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Re: recherche de textes (thématique de la guerre) Nathalie Beauregard



Bonjour!
 
Je me suis beaucoup intéressée à la littérature de la résistance, donc,  j'ai peut-être quelques suggestions à vous faire.  Par ailleurs, je tiens à préciser que mon champs d'étude est davantage celui de la poésie... et non pas le théâtre.  Mais, comme  vous parliez de "textes percutants pour former un collage"  Hé bien, la poésie me semble toute désignée!  (je prêche un peu pour ma paroisse!  ;0) ) 
 
Alors, un texte magnifique qui dénonce la guerre et que je ne voudrais omettre pour rien au monde, c'est Le musée Grévin d'Aragon.  Je ne peux m'empêcher de vous en citer un extrais :
 
" J'écris dans un pays dévasté par la peste,  / Qui semble un cauchemar attardé de Goya / Où les chiens n'ont d'espoir que la manne céleste / Et des squelettes blancs cultivent le soya...  [...]  J'écris dans ce pays où l'on parque les hommes / Dans l'ordure et la soif, le silence et la faim / Où la mère se voit arracher son fils, comme / Si Hérode régnait, quand Laval est Dauphin! //  J'écris dans ce pays que le sang défigure, / Qui n'est plus qu'un monceau de douleurs et de plaies, / Une halle à tous vents que la grêle inaugure,  / Une ruine où la mort s'exerce aux osselets..."  (ARAGON, LOUIS.  Le musée Grévin, Paris, Les Éditions de Minuit, 1943, p. 24.)
 
Il y a évidemment Paul Éluard qui me vient instantanément en tête (entre autre parce que je travaille présentement sur son oeuvre (!) mais aussi parce qu'il fut un pilier de la poésie de la Résistance...). Et pour ne citer qu'un recueil je vous proposerais Au rendez-vous allemand suivi de Poésie et vérité 1942  (ÉLUARD, Paul.  Au rendez-vous allemand, Paris, Les Éditions de Minuit, 1945, 77p.)  Encore une fois, je ne peux résister à la tentation de citer quelques vers... 
 
Le poème s'intitule Les vendeurs d'indulgence:
"Ceux qui ont oublié le mal au nom du bien / Ceux qui n'ont pas de coeur nous prêchent le pardon / Les criminels leur sont indispensables / Ils croient qu'il faut de tout pour faire un monde. //  Écoutez-les ils prêchent haut / Nul n'ose plus les faire taire / Ils ont des droits écoutez-les / Écoutez cet écho d'hier //  Qu'ils résistent ou qu'il capitule / Un général en vaut bien un autre / Des Français habillés de vert / Sont quand même de fiers soldats / De bons canons pour l'ennemi / Sont quand même de bons canons / Et plus il possède d'esclaves / Plus le maître a de raisons d'être.  //  Les femmes d'Auschwitz, les petits enfants juifs / Les terroristes à l'oeil juste les otages / Ne pouvaient pas savoir par quel hideux miracle / La clémence serait ardemment invoquée [...] "
 
Ou encore, dans La dernière nuit :
"Ce petit monde meurtrier / Est orienté vers l'innocent / Lui ôte le pain de la bouche / Et donne sa maison au feu / Lui prend sa veste et ses souliers / Lui prend son temps et ses enfants//  Ce petit monde meurtrier confond les morts et les vivants / Blanchit la boue gracie les traîtres / Transforme la parole en bruit "
 
 
En fait, bien que cela soit de la poésie, je voulais juste noter au passage que ces textes se prêtent, à mon avis,  très bien à l'oral...  à quelque chose qui se rapprocherait du monologue. 
 
Une dernière suggestion... qui encore une fois est à mille lieux du théâtre (!)  Le récit de Paul M. Marchand Sympathie pour le diable publié chez Lanctôt Éditeur en 1997.  De nombreux extrais de ce récit seraient à mentionner... je n'en cite qu'un qui, en frais d'absurdité, me semble des plus valable:
 
"Dans les d'égout de Beyrouth, je n'ai jamais croisé quelqu'un qui éprouvait de la peur.  J'ai été affranchi du contraire.  La peur sincère est calfeutrée, tapie dans la pacification.  La paix est bondées de paniques irréfléchies, c'est une ère sans ennemis formellement identifiables.  Paradoxalement, la guerre enfante l'espoir.  Une attente forcenée de passions enflammées.  une boulimie frénétique de sang.  L'amour du sang, c'est un amour profond de la connaissance.  C'est arracher ce que l'autre tente de soustraire.  C'est la conquête du savoir.  La convoitise de l'intimité et des secrets.  Saigner son prochain n'est rien de plus que de la curiosité contrariée.  La promesse du sang et de son décryptage efface l'homicide qui le fournit.  Peu importe si ce liquide écarlate est associé à la souffrance, à la pitié et à la mort.  Il n'y a pas de cruauté dans ce désir brutal de voir à tout prix ce qui coule dans les veines de l'autre".  (P. MARCHAND, Sympathie pour le diable, p. 50.)
 
 
Voilà...  beaucoup beaucoup de citations... je m'en excuse, je viens de réaliser à quel point ce courriel est interminable...  J'ose à tout le moins espérer que cela vous donnera quelques pistes de lecture. 
 
Bonne chance dans vos recherches!
Bien à vous,
Nathalie Beauregard
 
p.s.  ce serait bien si vous nous donniez des nouvelles de ce cours...  ;0)
----- Original Message -----
From: Nancy Thomas
To: Liste de discussion en francais sur le theatre
Sent: Wednesday, October 18, 2000 6:27 PM
Subject: recherche de textes (thématique de la guerre)

 
 
Bonjour,
 
    Je suis présentement à la recherche de courts textes ou même d'extraits de pièces sur la thématique de l'absurdité de la guerre pour un cours d'art dramatique au secondaire.  Nous avons décidé (les élèves et moi) de travailler à partir d'une adaptation du texte de Boris Vian, Les bâtisseurs d'empire ou le schmürz.  Nous cherchons des textes percutants pour former un collage afin que chaque élève puisse avoir un rôle satisfaisant.
 
PS: Ce peut aussi bien être des scènes que des monologues.
 
Si vous avez des suggestions, écrivez-moi.
Un prof en manque d'inspiration.
 
Nancy
nthomas@rocler.qc.ca