référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2004-02/msg00019.html
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Re: dramaticité Jean-Luc Picard-Bachelerie



Je vous remercie vivement pour vos explications.
Ma provocation venait d'un agacement non d'une animosité. Je suis réellement
troublé par l'invention de certains mots qui, pour avoir la raison
d'éclairer nos lanternes, ont le pouvoir de nous égarer sur des nuances
insignifiantes ou des voies en impasse. Mais ce mot date déjà et ce que vous
en dites révèle mon manque d'expertise en la matière. Le drame avait
effectivement ses codes que le théâtre contemprain a balayé. Je retiens donc
(cela pour que ce terme puisse être vulgarisé) un passage de votre texte :
"Il n'y a plus véritablement de normes dans la dramaturgie contemporaine. Il
y a une sève - la dramaticité -
qui permet au drame de se définir par rapport aux autres genres
littéraires. Les normes qui ont sauté sont les principes tels que le
continuum, les règles des unités, la vraisemblance."
Peut-on alors mettre en synonime les mots "dramaturgie" et "dramaticité",
l'un parlant de l'agencement des actions selon les normes aristotéliciennes
(mais peut-être que Diderot et Beckett peuvent être associés à ce terme ?)
et l'autre parlant aussi de cet agencement hors norme et nécessitant alors
d'être qualifié du nom de l'auteur de l'oeuvre dont on parle.
Si c'est cela, je comprends mieux la question sur le "noyau de dramaticité
absolue". Pour ma part, du fait que la porte entrouverte est effectivement
plus dramatique qu'une autre porte, je pense qu'elle l'est parce que nous
possédons les mêmes repères culturels. Qu'en serait-il d'un papou regardant
cette même porte ?
Prenez un décor de jungle. Pourrait-on se permettre, pour faire naître une
tension dramatique, de n'utiliser que des signes propres à la jungle au
risque qu'aucun citadin occidental ne puisse s'apercevoir du détail qui fait
naître la tension dramatique.
Dès lors qu'une culture n'est pas apte à comprendre les signes d'une autre
culture peut-on imaginer que puisse exister une "dramaticité absolue" dans
le sens d'universelle ?
Voilà. J'espère que ma contribution saura me faire pardonner mon mouvement
d'humeur (tout tendu vers le fourmillement des idées).
Bien à vous.
Jean-Luc Picard-Bachelerie

----- Original Message -----
From: "Camille Rebetez" <rebetez.camille@courrier.uqam.ca>
To: "Liste de discussion en francais sur le theatre" <queatre@uqam.ca>
Sent: Wednesday, February 11, 2004 12:09 PM
Subject: dramaticité


> Bonjour et merci à toutes et à tous d'avoir autant animé le débat.
>
> Je crois que j'ai réussi grâce à vos interventions  à davantage saisir
> ce concept de dramaticité, fût-il quelque peu abstrus. Je vous livre en
> deux mots le résultat provisoire de ma réflexion. Je vous invite
> naturellement à le compléter ou  à le corriger.
>
> À noter toutefois que ce concept n'est pas sorti de nulle part. Je ne
> pense pas, quoique sa démonstration soit brillante, que monsieur
> Ouaknine en est l'inventeur. Ce terme figure dans la littérature qui
> s'intéresse à ces questions sur la dramaturgie contemporaine. Je l'ai
> notamment repéré dans un article de Joseph Danan dans le numéro
> d'Alternatives théâtrales intitulé « Ecrire le théâtre aujourd'hui ».
> Quant à la formule de « noyau de dramaticité absolue », elle figure dans
> une intervention quelque peu polémique de Denis Guénoun au Forum du
> théâtre européen intitulé. Ecrire pour le théâtre aujourd'hui.
>
> Je pense que la dramaticité correspond en fait à l'âge adulte du genre
> dramatique. Il aura fallu une lourde crise d'adolescence durant laquelle
> celui-ci s'est livré à de multiples expériences mettant en cause sa
> propre identité pour retrouver un certain équilibre. Sous le joug de
> normes très strictes dictées par l'école d'Aristote, le drame, jaloux de
> la liberté dont jouissaient ses congénères sur le plan formel - les
> genres épique et lyrique -, a fait exploser toutes ses normes pour en
> retrouver l'essence après une perte complète de repères, après la
> dissolution de tous ses attributs. Il n'y a plus véritablement de normes
> dans la dramaturgie contemporaine. Il y a une sève - la dramaticité -
> qui permet au drame de se définir par rapport aux autres genres
> littéraires. Les normes qui ont sauté sont les principes tels que le
> continuum, les règles des unités, la vraisemblance. L'essence de celles
> qui demeurent se situe davantage du côté de l'action et d'une tension
> que le drame peut faire naître mieux que tout autre texte, n'en déplaise
> à Viez. Une porte entrebaîllée est plus dramatique qu'une porte ouverte!
> Quelque chose de plus mystérieux, de plus dramatique, est susceptible
> d'y survenir. Les auteurs contemporains s'avèrent donc les légataires de
> cette crise d'adolescence du drame en ce qu'ils peuvent jouir d'une
> liberté nouvellement acquise d'après la spécificité de leur écriture. Et
> cette liberté donne lieu à de multiples variations de cette dramaticité
> contemporaine. Une dramaticité dépouillée et nucléique est palpable chez
> un auteur comme Fosse ; une dramaticité ténue et fraîche chez Evelyne de
> la Chenelière ; une dramaticité survoltée chez Srbjlanovic ou chez des
> auteurs de la nouvelle génération formée à l'école du film ; ... Je vous
> laisse compléter la liste à l'envi.
>
> J'espère ne pas trop m'être fourvoyé.
>
> Merci à tous.
>
> Camille Rebetez
> Etudiant
>
>
>

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