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Re: notule sur dom juan BOURASSA ANDRE G



Bonjour!
Le texte cité ci-dessous par Denis Jue est intéressant, Il souligne que le
comique de _Don Juan joue sur plusieurs niveaux.
- Il joue sur le plan gestuel, comme on sait, à cause de la parenté de
Sganarelle avec les types de la Commedia dell'Arte. Il existe d'ailleurs
plus d'une version du _Festin de pierre_ à la Comédie-Italienne.
--  Il joue sur le plan  rhétorique. Molière, on le sait, avait étudié
au Collège de Clermont où les Jésuites l'avaient forcément initié aux
règles de la rhétorique. Qu'il s'amuse ici aux dépens des gens dont
l'argumentation est un peu trop fantaisiste n'a rien d'étonnant.
- Il joue sur le plan linguistique, se moquant gentiment de l'accent
normand. Comme Québécois, cela m'a longtemps un peu agacé, jusqu'au jour
où Jean Duvignaud m'apprit, dans une classe d'histoire que je donnais au
Conservatoire, qu'une bonne partie des comédiens de l'époque avaient
précisément l'accent normand, ce qui implique que Molière amenanit ses
comédiens à se moquer un petit peu d'eux-mêmes!
- Il joue, comme Denis le souligne, sur le plan apologétique. Sganarelle
raille en effet la théologie de la peur, influencé là aussi par sa
formastion obtenue dans un milieu hostile aux thèses jandénistes.

Le discours de Sganarelle me fait ainsi penser, à certains égards, à celui
de Lucky dans _En attendant Godot_. Le discours de ce dernier à un peu du
discours-à-côté et un peu de la moquerie du style académique. Les deux
pièces, où on ne cesse de rire pendant leur déroulement, ont tout de même
quelque chose de ce que j'appellerais l'antitragérie (comme on dit
"antihéros"). La tragicomédie du _Cid_, dont le déroulement tragique a une
fin heureuse, trouve ici son contre-pied, d'un déroulement comique à la
fin tragique. Pour _Godot_, qui n'a ni lieu, ni temps ni action, je dirais
en vérité qu'il n'y a pas de fin du tout, ce qui est tragique.
Amitiés, André G. Bourassa.

On Wed, 1 Nov 2000, Denis Hue wrote:

> 
> Dilectissimi sapientes
> 	Je propose ici, a nouveau, une remarque formulee il y a peu sur Balzac,
> au moment ou je changeais d'adresse : elle me parait relever de Queatre
> autant que de Balzac (aussi, sorry for xposting, comme on dit...)
> 
>         Tout le monde connait le passage fumeux/fameux ou Sganarelle
> deborde d'indignation et dit son fait a Dom Juan (D.J., V, 2), passage
> ou l'argumentaire est une sorte de marabout de ficelle sans logique :
> "... les richesses font les riches; les riches ne sont pas pauvres; les
> pauvres ont de la necessie; la necessite n'a point de loi; qui n'a pas
> de loi vit en bete brute; et par consequent vous serez damne a tous les
> diables."
>         C'etait a mes yeux la preuve de la faiblesse et de l'inculture
> de Sganarelle : y avait-il d'autres lectures ? (ma biblio sur Dom Juan
> est loin d'etre a jour...)
> 
>         Je viens de tomber sur un passage tout a fait etonnant d'Etienne
> Binet (Remedes souverains contre la peste et la mort soudaine, 1628, 
> petite collection atopia, Jerome Millon, 1998, p. 31-32) qui remet en
> cause la lecture de la tirade de Sganarelle ; je le reproduis in
> extenso, evidemment sans accents, et dans l'orthographe modernisee de
> mon edition, tout en isolant (__)les passages qui me paraissent
> revelateurs : 
> 
>         "Du temps de Josaphat courait un livre qui donnait des recettes
> contre toutes les maladies, le monde se portait bien, mais jamais il ne
> fut si mechant; personne n'allait au temple, on se moquait du Ciel et de
> Dieu, tout etait en desordre, ce n'etait qu'atheisme; le roi fit bruler
> ce livre par la main d'un bourreau, les maladies revinrent, le temple
> etait tout plein de sacrifices, de (p. 32)larmes et de devotions, il
> semblait que le ciel fut tombe en terre. (__ Croyez moi, la peur est la
> cause de la devotion, la devotion amene les vertus, les vertus sont
> accompagnees des graces de Dieu et des benedictions du Ciel__)et il se
> peut dire, et il est vrai, que tout ainsi que la crainte a ete la
> premiere qui a introduit la sagesse au monde et qui a bien plante dans
> les coeurs la pitie aussi est-ce la meme crainte qui la nourrit. (__Qui
> craint est sage; qui est sage pense bien a son coeur; qui a soin de son
> coeur lui procure le bonheur de l'eternite__); de facon que comme le 
> temps de la peste est le temps de frayeur, aussi est-ce le temps des
> vertus et de la saintete."
>         
>         A mes yeux, le marabout-de-ficelle de Sganarelle en sort grandi
> : ce que caricature ici Moliere n'est pas la faiblesse argumentative
> d'un valet de comedie figure du petit peuple qui croit en Dieu comme au
> moine
> bourru, mais la rhetorique persuasive de tout un courant apologetique. 
>         Cet aspect avait-il ete releve? j'ignore si je viens de
> decouvrir l'Amerique (ce qui est toujours une aventure pour le
> medieviste que je suis), mais il me paraissait urgent d'en informer mes
> collegues -- et de
> m'en assurer. 
> 
> 
> **************
> n'en sai plus dire.
> **************
> 
> Denis Hüe
> Université de Rennes 2
> denis.hue@uhb.fr
> Visitez le site des médiévistes de Rennes 2 !
> http://www.uhb.fr/alc/medieval
> 
> 

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