référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2002-03/msg00039.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: Les trois coups Christian Leonard



Title: Re: Les trois coups
le 20/03/02 17:08, Andre G. Bourassa à bourassa.andre_g@uqam.ca a écrit :

Bonjour!
Voici une question qui m'est retransmise par la présidente de la Société québécoise d'études théâtrales. Cette question a déjà été posée aux gens de Quéâtre, mais au début des activités de notre groupe, alors que nous étions loin des 600 membres d'aujourd'hui. Je me rappelle avoir souligné que les coups d'ouverture ne sont pas exclusifs au théâtre et qu'ils font partie de certains rituels parlementaires d'origine britannique. Je pense au rituel d'ouverture du Sénat canadien. Rituel d'ailleurs changé depuis que "le huissier" peut être une femme et qu'on ne pouvait lui conserver le titre de "gentilhomme à la verge noire" sans rendre plus ridicule un titre qui l'état déjà  trop dans la langue d'aujourd'hui.

S'il n'y a pas d'allusion au bâton de direction dans les mots dues passions médiévales (je laisse aux médiévistes le soin de nous l'apprendre), on le trouve cependant au moins dans deux enluminures, toutes deux reproduites dans _Le Théâtre_ de Couty et Rey, p. 22 et 24, à propos du "Martyre de Sainte Apolline" et de la "Passion" de Valenciennes. Le maître de jeu y apparaît chaque fois muni d'un bâton de direction, ancêtre de la baguette des chefs d'orchestre, je suppose. Mais ceci n'explique pas le nombre de coups d'ouverture (certains disent trois pour la Trinité), et encore moins le nombre de coups pour attirer l'attention, dont le nombre paraît variable (ceretains disent onze pour les apôtres moins Judas).Il y a dans le dictionnaire Corvin un article "brigadier" et un "coups (les trois)"; le premier se contente de définir l'objet, le second ajoute à la définition une brève hypothèse située dans la cadre de l'histoire de la Comédie-Française, sans plus. Je crois que Renée Noiseux Gurik a raison de vluloir remonter plus avant. Mais où? Notre théâtre a plein de ces symboles (green room, manteau d'Arlequin, masques de Pierrot qui pleure et de Pierrot qui rit...) dont nous ne savons pas toujours l'origine exacte ni la portée.

Amitiés, André G. Bourassa.

From: "Renée Noiseux Gurik" <r.gurik@videotron.ca>

Un professeur d'histoire du théâtre m'a demandé d'où provient la tradition
des trois coups pour annoncer le début d'un spectacle.  Je n'en suis pas
certaine;  quelqu'un connaîtrait-il la réponse?  Quant à la signification du nombre de coups avant les trois coups, cela a déjà été débattu sur QEÉÄTRE.

La tradition théâtrale veut qu'ils proviennent du théâtre
moyenâgeux mais je n'ai pas la référence. Ils chassaient les démons dit-on.
J'ai relu le manuscrit de La Passion à Valenciennes en 1547 et n'ai trouvé aucune indication de coups de  bâtons annonçant des scènes.  On peut cependant imaginer qu'ils pouvaient être
utilisés par le Maître du Jeu dans les Mystères et les Passions.   Les
scènes dans lesquelles s'affrontent les démons et les anges, se prêtent fort bien à cela;
Le navigateur,  après avoir commandé  "silete" (le silence) aurait pu taper sur le sol avec
son bâton pour chassser les démons et donner la parole aux anges.  Mais je n'ai aucune preuve de cela.
Merci à l'avance pour tout renseignement. Bien à vous,
Renée N. Gurik


--


Ai trouvé dans " LE DICTIONNAIRE RAISONNE ET ILLUSTRE DU THEATRE A L'ITALIENNE" DE ALAIN ROY AUX ÉDITIONS ACTES-SUD PAPIERS  la définition suivante:

TROIS COUPS

"frapper les trois coups" : cette expression, de fait très à l'italienne, est entrée complètement dans le langage courant. le chef de plateau, ou brigadier, frappe ces trois coups espacés ( précédés de sept autres très rapprochés) pour signifier que le rideau va se lever et que le spectacle va commencer. Il les frappe sur le plancher de la scène avec un bâton appelé brigadier. Les trois coups ont un effet psychologique immédiat sur le public : le brouhaha précédant le spectacle cesse et chacun est aussitôt inconsciemment prêt à entrer dans l'atmosphère du spectacle. il en est de même pour les comédiens qui, à cet instant, perdent leur nervosité. Enfin et surtout, tous les machinistes, ceux des dessus comme ceux des dessous, sont avertis, et prennent immédiatement leur poste; c'était en fait le seul moyen de les avertir, alors qu'aujourd'hui ils disposent de moyens techniques comme les casques téléphoniques."

Voilà en toute amitié


Christian Léonard
christian.leonard@wanadoo.be