-
« Fascinée
depuis longtemps par l’univers de Samuel Beckett, j’ai mis longtemps avant de
découvrir ce qui m’attirait dans cette écriture. Peu à peu, cette parole, aux
confins du théâtre et du roman, s’est mise à résonner dans mon imaginaire de
comédienne, comme autant de mots, d’images, de sonorités, de silence...,
parcours d’infimes variations sonores qui se répètent et se transforment
inlassablement. Ces mots, sons, couleurs, lumières, qui ne cessent de vibrer
en alternance ou parallèlement à la voix et au corps, relient l’être humain
morcelé à lui-même, comme dans une œuvre polyphonique. »
-
Fransoise
Simon
Dans
notre exposé, nous parlerons de la théâtralité dans L’innommable de Beckett. Nous nous concentrerons sur les signes
les porteurs de potentiel dramatique dans un texte qui ne l’est pas (ou du
moins, pas nommé comme tel par son auteur), et à propos duquel beaucoup
s’entendent pour dire que les signes de la représentation sont absents. Nous avons considéré le roman comme un
tout, porteur d’une dynamique générant à la fois un rythme, un espace, une forme
en mouvement dans lesquels le texte prend corps et voix. C’est cette dynamique que nous avons
étudiée et qui servira de base à une mise « en corps et en bouche ».
Nous
avons dégagé, au fur et à mesure de l’analyse du texte, une série d’indices qui
rendent compte d’une théâtralité dans le roman, et orientent notre vision. Nous retracerons le chemin qui nous a
mené nous intéresser au langage et à sa structure. Nous mettrons ensuite l’accent sur les
signes graphiques, phoniques et corporels, comme traces du corps et des lieux de
l’inconscient où s’accroche le langage.
De là surgit le potentiel dramatique directement utilisable dans une
lecture spatiale, corporelle et polyphonique. Nous tenterons de démontrer que ce
texte renferme une épaisseur de signes qu’il serait vain de chercher à saisir
par l’analyse sémantique, mais dont l’essence se trouve dans l’expérience de la
parole qui façonnerait à la manière d’un peintre ou d’un sculpteur la présence,
la voix et le corps de l’acteur.