière accessoire car dans un cadre plus
> large, celui de la signification éthique de la différence des sexes). Je
> crois avoir lu quelque part - mais où? - ou en tout cas compris (fait
> l'hypothèse plus exactement) que Othello conçoit une certaine jalousie pour
> Desdémone, d'une certaine manière, sur l'instigation de son beau-père qui
> dit (où?) quelque chose comme "tu ne peux pas faire confiance à une femme
> qui…" la suite manque; ou même peut-être une phrase du genre: "cette femme
> [sa fille] a bien trahi une fois [sous-entendu en se mariant], alors
> pourquoi pas une 2e fois"?. Tout se passant comme si la jalousie criminelle
> puisait sinon sa source son occasion dans un sentiment incestueux
> paternel...
> Je ne retrouve pas ce passage dans la pièce de Shakespeare ni non plus une
> éventuelle source.
> Ai-je rêvé ? Confonds-je avec une autre pièce ? Impossible de me souvenir.
> Quelqu'un qui aurait lu récemment la pièce peut-il me renseigner ?
> Cordialement
> Jean-Jacques Delfour
>
> --
> Jean-Jacques Delfour
> Professeur de philosophie
> mailto:jjdelf@club-internet.fr