référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2002-01/msg00013.html
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Re: le clown de théâtre Fransoise Simon



 
Voici un petit texte qui introduit les ateliers de clown que je donne. Il donne à mon avis une "définition" clown de théâtre et aussi de l'apport de ce type de travail pour le comédien:
 
 
LE CLOWN
 
Rire, sourire, plaisanter, glousser de rire, pouffer, éclater, rire jaune, ne plus rire du tout, rigoler, s’esclaffer, se bidonner, se gondoler, se marrer, se tordre, se fendre la gueule, ricaner, railler, se gausser, persifler, gouailler, grincer, nasarder, hurler, brailler, rugir, péter, trompeter, souffler,
pleurer, mourir, ...
 
L’acte de faire rire repose sur un état d’être impalpable que chaque être puise au plus profond de lui-même. Le clown s’alimente à même la personnalité de l’acteur, mais en même temps, il déconstruit la réalité de la vie pour en réorganiser les éléments dans une nouvelle réalité, qui est celle du théâtre. L’atelier propose différents chemins pour tenter d’atteindre ces zones fragiles en nous qui sont les fondements de notre propre clown, et en même temps de trouver les outils pour en faire une création artistique qui touche le spectateur à la frontière du rire et des larmes.
  
Irrévérencieux ou arrogant, naïf ou cruel, bourreau ou victime, voleur ou volé, funambule ou rampant à même le sol, fragile ou puissant, héros ou antihéros... Le clown, refusant toutes les règles établies par les humains, nous plonge dans l'univers subversif, tantôt blanc, tantôt rouge, tantôt noir du quotidien et de l'universel, là où les paradoxes de l'âme humaine se rejoignent , là où le burlesque confine au tragique et réciproquement.
 
Dans la conscience et l’acceptation de ses travers et de sa fragilité, le clown dévoile ses maladresses et ses petits gestes secrets pour les exagérer, s’en rire et en faire rire le public. Personnage généreux, subtil et naïf, cruel et innocent, haut en couleur, passionné, son discours et son attitude outrepassent les frontières de la logique, ce qui lui permet d’accéder de plain pied à l’imaginaire. Sa naïveté est celle d’un être transparent, ouvert et totalement engagé (physiquement et mentalement) dans l’instant vécu, un être au présent à la seconde où il la vit, un être qui accepte.  A la fois bourreau et victime, il y a en lui une grande violence aussi. Le clown évolue sur un fil, en équilibre précaire entre le monde rationnel, organisé et le monde du chaos.Provoquant le désordre, le chaos, la catastrophe, il incarne toute la fragilité et la vulnérabilité mais aussi une belle liberté, celle d’être totalement soi-même jusqu’au ridicule. C’est dans cette faiblesse et cette maladresse qu’il nous touche, dans cet appel profond et désespéré de l’être humain qui s’exprime dans son unicité, son désir d’être aimé, sa tendresse, sa solitude, sa cruauté, sa beauté. Le clown, seul face au public impitoyable se jette dans l’arène. Il s’agit, en tant qu'acteur, de repérer en nous ce déséquilibre qui provoque le rire, le plus souvent même à notre insu, et d’en faire une source de plaisir et de spectacle avec la plus grande liberté et la plus grande sincérité. Au-delà du style, le travail du clown est un outil permettant à l’acteur d’affiner sa disponibilité, son écoute, le sens de l’instant présent. Il rétablit l’urgence et l’importance de la relation au public dans l’acte théâtral.  Il ne s’agit pas de former des clowns, mais d’aller chercher l’acteur, l’être humain dans sa force et sa faiblesse, dans ses contradictions, dans ses retranchements, là où il se sent ridicule et si seul. C’est cette liberté si précieuse à l’acteur que nous donne généreusement le clown, celle aussi de s’accepter tel que l’on est, d’en rire, d’en faire rire, de dire oui. 
 
Fransoise Simon
frrra@wanadoo.fr