référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-07/msg00015.html
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Re: Théâtre arabe BOURASSA ANDRE G



Bonjour!
Vous faites manifestement une distinction entre "théâtre arabe" et
"théâtre en pays arabe". Sinon, je ne comprends pas la date de 1847. Car
il y eut des mystères et des cérémonies royales de grande importance en
Égypte, bien avant la Grèce. Voir, entre autres,  les illustrations qui
ouvrent la Chronologie générale du théâtre"
<http://www.er.uqam.ca/nobel/c2545/chronologie/chrono0.htm>, de même que
celles  de la section égyptienne de la chronologie. Et que dire de
_Gilgamesh_, le plus vieil écrit du monde dont il y a eu des mises en
scène, dans une approche contemporaine du texte.
Certes, cet art d'Afroique du Nord et du Moyen-Orient s'inscrivait dans 
une ratique considérée comme relevant du "vrai", les Gercs doublant leurs
mystères "vrais" d'une pratique du comique et du tragique qualifiée par
eux de "vraisemblable". Ce qui n'a pas empêché l'art du vrai et celui du
vraisemblable de s'échanger costumes, décors, masques et maquillages. Les
religions grécques et romaines, et chrétienne sous l'Empire romain, ont
conservé cet art du personnage illustré, multipliant statues, bas-reliers,
fresques et icônes. Les pays arabes ont vécu cette expértience, sans que
nous sachions trop comment: il en subsiste des amphithéâtres
hellénistiques d'une grande beauté. Et j'ai hâte de voir ce qu'on va
continuer de découvrir sous ;es eaux de la baie d'Alexandrie.
Que s'est-il donc passé en pays ababes pour que disparaissent les images
et les personnages? Je crois que la réponse est celle que donnent certains
historiens de l'architecture: le commandement "Tu n'auras pas d'images
devant moi". Ce commandement, observé à la lettre (pas d'ideles, pas
d'icônes) a fait naître un art abstrait de l'arabesque dont les
réalisations sont parfois tout simplement sublimes. Quant au théâtre,
avant ce retour du personnage de vraisemblance en 1847, comme vous
l'indiquez, il me semble s'être réfugié dans les personnages virtuels du
conte arabe. Le conteur est seul, sans costume, et ses personnages
surgissent en sous en images sans opacité. J'en ai lu ou vu des
réalisations théâtrales modernes magnifiques. Je pense à la pièce _Le Bleu
des fonds_ de Joyce Mansour, avec ce grans-père racontant à ses
petits-enfants l'histoire de petits-enfants qui tuent leur grand-père
conteur avec un art tel qu'on ne sait plus qui est tué, du conteur ou du
conté. Et ce réalisateur-conteur qui participa au festivel du théâtre
francophone de Limoges en 1985 et qui nous a tous transformés en enfants
accrochés à son histoire d'un conteur d'histoires où il est question d'une
conteuse... etc. Quelle superbe soirée, même si j'oublie hélas le nom de
ce grand homme de scène. 
Ne rejetez pas le conteur arabe, comme on ne doit pas rejeter les griots.
Faites tout simplement les distinctions qui s'imposent entre le vrai et le
vraisemblable, entre l'image scénique réelle et l'image virtuelle évoquée
devant public par une personne sans costumes mais dont le grain de la voix 
est tout à fait celui d'un dramaturge metteur en scène. ou d'un montreur
de marionnettes..
Amitiés, André G. Bourassa <bourassa.andre_g@uqam.ca>.


On Wed, 4 Jul 2001 Fertatomar@aol.com wrote:

> Bonjour
> Je suis un jeune chercheur marocain qui prépare une thèse sur le théâtre 
> marocain d'expression française. Bien sûr  Pour bien mener mes recherches 
> j'étais obligé comme on dit de commencer par le commencement, c'est-à-dire 
> par la naissance du théâtre chez les Arabes, puisque le Maroc est un pays 
> dont la majorité de la population est d'origine arabe. Le problème c'est 
> qu'on ne trouve aucune présence de cet art dans le patrimoine culturel arabe, 
> je ne parle pas des formes pré-théâtrales qui sont communes à tous les 
> peuples mais du théâtre dans sa forme la plus aboutie en tant que spectacle 
> de la cité.
> En effet, les chercheurs qui se sont intéressés à la question situent le 
> début du théâtre dans le monde arabe en 1847 à Beyrouth, quand un commerçant 
> libanais du nom de Marun al-Naqash présenta une adaptation de la fameuse 
> pièce de Molière l'Avare. Les thèses qui essayent d'expliquer cette absence 
> sont multiples mais personnellement je les trouve insuffisantes. Il y a par 
> exemple des chercheurs qui expliquent cela par le fait que les Arabes étaient 
> un peuple nomade vivant dans le désert et que le théâtre nécessite une 
> stabilité et une cité. Mais moi je réplique que la civilisation 
> arabo-musulman n'était pas toujours une civilisation bédouine et qu'à 
> l'époque Abbasside ou Omayyed des villes telles Damas ou Bagdad étaient 
> considérées comme de brillants centres de savoir et de recherche. Bon le 
> débat est long et passionnant en même temps. 
> Je vous écrit aujourd'hui pour demander aux abonnés de cette liste de 
> diffusion dont l'intérêt majeur et le théâtre de me communiquer et de me 
> faire part de leurs idées et de leur savoir sur ce sujet. Je vous serait 
> reconnaissant.
> Fertat Omar
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