référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-07/msg00010.html
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Re: Théâtre arabe Geraldo Pontes Jr



Cher Fertat,
je n'ai aucune information sur les questions qui vous inquiètent à présent, faute, primo, de connaissance exacte de leur aspect historico-culturel (je suis brésilien: ma culture, comme celle des québécois, est bien plus jeune que la vôtre, et n'a que des rapports trop éloignés avec elle, qui seraient des héritages de la culture portugaise, tributaires des invasions arabes en péninsule ibérique); secondo, j'ignorerais tout document spécifique, étant donné que je n'ai jamais mené de recherche dans le genre. J'ai seulement étudié le roman francophone d'origine marocaine, algérienne et tunisienne (en l'ocurence, Tahar Ben Jelloun et Albert Memmi), à l'occasion de la préparation de mon travail final de "master" (un niveau presque équivalent à un DEA), au Brésil, il y a 9 ans.
Mais le sujet a l'air tellement intéressant que je voudrais faire des commentaires sur quelques points au niveau d'une contribution autour de problème historiographiques.
Utiliser une bibliographie critique d'origine française est peut-être une forme de transposer un savoir d'une culture à une autre. Mais, si le patrimoine arabe ne peut pas vous aider et les thèses existantes non plus, il suffirait de faire une analyse de cela même qui vous paraît insuffisant, et, à travers peut-être une lecture de Duvignaud, Jean (Les ombres collectives, PUF), ainsi que de la perspective de l'écriture historiographique de l'Ecole des Annales (Ariès, Duby, etc), redéfinir, je répète, à travers l'inspiration de ces lectures tellement relativisantes de points de vue, cet effort de faire le relevé historique précis comme le seul valable pour caractériser une thèse. Et, dans un métalangage, rétablir la légitimité de votre but, dans une écriture de thèse qui ouvrirait les perspectives de penser un problème sans "solutions" évidentes - je me réfere évidemment au manque de bibliographie, documents, etc - en assumant déJá au départ l'objet plus spécifique de votre recherche. Il me parait que ce devoir de tout refaire depuis le début, peut etre nuisible à un effort de recherche de thèse, dans certains cas. Si votre thèse ne peut pas le présenter, elle ne serait pas moins valide, ce ne serait pas là exclusivement - voire exactement - la question. C'est grâce à cela que certaines écoles d'historiographie ont surgit pour rendre des problèmes théoriques moins chroniques, pour en défaire les impasses causées aux chercheurs. Et n'oublions pas: la théorisation théâtrale a besoin d'autres discussions des sciences humaines pour se construire.
Je vous souhaite quand-même très bonne chance et j'espère que d'autres chercheurs pourront vous signaler des chemins plus clairs.
Bien à vous,
Geraldo Pontes.

Fertatomar@aol.com wrote:

Bonjour
Je suis un jeune chercheur marocain qui prépare une thèse sur le théâtre
marocain d'expression française. Bien sûr  Pour bien mener mes recherches
j'étais obligé comme on dit de commencer par le commencement, c'est-à-dire
par la naissance du théâtre chez les Arabes, puisque le Maroc est un pays
dont la majorité de la population est d'origine arabe. Le problème c'est
qu'on ne trouve aucune présence de cet art dans le patrimoine culturel arabe,
je ne parle pas des formes pré-théâtrales qui sont communes à tous les
peuples mais du théâtre dans sa forme la plus aboutie en tant que spectacle
de la cité.
En effet, les chercheurs qui se sont intéressés à la question situent le
début du théâtre dans le monde arabe en 1847 à Beyrouth, quand un commerçant
libanais du nom de Marun al-Naqash présenta une adaptation de la fameuse
pièce de Molière l'Avare. Les thèses qui essayent d'expliquer cette absence
sont multiples mais personnellement je les trouve insuffisantes. Il y a par
exemple des chercheurs qui expliquent cela par le fait que les Arabes étaient
un peuple nomade vivant dans le désert et que le théâtre nécessite une
stabilité et une cité. Mais moi je réplique que la civilisation
arabo-musulman n'était pas toujours une civilisation bédouine et qu'à
l'époque Abbasside ou Omayyed des villes telles Damas ou Bagdad étaient
considérées comme de brillants centres de savoir et de recherche. Bon le
débat est long et passionnant en même temps.
Je vous écrit aujourd'hui pour demander aux abonnés de cette liste de
diffusion dont l'intérêt majeur et le théâtre de me communiquer et de me
faire part de leurs idées et de leur savoir sur ce sujet. Je vous serait
reconnaissant.
Fertat Omar