référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2004-04/msg00012.html
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RE : Technique du jeu direct Bernard lavoie



Title: Re: Technique du jeu direct

Cher William,

 

On pourrait…. 

 

Cependant, et c’est le centre de mon argumentation, il serait erroné d’assumer que La Méthode est une approche unifiée qui se base uniquement (ou même surtout) sur la sensibilité.  Comme il me semblerait hasardeux de croire que le jeu direct se base sur l’imitation.  Il ne faut pas oublier que l’objectif principal du jeu direct est la mise en action du texte dramatique. 

 

J’aime mieux continuer, jusqu’à preuve du contraire, à considérer le jeu direct comme une des multiples variantes de la Méthode américaine et du Système de Stanislavski.  

 

Il demeure qu’effectivement en retournant à Diderot …….

 

 

 

 

Amitiés

 

 

Bernard

 

-----Message d'origine-----
De : owner-queatre@uqam.ca [mailto:owner-queatre@uqam.ca] De la part de William Weiss
Envoyé : 25 avril, 2004 10:42
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : Re: Technique du jeu direct

 

Si l'on retrace cette discussion à Stanislavki ne pourrions-nous le faire jusqu'au Paradoxe du Comédien de Diderot - que Stanislavski connaissait sûrement? Dans ce dialogue un interlocuteur prône le jeu par la sensibilité (La Méthode) alors que l'autre défend le jeu par l'imitation (le jeu direct?).

 

Bien entendu, l'imitation, de nos jours, ne veut pas dire nécessairement la reproduction des produits de la nature mais plutôt la reprise de son processus.

Amitiés

William Weiss

----- Original Message -----

From: Bernard lavoie

To: Liste de discussion en francais sur le theatre

Sent: Friday, April 23, 2004 10:10 AM

Subject: RE : Alerte Spam: Re: Technique du jeu direct

 

Gilbert a tout à fait raison dans la façon dont il décrit les aspirations de Mamet face au jeu de l’acteur.

 

 

 

 

 

Il ne faut jamais perdre de vue que Mamet est un auteur.  Donc, il assume que tout est dans le texte.  Ce qui est souvent vrai, mais pas toujours.

 

De plus, dans le jeu direct ou dans tout autre jeu, il y a des niveaux de lecture.  Le metteur en scène comprend certaines choses.  Le comédien certaines autres.  Les concepteurs peuvent suggérer des pistes qui teinteront les choix de jeu.  Il est donc totalement faux de penser que le texte seul génère l’action dramatique.

 

Par contre, Il est vrai que le personnage n’existe que par ses actions en scènes.  Il est effectivement illusoire de chercher ailleurs que dans ce qui est énoncé dans le texte les indices qui supporteront le jeu.   Il demeure que même dans le jeu. le plus direct soit-il, les créateurs (acteurs, metteur en scène, etc…) apporteront de par leur expérience de vie une texture personnelle.  L’artiste ne peut s’effacer totalement devant un texte à jouer.  Sinon, n’importe qui peut jouer n’importe quoi, n’importe quand.  

 

 

Pour bien comprendre l’idée de jeu direct de Mamet, il faut se référer au travail de Sanford Meisner.  Il trouvait que le travail de Strasberg  à l’Actors Studio était trop orienté sur l’acteur au détriment du texte.  Mais en étudiant son travail, il faut admettre que lui-même développe des outils pour le comédien avant de le laisser travailler sur des textes.   Comme Strasberg, il révèle l’acteur à lui-même pour ensuite lui permettre de rencontrer un texte de façon efficace.

 

J’ai moi aussi vu le travail de Mamet à New York.  C’était sa mise en scène de Oléanna.  C’était excellent et très près de la tradition théâtrale américaine issue du Group Theatre. 

 

Au Québec on surévalue le rôle de l’émotion dans le travail de l’Actors Studio.  L’idée du jeu direct existe dans la notion d’action physique développée par Stanislavski à la fin de sa carrière.   Elle existe chez Strasberg comme chez ceux qui se sont opposé à lui : Stella Adler, Robert Lewis, Sandford Meisner et bien d’autres.   Il demeure que l’ensemble de leurs approches et de bien d’autres artistes et pédagogues américains du théâtre représente ce qui est devenue La Méthode.  C’est un terme que tous détestent et que Strasberg n’a jamais utilisé. 

 

J’ai étudié aux USA plusieurs années.  J’y ai rencontré des tenants de plusieurs écoles de jeu.   Pour moi, malgré des différences cosmétiques, l’essentiel du travail d’interprétation reposait sur une implication personnelle du comédien et une écoute rigoureuse du texte.   

 

Pour conclure, j’aimerais émettre cette hypothèse :  En admettant qu’au-delà de la rhétorique Mamet innove vraiment avec son concept de jeu direct ( ce que je ne crois vraiment pas), est-ce que ce ne serait pas seulement une autre façon de définir des points de concentration?  Le point de concentration étant cette obligation de faire quelque chose d’obligatoirement vivant en scène.  L’idée de base de Stanislavski était que l’acteur doit être actif en scène pour que le spectateur veuille l’entendre.   Mémoire sensorielle ou affective, action physique, si magique (si bien utilisé par Vakhtangov) ou jeu direct ne sont-ils pas des outils complémentaires pour aider le comédien à se mettre au service d’un objet dramatique à donner au spectateur ? 

 

 

Pour bien comprendre le jeu direct de Mamet (qui est en soi très intéressant), il faut le remettre dans son contexte d’émergence.  Ce contexte inclus les divers artistes qui tout au long du XXe siècle ont tenté d’appliquer des variantes du travail de Stanislavski en Amérique. 

 

 

 

Le sujet est vaste.  Avec les années, j’ai appris qu’il fallait décloisonner les approches.  Et se libérer des préjugés que l’on entretient face aux diverses approches qui forment la Méthode.

 

 

 

Amitiés

 

Bernard Lavoie