référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2003-08/msg00003.html
     Chronologie       
     Conversation       

Fwd: Re: Fwd: les inter... isabelle moreau




POUR VOUS DONNER DES INFOS COMME DESIRE

----Original Message Follows----
From: Anacrouse129asso@aol.com
To: isamoreau@hotmail.com
Subject: Re: Fwd: les inter...
Date: Mon, 28 Jul 2003 11:58:35 EDT

Un texte d'ATTAC histoire de dépassioner le débat et revenir vers les vrais
enjeux :

"3- France. Les intermittents du spectacle: un cas d'école pour la
MEDEF SCHOOL
____________________________________________________________

Par ATTAC France

" Réforme " pour démolition, " modernisation " pour régression, "
sauvetage " pour liquidation graduelle, " privilégiés " pour salariés,
" profiteurs " pour précaires, S cela fait plusieurs années que nos
décideurs politiques français ont nettement progressé en langue
libérale. Bien qu'en pédagogue soucieux d'excellence le MEDEF
maintienne l'appréciation " peut mieux faire ", il se félicite de
l'évolution du niveau de la grande majorité de ses élèves en gestion
politique et représentation médiatique, d'autant que les quelques
organisations syndicales qui ont intégré l'école font preuve d'une
réelle adaptabilité et ne retardent pas vraiment la progression du
groupe. Leur collaboration s'avère même particulièrement utile dans
une autre matière où les progrès sont tangibles : le libéralisme
appliqué.

Le dernier exercice en date concerne les intermittents du spectacle.
En relevant leurs conditions d'accès à l'indemnisation chômage (507
heures en dix mois pour les techniciens et en 10 mois et demi pour
les artistes au lieu de 12 mois) et en abaissant la durée
d'indemnisation (8 mois au lieu de 12 mois), les partenaires sociaux "
responsables " ont programmé la disparition d'un tiers des 102 000
professionnels de la culture qui ont perçu au moins une allocation
chômage durant l'année 2002. Bien que le montant des indemnités ne
dépasse pas le SMIC pour la moitié de ces travailleurs souvent très
qualifiés, les chefs d'inculpation médiatiques sont une fois de plus
l' " abus ", l' " irresponsabilité " et le " privilège ".

L'" accord ", dont les syndicats signataires ne représentent qu'une
petite minorité des premiers concernés, équivaut donc au licenciement
collectif de plus de 30 000 salariés, sans aucun " plan social ". La
violence de cette logique libérale, parfaitement assumée par ses
promoteurs, est révélatrice à la fois des contradictions relatives aux
régimes de précarité et de la place dévolue à la culture dans un
contexte de marchandisation du monde.

Les employeurs veulent bien des avantages de la précarité sans en
payer le prix. La flexibilité sans les charges. Si tout système de
protection sociale génère à la marge son lot de fraudeurs, les
premiers profiteurs du régime d'intermittence sont assurément les
employeurs de l'audiovisuel et du cinéma qui font cofinancer
officieusement par les ASSEDIC la rémunération de techniciens qui
pourraient devenir des salariés permanents. De périodes d'essai
renouvelées en travail bénévole financé par l'intermittence, on
entretient un volant de précaires qualifiés en minimisant les coûts
salariaux.

Les industries culturelles ne sont pas les seules à s'adonner à ces
pratiques. Elles touchent aussi, certes dans une moindre mesure, des
institutions subventionnées du spectacle vivant.

Cette distorsion est sans doute à rapprocher des restrictions
infligées au financement public de la culture, mais il faut avouer que
les dépenses y sont peu souvent orientées vers l'implication durable
d'équipes artistiques et techniques sur le territoire qui les
concernent.

Cependant, lorsque l'on sait que les intermittents du spectacle vivant
ont beaucoup plus de mal à atteindre les 507 heures requises (la durée
moyenne de travail comptabilisée y est de 628 heures au lieu de 848
heures dans le cinéma et l'audiovisuel) et qu'ils seront donc les plus
touchés par les modifications actuellement proposées, nous sommes en
droit de nous interroger sur le contenu stratégique des évolutions
récentes. Le MEDEF avait accepté en 98 et 99 l'extension du régime
d'intermittence à de nouveaux domaines comme les agences de presse
audiovisuelles, les discothèques ou l'industrie phonographique.

Avec la complicité passive de l'Etat le nombre des intermittents a
fortement augmenté, et par là même le déséquilibre financier de leur
système d'allocation, afin, le jour venu, de mieux discréditer
l'ensemble de la corporation, et de justifier une " réforme " qui
touche bien davantage le service public de la culture que les
profiteurs de l'industrie du divertissement.

Quant au rapport sciemment entretenu entre précarité et " privilège ",
il importe de rappeler que le coup porté au régime des intermittents,
dont le MEDEF n'a pas renoncé à se débarrasser puisque rien n'est fait
pour limiter les principaux abus, s'est accompagné d'un affront à
l'adresse des professionnels de la culture. Le minimum des 507 heures
par an a de quoi faire sourciller les autres salariés ou chômeurs qui
ignorent souvent que les heures rémunérées ne comprennent pas l'énorme
travail de préparation, de recherche, de barre quotidienne pour les
danseurs, de pratique régulière de l'instrument pour les musiciens, de
travail personnel sur chaque texte abordé par les comédiens, voire de
répétitions elles-mêmes.

Ce régime, conçu à l'origine pour les artistes et les techniciens en
réelle intermittence, ceux qui passent d'un employeur à l'autre en
s'exposant aux risques d'un emploi discontinu, pourrait d'ailleurs
servir de base à la réflexion sur la mutualisation des risques pour
d'autres catégories de salariés. Dès lors que les périodes sans
travail rémunéré sont identifiées comme un temps libéré, socialement
productif, voué à la formation et à la créativité sociale, il devient
possible de dissocier les moyens économiques de l'existence de la
seule condition salariale.

Derrière l'emblème du statut des intermittents, c'est la perspective
d'une réappropriation du temps de vie hors de la sphère marchande qui
est vigoureusement balayée par le MEDEF. L'attaque préfigure sans
doute les grandes manoeuvres qui se préparent à l'encontre de la
mutualisation des risques liés à la santé, dans la foulée de ce qui
est en train de se préparer pour les retraites.

A l'école de la normalisation libérale, les raisonnements en termes
d'équilibre financier à courte vue sont affûtés pour faucher toutes
propositions de développement inscrit dans le temps. Faut-il rappeler
qu'en France, les intermittents participent à un maillage culturel
très dense ? Les festivals, les lieux de spectacle vivant, les actions
artistiques en milieu scolaire et dans le tissu social, la production
et la diffusion d'un autre cinéma offrent une alternative à la culture
de masse à vocation commerciale déversée par les grands médias.
Techniciens et artistes intermittents participent ainsi à une mission
de service public qui perpétue une singularité française. Il n'est pas
fortuit que les premières victimes de la régression proposée seront
les dizaines de milliers de personnes qui entretiennent un terreau
fertile de création entre Star Académie et les principaux temples de
la culture élitaire.

Le modèle de société qui se profile derrière la scolastique libérale
requiert donc à la fois un désengagement de l'Etat (ce dont le
gouvernement s'acquitte avec empressement par la diminution des
budgets dévolus à la culture, l'asphyxie du Musée de l'Homme ou la
liquidation de l'archéologie préventive), et l'affaiblissement des
mécanismes de solidarité. Cela s'inscrit dans une immense bataille
symbolique qui s'est amorcée entre les partisans de l'ordre
globalitaire, les adeptes du repli traditionaliste et ceux qui
entendent associer une nouvelle donne dans la répartition des
richesses à l'approfondissement de la démocratie. Dans ce contexte, le
détournement de la fonction de l'art et de la culture au bénéfice
d'intérêts privés constitue un enjeu déterminant.

Les soucis quelque peu boutiquiers d'élus locaux et de certains
membres du gouvernement qui redoutent l'affaissement des recettes
touristiques dans les villes festivalières sont à cet égard
pitoyables. Les orchestrateurs de la normalisation libérale,
parfaitement conscients de ce qui s'opère à grande échelle, gloussent
de contentement devant l'affolement de ceux qui ont déserté depuis
longtemps le champ de la réflexion sur le rôle de l'art et de la
culture. Ils ont finalement le comportement idoine tant leurs
préoccupations semblent à jamais éloignées des enjeux relatifs à la
construction de la personne, la reconstitution du lien social ou la
lecture profonde du monde.

Tout ceci confirme que la Medef School assure, par médias interposés,
un enseignement à distance d'une efficacité redoutable. Raison de plus
pour ne pas plier. Ne plus plier et inventer. Une définition
économique des artistes prenant en considération l'étendue des
richesses immatérielles qu'ils induisent et produisent impose aux
pouvoirs publics un recentrage sur le coeur de leur métier : la
réflexion politique. Et si un coup de pied orienté est nécessaire pour
que les responsables se penchent sur la manne des recettes
commerciales et publicitaires de l'industrie culturelle, ajustons-le.

ATTAC-France se déclare donc solidaire du mouvement des intermittents
du spectacle et les invite à s'impliquer plus largement dans un combat
contre la marchandisation du monde, qui concerne autant l'avenir de
leur profession que le sens qu'ils entendent donner à son exercice.

Contact pour cet article. attacfr@attac.org"

Ca fait du bien de penser nan ?

_________________________________________________________________
MSN Messenger : discutez en direct avec vos amis !  
http://messenger.fr.msn.ca/

---------------------------------------------------------------queatre-+
_______________________________________________________________________________

>>> Pour être retiré de cette liste d'envois,

écrire à:   listproc@uqam.ca

    avec comme seule ligne de message:

unsubscribe QUEATRE


Note: la commande doit apparaître dans le corps du message, 
      NON PAS dans le Sujet.
---------------------------------------------------------------queatre--