référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2002-05/msg00013.html
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Re: R: MISE EN ABYME : jean anouilh serge ouaknine



Mise en abyme chez Anouilh 
La mise en abyme est une clé pour mettre en "doute"  la possible vérité du
personnage, c'est une auto-réflexivité du discour dramatique qui flatte son
propre procédé d'énonciation, mais ne prend parti de rien.  
Les personnages d'Anouilh demeurent dans le symbolique, il sont des "fonctions"
de l a situation pas des sujets responsables de leurs actes, ils sont dominés
d'un silence implicite qui les fait paraître et point être... Ils sont sans
confrontation réelle, à côté de ce qui  leur donnerait un sens ultime. Témoin
de personnages, au fond,  "bourgeois,  le public est convié  à les "lire"
confortablement... 
Les spectateurs sont les ci-devants de leur propre représentation... le jeu
social  convie  l'intelligence mais sans risque ni conséquence... car c'est
finalement du "représenté" qui se présente et se déconstruit, sans conséquence
facheuse. Théâtre du confort... où les spectateurs  participent  dans le noir
aux méandres du trajet scénique...  mais la fête est travestie et le drame
vain.
bien à vous
Serge 


Cristiana Floris <cristianafloris@tiscalinet.it> a écrit : > Bonjour ! je suis
en train de faire ma memoire de maitrise sur la mise en
> abyme dans le théatre de Jean Anouilh, en particulier sur ses trois pièces
> baroques,Cher antoine, Ne reveillez pas madame, Le directeur de l'opera,
> leocadia, La repetition , le rendez vous de Senlis, Tu etis si gentil quand
> tu etais petit et L'alouette. A votre avis, Anouilh qu'est ce qu'il veut
> expimer en utilizant cette tecnique de teathraliser son theatre? Et dans
> quelle facon ses personnages sont theatralisees? Merci beaucoup Cristiana
> Floris
> 
> 
> 
> 
> ---
> From: serge ouaknine <serge_ouaknine@yahoo.fr>
> To: Liste de discussion en francais sur le theatre <queatre@uqam.ca>
> Sent: Thursday, March 14, 2002 9:37 AM
> Subject: RE: MISE EN ABYME : La double vie de Veronique
> 
> 
> > Myse en abyme : La double vie de Véronique
> > Serge Ouaknine
> >
> > J'ai vu comme vous  le film de Kieslowski. Il s'agit davantage d'un
> > «enchâssement » que d'une « mise en abyme ». En effet,  dans la mise en
> abyme,
> > c'est le récit dans le récit qui annule l'idée de construction de la
> fable.
> > Dans la mise en abyme, le propos se regarde devenir un propos mais ne
> s'énonce
> > pas vraiment. C'est un trait propre à l'art baroque : le doute
> métaphysique sur
> > la possibilité même d'un Créateur annule l'exposition d'un sens achevé.
> Ce
> > doute se poursuit par une certaine rhétorique moderne qui tout
> pareillement
> > déconstruit toute possible énonciation édifiante, toute possible parole
> > fondatrice. Si le verbe n'est pas créateur le sujet humain n'est que
> verbiage.
> > Tentation vaine. Jeu de miroir sans objet. Ce doute de la parole fait se
> > replier en son propre miroir les apparences du corps... Magnificence du
> reflet
> > et non du sujet, du spectaculaire comme effet d'effets et non comme
> médiation
> > du message. Le portrait ( la véronique) fait narration par jeu de miroir.
> >
> > Dans les dispositifs modernes, nous constatons une forme
> d'auto-réflexivité
> > (voir les ouvrages brillants de Wladimir Krysinski sur le roman et théâtre
> > moderne)  dont Pirandello, Genet, Gombrowycz etc sont quelques figures
> > exemplaires. Chez eux, le narrateur observe ou est observé dans son effort
> > d'énonciation. Le théâtre est ses personnages se montrent comme tel
> essayant de
> > se construire,  et se dé-font,  par jeu d'illusion ou auto-réflexion, pour
> dire
> > en définitive, la vacuité ou l'impossibilité de son propos. La mise en
> abyme
> > (le théâtre dans le théâtre) est au service de ses stratagèmes. Voire « Le
> > Balcon »;  « Les Bonnes »; « Les Nègres »  de Jean Genet ou « Six
> personnages
> > en quête d'auteur » de Pirandello, ou « Opérette » de Gombrowycz.. Dans le
> film
> > de Kieslowski, « La double vie de Véronique », malgré les apparences, il
> s'agit
> > d'autre chose.  Les jeux  de double et de miroir que vous évoquez me
> semblent
> > d'une autre nature.  Le contraire d'un  doute, une énonciation
> théologique.
> > Revenons à la « nature » du procédé de la mise en abyme. Et nous verrons
> que le
> > film n'en est pas une. En effet, si la mise en abyme consiste à montrer la
> > chose en train de se dé-faire ou de ne pas pouvoir se faire, ce n'est pas
> le
> > cas du film « La double vie de Véronique ». Certes une poupée russe dans
> une
> > poupée russe renvoie à l'idée d'infini. mais non à celle  de sa
> disparition.
> > Elle tend vers l'infini par l'enchâssement de l'objet vers lui-même. Dans
> le
> > film de Kieslowski le procédé  ne montre pas l'objet-personnage en voie de
> > déconstruction, ou de fuite, ou d'auto-annulation, même si le film désigne
> > Véronique comme double d'une « autre »Véronique.  Le double n'est pas un
> miroir
> > vide, un jeu sans objet,  mais un jeu de reflets où c'est le temps qui
> s'abolit
> > et non le personnage qui s'auto-annule. Le film ne montre pas le
> personnage
> > comme illusion du personnage mais désigne plutôt une transsubstantiation
> du
> > temps. Le vécu temporel. Le temps qui travaille le sujet et non le récit
> de sa
> > vie impossible.  Le temps simultanément comme instance d'un calvaire
> (l'époque
> > de la guerre, l'histoire tragique européenne) et sa « suspension » en même
> > temps. Passage du chemin de croix de Véronique à son salut, au-delà et
> > par-delà, la mort.
> >
> > Véronique n'incruste pas Véronique pour la montrer illusoire mais
> seulement
> > sainte, éternelle, représentable dans une double et simultanée
> temporalité.
> > Elle fut, elle est  et sera. La victoire est sur la mortalité du corps et
> non
> > sur l'illusion de ses représentations. À la fin du film on comprend que
> les
> > deux Véronique n'en sont qu'une et que le retour de l'une au-delà de la
> mort
> > efface la tragédie de l'autre. Véronique et Véronique se confondent, c'est
> cela
> > la double nature de l'incarnation et de la mort et résurrection.
> >
> > Le thème de Véronique est fondamentalement chrétien. C'est la bonté de la
> > sainte qui essuie la sueur sur le visage de Jésus sur son chemin de croix.
> > Véronique est révélée à elle-même, à sa vraie nature, par l'icône du
> visage de
> > Jésus qui déteint sur son tissu et y demeure. éternellement. Comme merci à
> son
> > geste et miracle de sa nature divine... Dans le film, l'âme de Véronique
> accède
> > à une forme de transcendance et d'état de vie intemporelle. La nature de
> l'une
> > déteint sur la nature de l'autre. C'est un enchâssement de visages qui
> annule
> > l'état temporaire et passager du corps. Ce n'est donc pas la mise en abyme
> de
> > son apparence, au contraire, Véronique rencontre et à rendez-vous avec sa
> > propre vie, avec sa propre essence spirituelle. Le contraire du doute
> moderne.
> >
> > Si les Véronique n'en sont qu'une, ce n'est donc pas « une mise en abyme »
> du
> > personnage par le narrateur ou par le film mais, au contraire, un
> changement de
> > point de vue et non l'annulation du point de vue.  Catholique polonais,
> > l'auteur exprime ici une idée de résurrection sur le fond thématique du
> chemin
> > de croix qui est pour lui la vie, et au-delà, le chemin de croix de
> l'histoire
> > de la Pologne. Véronique est donc une figure emblématiquement nationale.
> Une
> > histoire ré-incarnée. La scène presque finale où Véronique de Paris,
> morte
> > prend l'autobus en lieu de Véronique polonaise (ou le contraire?), sur la
> place
> > du marché de Krakovi, dit bien que les espaces s'annulent, car les temps
> se
> > réunissent en une seule « icône ». L'âme qui ne meurt pas n'a pas de
> frontière
> > géographique, moins encore temporelle.. C'est en ce moment miroir que
> Véronique
> > accède à la totalité de sa vie. Bien qu'apparemment tout semble coïncider
> pour
> > faire du « film dans le film » une forme de pirandellisme.., j'entends
> qu'ici,
> > l'auteur nous désigne une forme de passage à la transcendance.  Véronique
> morte
> > accède à la Véronique éternelle qui regarde simultanément son propre
> chemin.
> > Ce télescopage, cet enchâssement d'une Véronique dans une autre, augure
> > davantage une « résolution symbolique », un passage initiatique de la vie
> à la
> > mort et vice-versa. La boucle n'annule pas Véronique mais fait entendre
> son
> > élévation à un autre monde, à une « autre nature » où c'est le propre du
> temps
> > qui change et non le récit qui se décompose.
> >
> > L'auto annulation dont procède la « mise en abyme » moderne renvoie à un
> vide.
> > Et ici, tout au contraire, le récit se résout en une plénitude. Il me
> semble
> > que le propos du cinéaste soit un enchâssement du temps en une éclipse du
> > temps, un télescopage où le « vécu » change seulement d'état. Les temps ne
> sont
> > pas non plus des  flash-back, ou flash-forward -- simples procédés
> narratifs du
> > cinéma linéaire classique. Non. C'est un film dit « d'art » dont la
> texture, la
> > chromaticité et le procédé narratif  se déplacent sur le plan du « sacré »
> et
> > non du doute profane. En de nombreuses entrevues, peu avant sa mort,
> Kieslowski
> > énonçait son désespoir devant un monde moderne déserté de foi spirituelle.
> > C'est ici qu'il faut comprendre le credo très profondément polonais de ce
> > portrait métaphorique de la résurrection. Car le temps n'est pas linéaire
> mais
> > se désigne et se révèle -- semblable au négatif d'un film qui,
> alchimiquement,
> > d'obscur, accède à  la clarté de l'image réelle. Cette sur-exposition des
> > Véronique en montre seulement la véritable lumière.
> > Bien à vous,
> > Serge Ouaknine
> >
> > ------------------------------------------
> >  --- Nicolas Clarens <nc@cranleigh.org> a écrit : > Bonjour,
> > > je viens de lire un article concernant la mise en
> > > abîme et j'aurais aime avoir quelques précisions
> > > sur ce procède si cela ne vous dérange pas!
> > > Actuellement, je prépare un cours pour des élèves
> > > de terminale sur le film de k. Kieslowski " la
> > > double vie de véronique" 1991. Il me semble que
> > > dans ce film, on peut effectivement parler de mise
> > > en abîme quand, au cour du film, il y a une scène
> > > qui représente en fin de compte la totalité du
> > > film (a savoir une jeune femme qui meurt en se
> > > donnant totalement a sa passion (la musique) avant
> > > de se transformer en une autre personne. (d'ou le
> > > titre la double vie.).)
> > > Connaîtriez-vous ce film par hasard?
> > > que pensez-vous de ma modeste analyse? La mise en
> > > abîme est bien cette idée des poupées russes, une
> > > scène de cinéma, la partie d'un roman, d'un
> > > tableau, qui représente la totalité de l'ouvre
> > > dans laquelle elle est intègre?
> > > j'espère que vous trouverez le temps de confirmer
> > > mon intuition!
> > > Sincèrement,
> > > Nicolas Clarens
> > >
> >
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