référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2001-08/msg00002.html
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Renouveau Yheurte




Il a été dit par Serge ouaknine sur Quéâtre:
.***** Sinon vous participez à cette pression de la société de consommation à
produire du renouveau, en tant que spéculation formelle. ******
(essai de réponse pour Quéâtre, pour le forum francophone du Carnet interdit
et l'école de formation des auteurs sur le Net du Studio-écriture)

Question importante s'il en est: il s'agit bien de consommation et de
spéculation, et de la confusion entre nouveauté et renouveau. Shakespeare a
amené un renouveau, celui qui fait jouer Hamlet sur la banquise  fait dans la
nouveauté: jamais ce ne fut fait avant lui . Il appellera cela, pour ajouter
à la confusion, une *création* et ce mot n'est pas anodin car il entre dans
le cadre d'une subvention. Et c'est souvent ainsi sur les théâtres nationaux
ou même de régions: on va appeler création un appel à des technologies ou à
une modification arbitraire d'un texte célèbre, ce qui permet si l'on voit le
côté beaucoup plus terre à terre, d'appater le public par le côté inusité
d'une mise en scène ou la curiosité d'un scandale délibéré (on détourne un
texte) et en même temps de s'assurer d'une salle pleine où le public ne prend
pas le risque d'un renouveau puisqu'il s'agit d'un classique archi connu. On
a là tous les arguments de la consommation et de ses falsifications.
Cela n'en resterait que là sans les conséquences. De cette confusion,
surtout apparente sur nos grandes scènes, naissent deux conséquences graves
que personne ne claironne sur les médias:
La première est que ce désir de l'inusité coûte en général fort cher car il
touche les apparences et utilise des moyens de plus en plus considérables.
Sans jouer sur le mot Chéreau, il arrive qu'un seul décor coûte à la
collectivité un pactole de plusieurs millions lourds, dans une salle qui a
coûté des milliards lourds, sans compter son poids de fonctionnement
également en milliards le tout ponctionné directement dans le budget de ce
qui pourrait être de l'aide à de réelles créations d'auteurs nouveaux.
Ce qui en découle est qu'un tel système bloque le renouveau réel en étouffant
ceux qui pourraient le mettre au grand jour. Et on aboutit au paradoxe qu'une
mise en scène d'un vieux texte qui n'y apporte que les paillettes élitaires
d'une saison ruineuse pour la collectivité, va être considérée comme un
renouveau alors qu'un texte qui apporte des éléments intéressants s'il n'est
pas soutenu au départ (et qui le ferait si l'argent va ailleurs) par un
financement permettant de le représenter, aura l'air ringard et désuet pour
un public qui se sera fait à l'usage de gros moyens comme jugements de valeur.
********
Il me semble que pour la chose écrite le cheminement soit le même et obéisse
aux mêmes rêgles de la spéculation: l'édition va rechercher et forcer la
fausse * nouveauté * en créant de toutes pièces des best seller (avant leur
publication)  avec les moyens de la grande consommation, tandis que les
nouveaux auteurs auront toutes les peines du monde à être publiés.( si leurs
manuscrits sont même lus!)
Ce n'est pas là, je pense une vue trop pessimiste mais la lucidité ne fait
pas de mal. Quand vous entendrez donc à Paris où ailleurs un grand fracas
autour de telle mise en scène d'un illustre ou que vous serez rassasiés sur
les médias de tel auteur homme ou dame aux sexes toujours en émoi dont les
quatrièmes de couverture annoncera immanquablement: *nouvel auteur de génie,
révélation du siècle, ce qui n'a jamais été dit etc", vous saurez qui,
inévitablement, va payer la casse et sera mis sur la touche: vous.  

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