référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2004-04/msg00009.html
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RE : Alerte Spam: Re: Technique du jeu direct Bernard lavoie



Title: Re: Technique du jeu direct

Gilbert a tout à fait raison dans la façon dont il décrit les aspirations de Mamet face au jeu de l’acteur.

 

 

 

 

 

Il ne faut jamais perdre de vue que Mamet est un auteur.  Donc, il assume que tout est dans le texte.  Ce qui est souvent vrai, mais pas toujours.

 

De plus, dans le jeu direct ou dans tout autre jeu, il y a des niveaux de lecture.  Le metteur en scène comprend certaines choses.  Le comédien certaines autres.  Les concepteurs peuvent suggérer des pistes qui teinteront les choix de jeu.  Il est donc totalement faux de penser que le texte seul génère l’action dramatique.

 

Par contre, Il est vrai que le personnage n’existe que par ses actions en scènes.  Il est effectivement illusoire de chercher ailleurs que dans ce qui est énoncé dans le texte les indices qui supporteront le jeu.   Il demeure que même dans le jeu. le plus direct soit-il, les créateurs (acteurs, metteur en scène, etc…) apporteront de par leur expérience de vie une texture personnelle.  L’artiste ne peut s’effacer totalement devant un texte à jouer.  Sinon, n’importe qui peut jouer n’importe quoi, n’importe quand.  

 

 

Pour bien comprendre l’idée de jeu direct de Mamet, il faut se référer au travail de Sanford Meisner.  Il trouvait que le travail de Strasberg  à l’Actors Studio était trop orienté sur l’acteur au détriment du texte.  Mais en étudiant son travail, il faut admettre que lui-même développe des outils pour le comédien avant de le laisser travailler sur des textes.   Comme Strasberg, il révèle l’acteur à lui-même pour ensuite lui permettre de rencontrer un texte de façon efficace.

 

J’ai moi aussi vu le travail de Mamet à New York.  C’était sa mise en scène de Oléanna.  C’était excellent et très près de la tradition théâtrale américaine issue du Group Theatre. 

 

Au Québec on surévalue le rôle de l’émotion dans le travail de l’Actors Studio.  L’idée du jeu direct existe dans la notion d’action physique développée par Stanislavski à la fin de sa carrière.   Elle existe chez Strasberg comme chez ceux qui se sont opposé à lui : Stella Adler, Robert Lewis, Sandford Meisner et bien d’autres.   Il demeure que l’ensemble de leurs approches et de bien d’autres artistes et pédagogues américains du théâtre représente ce qui est devenue La Méthode.  C’est un terme que tous détestent et que Strasberg n’a jamais utilisé. 

 

J’ai étudié aux USA plusieurs années.  J’y ai rencontré des tenants de plusieurs écoles de jeu.   Pour moi, malgré des différences cosmétiques, l’essentiel du travail d’interprétation reposait sur une implication personnelle du comédien et une écoute rigoureuse du texte.   

 

Pour conclure, j’aimerais émettre cette hypothèse :  En admettant qu’au-delà de la rhétorique Mamet innove vraiment avec son concept de jeu direct ( ce que je ne crois vraiment pas), est-ce que ce ne serait pas seulement une autre façon de définir des points de concentration?  Le point de concentration étant cette obligation de faire quelque chose d’obligatoirement vivant en scène.  L’idée de base de Stanislavski était que l’acteur doit être actif en scène pour que le spectateur veuille l’entendre.   Mémoire sensorielle ou affective, action physique, si magique (si bien utilisé par Vakhtangov) ou jeu direct ne sont-ils pas des outils complémentaires pour aider le comédien à se mettre au service d’un objet dramatique à donner au spectateur ? 

 

 

Pour bien comprendre le jeu direct de Mamet (qui est en soi très intéressant), il faut le remettre dans son contexte d’émergence.  Ce contexte inclus les divers artistes qui tout au long du XXe siècle ont tenté d’appliquer des variantes du travail de Stanislavski en Amérique. 

 

 

 

Le sujet est vaste.  Avec les années, j’ai appris qu’il fallait décloisonner les approches.  Et se libérer des préjugés que l’on entretient face aux diverses approches qui forment la Méthode.

 

 

 

Amitiés

 

Bernard Lavoie

 

     

 

      

 

-----Message d'origine-----
De : owner-queatre@uqam.ca [mailto:owner-queatre@uqam.ca] De la part de Gilbert Turp
Envoyé : 21 avril, 2004 10:50
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : Alerte Spam: Re: Technique du jeu direct

 

Bonjour,

Le jeu direct, est une technique de jeu selon laquelle le personnage n'existe pas mais se crée dans l'imaginaire du spectateur.  Selon celle-ci, l'acteur est amené à focusser sur les éléments sur lesquels il exerce un contrôle comme son apprendre son texte par coeur, ses déplacements, sa mise en place.  En fait, selon  cette technique de jeu, c'est l'ensemble de toutes les actions que pose l'acteur lorsqu'il rentre sur scène qui amène le personnage et qui, parfois, amène l'acteur à plonger dans une émotion.

Par opposition à la méthode de l'actor studio, où l'acteur est invité à se mettre dans la peau du personnage pour jouer sur scène, selon la méthode du jeu direct, celui-ci doit plutôt foccuser sur les actions concrètes qu'il doit accomplir sur scène.

La méthaphore du théâtre est utilisée en gestion pour comprendre les organisations.  Elle est très utile parce qu'elle permet d'ouvrir cette grosse boîte noire en ouvrant une fenêtre sur les acteurs qui font des choses.

Donc, voilà,

J'espère que j'ai bien répondu à votre question.  Je dois avouer que je débute à étudier ce volet ... et j'aurais bien aimé avoir l'avis de personnes oeuvrant directement dans le milieu du théâtre pour faire avancer ma réflexion.

Joyeuses Pâques

 
 
 
 

----- Original Message -----
From: Waïtouké <mailto:waitouke@chez.com>  
To: Liste de discussion en francais sur le theatre <mailto:queatre@uqam.ca>  
Sent: Wednesday, April 07, 2004 3:48 PM
Subject: RE: Technique du jeu direct

Bonjour,
ce serait gentil de développer un peu ;
Qu'est ce que le jeu direct? Que disent en substance les théories de David Mamet sur la question?
Quand aux organisations elles me laissent vraiment sur ma faim...et exitent mon appétit.
Merci d'éclaicir votre message sybilin, histoire de rendre le dialogue ouvert au plus grand nombre.
Cordialement,
Claire Denieul

-----Message d'origine-----
De : owner-queatre@uqam.ca [mailto:owner-queatre@uqam.ca]De la part de Marie Chassé
Envoyé : mer. 7 avril 2004 04:20
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : Technique du jeu direct

Bonjour,

Je suis étudiante en communication au deuxième cycle.  Je m'intéresse beaucoup à la technique du jeu direct (théories de David Mamet) et à la façon dont cette métaphore (technique du jeu direct) peut nous aider à comprendre les organisations.

Je souhaite avoir votre point de vue à ce sujet,

Merci,

Bonne soirée :)

 


Bonjour, je viens tout juste de lire votre demande d’il y a deux semaines. J’ai lu la réponse de Bernard Lavoie. Ça m’a donné envie de répondre – hors de la polémique pro et anti-Method.

J’ai vu à New-York une création de Mamet mise en scène par lui-même. (J’ai un blanc sur le titre de la pièce – c’était en anglais et ma mémoire est moins bonne quand c’est en anglais ... C’est la pièce avec l’enfant qui voit sa mère se débattre avec sa vie amoureuse en ruine... Le Quat’sous l’a monté aussi il y a quelques années... Vous savez de quelle pièce je parle, non ? )

Je voulais vous signaler que cette production éclairait énormément le travail de Mamet à mes yeux. C’était joué sans effort et sans recherche méta-textuelle. La volonté était remplacée par l’abandon. Sa mise en scène était attentive à la qualité du jeu - nuancé et vrai – mais elle recentrait le texte comme étant le moteur de l’objet dramatique. C’est peut-être ça qui agace Mamet avec l’actor’s studio. Les acteurs jouent autre chose que le texte, le jeu devient une sorte d’enjeu en soi et alors, le texte se trouve caché. À new-York, ce problème est évident. Le théâtre est emprisonné dans un jeu d’acteurs à qui on demande de jeter de la poudre aux yeux du public au lieu de le rencontrer d’une histoire qu’on raconte.

Bref, le jeu direct serait un rappel aux acteurs : ne cherchez plus midi à 14 heures, jouez le texte et sans effort, sans effets. Ne cherchez plus à faire du style (fut-il du style naturaliste) mais  portez le sens d’un texte. Le mot direct pourrait se traduire par simple. C’était la simplicité de la mise en scène de Mamet et l’humilité conséquente des acteurs sur scène qui, lors de cette représentation new-yorkaise, avait donné un immense impact à sa pièce, car elle nous parlait directement. C’était presque comme un documentaire sur l’angoisse des déchirures amoureuses d’une mère et la transmission de cette angoisse à son enfant.

J’espère que ça vous aide un peu. Bonjour. Gilbert Turp