référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2004-02/msg00022.html
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Petit test de dramaticité Serge Ouaknine



Petit test de dramaticité
Serge Ouaknine

1) Imaginons un théâtre absolument immobile – des acteurs figés – la dramaticité commence t-elle 
dans la durée de ce silence absolu du geste ou au moment ou un œil s’ouvre et regarde le
spectateur ?
2) Imaginons une porte fermée – elle s’ouvre lentement - la dramaticité est à son climax pendant
que la porte s’entrouvre lentement ou après,  dan son immobilité absolue d ‘ouverture suspendue ?
3) Imaginons une porte entre-ouverte. Certains disent qu’elle serait plus dramatique qu’une porte
fermée, ce dont je doute, car on n’a pas défini la taille  de la porte; je suppose qu’ on
l’imagine classique, à échelle  humaine,  mais alors pourquoi tous les pouvoirs absolus
bâtissent-ils des portes d’édifices géantes sinon pour rendre dramatique le passage de la porte 
et ainsi confirmer symboliquement l’autorité (close ou ouverte) du lieu que la porte introduit? 4)
Imaginons un acteur très volubile – la dramaticité est t-elle en son agitation absolue ou dans le
drame existentiel invisible que son déplacement tente de masquer ?
5) Imaginons un acteur presque silencieux et économe de ses gestes ( Buster Keaton  au cinéma, une
sorte de Beckett au théâtre) est-il plus, ou moins  « dramatique » que Charlie Chaplin -
pantomimique et sur-expressif - ( une espèce de Molière moderne à l’écran) ? La dramaticité de
Keaton est du côté de la force de son intériorité,celle de Chaplin dans sa lutte avec le contexte.
Un oratorio contre un concerto.
6) Reprenons l’exemple Keaton/Chaplin,  peut-on affirmer que la différence de dramaticité tienne
seulement à une différence de stratégie de présence, de mouvement, de quantité et de style? Que
dire de la valeur du contexte dramatique intrinsèque, c’est à dire l’action « clé » dans laquelle
2 hommes vont agir et réagir. La dramaticité ne serait-elle pas alors une différence de rythme ( à
drame égal) ? 
7) Imaginons « Un Fin de partie » ou un « En attendant Godot », la dramaticité est-elle dans la
virtualité de ce Dieu absent ( par différence à un Racine où il serait omniprésent) qui pétrifie
les uns et rend passionnés et volubiles les autres? La dramaticité est-elle dans l’action visible,
dans la parole audible ou dans cet « ailleurs » dramatique, implicite et absent à notre regard et
de notre ouïe? 
8) Faisons les exercices ci-dessus. Je suppose que c’est quelque chose d’analogue que fit en son
temps et avec ses références, le cher Aristote. Cette question nous emmène rapidement vers tout ce
qui constitue le territoire imbattable du passage de l’oralité scripturale d’un texte à son
actualisation organique et scénique. 
9) Tout ce que nous attribuons, en valeur absolue ou relative, s’effrite devant le travail du
temps - je ne parle pas du poids historique mais le la « durée » constituante du jeu scénique, la
temporalité ( et prégnance) de la présence effective. Ce que nous disons du lointain théâtre du
passé est aussi flou et déformé que ce qui courait déjà d’un temps plus certain. Tchekov disait
avoir écrit des vaudevilles (donc alertes et ironiques, sur la bourgeoisie et petite noblesse
russe), il reprochait à Stanislawski d’en avoir fait des « drames » solennels et nostalgiques,
emprunts d’un effroi psychologique et d’un vague à l’âme… Qui a raison ?
10) La dramaticté de Tchekov est-elle dans cette lenteur sublime du regret qui espère ou dans la
cadence agitée et ridicule des êtres qui désespèrent et attendent, sans jamais savoir comment
passer à l’acte? Sans doute les deux hommes se seraient bien complétés. 

La liste des membres de Queatre est constituée, fort heureusement, de ceux qui ont une formation
et donc une lecture essentiellement littéraire ou théorique et de ceux qui ont une formation et
donc une lecture davantage connotée par la pratique, enfin de ceux nombreux, surtout dans les
nouvelles générations, qui tentent un pont dans la revue de ces deux mondes. Voilà pourquoi le
concept de dramaticité est si riche et si impalpable. 
Jamais un coup de dictionnaire n’abolira le hasard.

S.O.


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Serge Ouaknine
Directeur du Doctorat en Études et pratiques des arts
Université du Québec à Montréal
Pavillon Judith-Jasmin, Local J-2681
C.P. 8888, succ. Centre-Ville
Montréal (Québec)  H3C 3P8 Canada

Tél. :(1-514) 987-3000, poste 8456#
Télécopie :(1-514) 987 3571

Site du Doctorat : www.unites.uqam.ca/doctorat_arts/plan.htm

Info UQAM : www.unites.uqam.ca/doctorat_arts 

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