référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2000-03/msg00101.html
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Re: Colloque :Théâtres interdits et secrets Jean Reinert



Chere Ilana Zinguer,
mon interet pour votre colloque "theatres interdits" est reel mais je n'ai pas reagi directement a votre annonce car je n'ai pas d'experience particuliere sur les theatres clandestins.
Je dirais que dans la tradition occidentale (ou le theatre s'est tres vite degage d'une fonction rituelle), c'est par sa nature meme que il est (potentiellement) subversif.
Aux origines (grecques), il est (éthymologiquement) le lieu d'ou l'on observe, le lieu de la parole et du regard communs : il est cette vocation et cette volonte de creer un espace où l'individu se fait l'observateur et le commentateur d'une societe qui, si facilement, l'engloutit. Espace civique, lieu d'un débat, intime, ou prive, ou public. C'est pourquoi, des qu'il echappe aux cercles de l'elite et aux cenacles, il devient suspect aux pouvoirs. Moliere n'est pas genant tant qu'il joue seulement a la cour mais, des qu'il en sort, il participe au travail de sape de la monarchie absolue.
Mon impression est que les theatres clandestins ou de propagandes peuvent etre subversifs plus a la facon dont peut l'etre la litterature clandestine (On peut remarquer a ce propos que la "Philosophie dans le boudoir" est de la litterature subversive, sa representation aurait surtout un interet pornographique, et sa realisation serait la marque de la tyranie : d'ou l'ambiguite d'un film comme "Salo ou les 120 jours..." de Pasolini). Mais ils peuvent etre aussi au service du pouvoir, comme le theatre d'Agit Prop dans l'URSS des annees 20.
C'est donc plutot en tant qu'il existe comme espace civique que le theatre m'apparait comme specifiquement dangereux aux pouvoirs (politique, religieux, ideologique). Comme je l'ai deja suggere precedemment, le public me semble etre le grand oublie de la reflexion contemporaine sur le theatre. (Est-ce innocent ? Il y a toujours eu un facheux penchant a l'elitisme dans les cercles dirigeants francais: on veut, dans le meilleur des cas, y "eduquer" le public). Pourtant, sans le public, la représentation théâtrale est un non-événement, voire un non-sens; surtout, sans le public, il n'y a pas de valeur théâtrale.
Bien cordialement, 
 
Jean Reinert
"jr dramaturgie"   http://perso.wanadoo.fr/jean.reinert/
Em : jreinert@wanadoo.fr
-----Message d'origine-----
De : Isabelle Martin <imartin@research.haifa.ac.il>
À : Liste de discussion en francais sur le theatre <queatre@uqam.ca>
Date : samedi 25 mars 2000 14:48
Objet : Colloque :Théâtres interdits et secrets

    L'Université de Haifa ainsi que la société d'Etudes de Recherches Théâtrales en Israël que nous venons de fonder organise le 4 et 5 juin 2001 un colloque international sur le thème "Théâtres interdits et théâtres secrets".
De tous temps les pouvoirs et les institutions ont tenté de contrôler le théâtre. Sur des critères moraux, politiques, religieux; idéologiques, leurs agents ou le législateur se sont abrités derrière les censeurs pour interdire certains spectacles. De cette répression naissent les théâtres clandestins. Ils se sont enterrés pour exprimer des idées qui vont de la libération sexuelle, théâtre érotique par exemple aux rapports de force dans la Cité, théâtre de propagande, théâtre de libération nationale, etc.
Nous essayerons de réunir des témoignages à la fois historiques jusqu'à l'époque contemporaine et théoriques de cette pratique des spectacles qui peuvent coûter à leurs créateurs la liberté, voire la vie.
 
                                                                              Prof. I. Zinguer et Dr I. Martin
 
Les propositions de communication en français ou en anglais sont à adressées à I. Martin avant le 30 mai 2000 à l'adresse ci-dessous:
 
I. Martin
Université de Haifa
Département de Langue et de Littérature française
Mount Carmel
Haifa 31905
ISRAEL
Fax: 972 4 824 97 33 (secrétariat)