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R: MISE EN ABYME : jean anouilh Cristiana Floris



Bonjour ! je suis en train de faire ma memoire de maitrise sur la mise en
abyme dans le théatre de Jean Anouilh, en particulier sur ses trois pièces
baroques,Cher antoine, Ne reveillez pas madame, Le directeur de l'opera,
leocadia, La repetition , le rendez vous de Senlis, Tu etis si gentil quand
tu etais petit et L'alouette. A votre avis, Anouilh qu'est ce qu'il veut
expimer en utilizant cette tecnique de teathraliser son theatre? Et dans
quelle facon ses personnages sont theatralisees? Merci beaucoup Cristiana
Floris




---
From: serge ouaknine <serge_ouaknine@yahoo.fr>
To: Liste de discussion en francais sur le theatre <queatre@uqam.ca>
Sent: Thursday, March 14, 2002 9:37 AM
Subject: RE: MISE EN ABYME : La double vie de Veronique


> Myse en abyme : La double vie de Véronique
> Serge Ouaknine
>
> J'ai vu comme vous  le film de Kieslowski. Il s'agit davantage d'un
> «enchâssement » que d'une « mise en abyme ». En effet,  dans la mise en
abyme,
> c'est le récit dans le récit qui annule l'idée de construction de la
fable.
> Dans la mise en abyme, le propos se regarde devenir un propos mais ne
s'énonce
> pas vraiment. C'est un trait propre à l'art baroque : le doute
métaphysique sur
> la possibilité même d'un Créateur annule l'exposition d'un sens achevé.
Ce
> doute se poursuit par une certaine rhétorique moderne qui tout
pareillement
> déconstruit toute possible énonciation édifiante, toute possible parole
> fondatrice. Si le verbe n'est pas créateur le sujet humain n'est que
verbiage.
> Tentation vaine. Jeu de miroir sans objet. Ce doute de la parole fait se
> replier en son propre miroir les apparences du corps... Magnificence du
reflet
> et non du sujet, du spectaculaire comme effet d'effets et non comme
médiation
> du message. Le portrait ( la véronique) fait narration par jeu de miroir.
>
> Dans les dispositifs modernes, nous constatons une forme
d'auto-réflexivité
> (voir les ouvrages brillants de Wladimir Krysinski sur le roman et théâtre
> moderne)  dont Pirandello, Genet, Gombrowycz etc sont quelques figures
> exemplaires. Chez eux, le narrateur observe ou est observé dans son effort
> d'énonciation. Le théâtre est ses personnages se montrent comme tel
essayant de
> se construire,  et se dé-font,  par jeu d'illusion ou auto-réflexion, pour
dire
> en définitive, la vacuité ou l'impossibilité de son propos. La mise en
abyme
> (le théâtre dans le théâtre) est au service de ses stratagèmes. Voire « Le
> Balcon »;  « Les Bonnes »; « Les Nègres »  de Jean Genet ou « Six
personnages
> en quête d'auteur » de Pirandello, ou « Opérette » de Gombrowycz.. Dans le
film
> de Kieslowski, « La double vie de Véronique », malgré les apparences, il
s'agit
> d'autre chose.  Les jeux  de double et de miroir que vous évoquez me
semblent
> d'une autre nature.  Le contraire d'un  doute, une énonciation
théologique.
> Revenons à la « nature » du procédé de la mise en abyme. Et nous verrons
que le
> film n'en est pas une. En effet, si la mise en abyme consiste à montrer la
> chose en train de se dé-faire ou de ne pas pouvoir se faire, ce n'est pas
le
> cas du film « La double vie de Véronique ». Certes une poupée russe dans
une
> poupée russe renvoie à l'idée d'infini. mais non à celle  de sa
disparition.
> Elle tend vers l'infini par l'enchâssement de l'objet vers lui-même. Dans
le
> film de Kieslowski le procédé  ne montre pas l'objet-personnage en voie de
> déconstruction, ou de fuite, ou d'auto-annulation, même si le film désigne
> Véronique comme double d'une « autre »Véronique.  Le double n'est pas un
miroir
> vide, un jeu sans objet,  mais un jeu de reflets où c'est le temps qui
s'abolit
> et non le personnage qui s'auto-annule. Le film ne montre pas le
personnage
> comme illusion du personnage mais désigne plutôt une transsubstantiation
du
> temps. Le vécu temporel. Le temps qui travaille le sujet et non le récit
de sa
> vie impossible.  Le temps simultanément comme instance d'un calvaire
(l'époque
> de la guerre, l'histoire tragique européenne) et sa « suspension » en même
> temps. Passage du chemin de croix de Véronique à son salut, au-delà et
> par-delà, la mort.
>
> Véronique n'incruste pas Véronique pour la montrer illusoire mais
seulement
> sainte, éternelle, représentable dans une double et simultanée
temporalité.
> Elle fut, elle est  et sera. La victoire est sur la mortalité du corps et
non
> sur l'illusion de ses représentations. À la fin du film on comprend que
les
> deux Véronique n'en sont qu'une et que le retour de l'une au-delà de la
mort
> efface la tragédie de l'autre. Véronique et Véronique se confondent, c'est
cela
> la double nature de l'incarnation et de la mort et résurrection.
>
> Le thème de Véronique est fondamentalement chrétien. C'est la bonté de la
> sainte qui essuie la sueur sur le visage de Jésus sur son chemin de croix.
> Véronique est révélée à elle-même, à sa vraie nature, par l'icône du
visage de
> Jésus qui déteint sur son tissu et y demeure. éternellement. Comme merci à
son
> geste et miracle de sa nature divine... Dans le film, l'âme de Véronique
accède
> à une forme de transcendance et d'état de vie intemporelle. La nature de
l'une
> déteint sur la nature de l'autre. C'est un enchâssement de visages qui
annule
> l'état temporaire et passager du corps. Ce n'est donc pas la mise en abyme
de
> son apparence, au contraire, Véronique rencontre et à rendez-vous avec sa
> propre vie, avec sa propre essence spirituelle. Le contraire du doute
moderne.
>
> Si les Véronique n'en sont qu'une, ce n'est donc pas « une mise en abyme »
du
> personnage par le narrateur ou par le film mais, au contraire, un
changement de
> point de vue et non l'annulation du point de vue.  Catholique polonais,
> l'auteur exprime ici une idée de résurrection sur le fond thématique du
chemin
> de croix qui est pour lui la vie, et au-delà, le chemin de croix de
l'histoire
> de la Pologne. Véronique est donc une figure emblématiquement nationale.
Une
> histoire ré-incarnée. La scène presque finale où Véronique de Paris,
morte
> prend l'autobus en lieu de Véronique polonaise (ou le contraire?), sur la
place
> du marché de Krakovi, dit bien que les espaces s'annulent, car les temps
se
> réunissent en une seule « icône ». L'âme qui ne meurt pas n'a pas de
frontière
> géographique, moins encore temporelle.. C'est en ce moment miroir que
Véronique
> accède à la totalité de sa vie. Bien qu'apparemment tout semble coïncider
pour
> faire du « film dans le film » une forme de pirandellisme.., j'entends
qu'ici,
> l'auteur nous désigne une forme de passage à la transcendance.  Véronique
morte
> accède à la Véronique éternelle qui regarde simultanément son propre
chemin.
> Ce télescopage, cet enchâssement d'une Véronique dans une autre, augure
> davantage une « résolution symbolique », un passage initiatique de la vie
à la
> mort et vice-versa. La boucle n'annule pas Véronique mais fait entendre
son
> élévation à un autre monde, à une « autre nature » où c'est le propre du
temps
> qui change et non le récit qui se décompose.
>
> L'auto annulation dont procède la « mise en abyme » moderne renvoie à un
vide.
> Et ici, tout au contraire, le récit se résout en une plénitude. Il me
semble
> que le propos du cinéaste soit un enchâssement du temps en une éclipse du
> temps, un télescopage où le « vécu » change seulement d'état. Les temps ne
sont
> pas non plus des  flash-back, ou flash-forward -- simples procédés
narratifs du
> cinéma linéaire classique. Non. C'est un film dit « d'art » dont la
texture, la
> chromaticité et le procédé narratif  se déplacent sur le plan du « sacré »
et
> non du doute profane. En de nombreuses entrevues, peu avant sa mort,
Kieslowski
> énonçait son désespoir devant un monde moderne déserté de foi spirituelle.
> C'est ici qu'il faut comprendre le credo très profondément polonais de ce
> portrait métaphorique de la résurrection. Car le temps n'est pas linéaire
mais
> se désigne et se révèle -- semblable au négatif d'un film qui,
alchimiquement,
> d'obscur, accède à  la clarté de l'image réelle. Cette sur-exposition des
> Véronique en montre seulement la véritable lumière.
> Bien à vous,
> Serge Ouaknine
>
> ------------------------------------------
>  --- Nicolas Clarens <nc@cranleigh.org> a écrit : > Bonjour,
> > je viens de lire un article concernant la mise en
> > abîme et j'aurais aime avoir quelques précisions
> > sur ce procède si cela ne vous dérange pas!
> > Actuellement, je prépare un cours pour des élèves
> > de terminale sur le film de k. Kieslowski " la
> > double vie de véronique" 1991. Il me semble que
> > dans ce film, on peut effectivement parler de mise
> > en abîme quand, au cour du film, il y a une scène
> > qui représente en fin de compte la totalité du
> > film (a savoir une jeune femme qui meurt en se
> > donnant totalement a sa passion (la musique) avant
> > de se transformer en une autre personne. (d'ou le
> > titre la double vie.).)
> > Connaîtriez-vous ce film par hasard?
> > que pensez-vous de ma modeste analyse? La mise en
> > abîme est bien cette idée des poupées russes, une
> > scène de cinéma, la partie d'un roman, d'un
> > tableau, qui représente la totalité de l'ouvre
> > dans laquelle elle est intègre?
> > j'espère que vous trouverez le temps de confirmer
> > mon intuition!
> > Sincèrement,
> > Nicolas Clarens
> >
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