référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2002-06/msg00032.html
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Re: Citations dans le Misanthrope? CPlunian



Cher monsieur,
    Vos remarques sur une édition du XVIIIe siècle du Misanthrope ont piqué 
ma curiosité. Voici quelques éléments qui peut-être contribueront à une 
réflexion sur ces questions de typographie ancienne. 
    Tout d'abord le frontispice et la page de titre de la première édition - 
Jean Ribou, 1667 - donnent bien LE MISANTROPE - sans h -, ce qui devait être 
l'orthographe courante à l'époque. Mais la question préalable, avant toute 
décision, est de savoir si l'édition française originale comportait ces 
guillemets. 
    Chacun des deux passages mis en relief renvoie à une  ou deux autres 
œuvres de Molière. Le passage compris entre les vers 93 et 97 renvoie 
explicitement, comme vous le soulignez, à l'École des Maris ; voici ce que R. 
Jouanny dit à ce propos dans une note de son édition des Œuvres complètes de 
Molière : « Ariste et Sganarelle, dans l'École des Maris (acte I, scène 1), 
ont aussi deux façons opposées de voir les caractères humains, l'une 
grondeuse, l'autre philosophique. Molière, par goût du naturel, aime les 
allusions à lui-même et à ses pièces » (Garnier, Frères, 1962, n.993, p.936). 
Le passage compris entre les vers 793 et 797 renvoie, lui, aux Précieuses 
ridicules (sc. IX) où Mascarille explique comment on doit jouer pour mettre 
en valeur le texte de théâtre : « et le moyen de connaître où est le beau 
vers, si le comédien ne s'y arrête et ne vous avertit par là qu'il faut faire 
le brouhaha ? » Il rappelle également l'homme « à  grands canons » des 
Fâcheux (1661) qui vient troubler une représentation en changeant de place 
sur la scène plusieurs fois et en racontant tout fort la pièce.     Ainsi 
nous avons deux emplois de guillemets de référence : c'est là l'une des 
fonctions que Jacques Drillon, dans son Traité de la ponctuation française 
(Gallimard, Tell, 1991, pp. 298-299), attribue entre autres au guillemet. 
Cette fonction du guillemet a pour effet de renforcer l'ironie d'un texte. Or 
ici les deux passages du Misanthrope renvoient à des personnages au 
comportement ridicule, qu'il s'agisse de Sganarelle, de Mascarille ou qu'il 
s'agisse d'un petit marquis fâcheux. J'y verrais pour ma part la trace d'une 
connivence de Molière avec le public qui le soutient, c'est à dire le 
parterre, prompt à se souvenir des bons moments : ne partagent-ils pas la 
dénonciation des petits marquis, et surtout quand ceux-ci s'installent 
bruyamment sur les bancs placés sur la scène ? Il est possible que ces 
passages aient donné lieu à un jeu expressif totalement oublié et que 
l'habitude ait été prise de noter jusqu'en 1741, par une typographie 
particulière, ce jeu marqué.
     A ma première question, s'ajoute alors celle-ci : quel pouvait bien être 
pour l'acteur qui faisait Philinte et pour celui qui faisait Acaste, le ton, 
la mimique ou le geste répondant à cette ponctuation ? 
Amusante question quand on pense que nos contemporains, dans la conversation 
courante, ne peuvent plus avancer un mot sans se croire obligés de le mettre 
entre guillemets, avec le geste des deux index qui dessine en l'air les 
guillemets anglais...

Bien cordialement 
Claude Jaëcklé-Plunian 
    
    

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