référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2006-06/msg00009.html
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=?windows-1258?Q?RE:_Consid=E9rations_sur_la_dramaturgie_sc=E9nique_=28?==?windows-1258?Q?_No_2=29?= Menez Chapleau



Title: RE: Considérations sur la dramaturgie scénique ( No 2)

Bonjour à tous.

Je vais réagir rapidement aux réponses de Serge (qui, il me semble, donne au commentaire de Yannick un sens qui lui est étranger…) et André pour, d’une part, exprimer quelques divergences d’opinion et, d’autre part, préciser le contexte de ma dernière intervention.

Serge affirme :

« Oui André tu as raison. Totalement. Brecht comme Artaud serait, tout autant, d'accord avec ta considération.

L’inconvénient de la proposition de Yannick est qu'elle figure, au fond  une recherche de procédés fabricateurs -- alors que l'art procède de processus créateurs. Ce qui est bien différent, en substance, et les effets ne sont pas identiques aux deux cas de figures. C’est toute la différence entre ‘création’ et ‘production’. »

Pardonnez-moi, mais raison à propos de quoi… exactement? André dit : « Il me semble que ton argumentation de base, Yannick (je ne parle pas ici des exemples), oscille un peu trop entre le vrai et le vraisemblable, la performance et le théâtre. »  André ne parle-t-il pas de la clarté générale des propos (ou des desseins) de Yannick, plutôt que de « procédés fabricateurs » s’opposant à des « processus créateurs » (comme le suggère Serge)?  Si je comprends bien André, il y aurait tout simplement un amalgame à éviter (entre les principes de la performance et les principes du théâtre?? Cela reste à préciser) et, peut-être, des distinctions supplémentaires à apporter…

Ensuite : où est « l’inconvénient » que Serge mentionne? Premièrement, il me semble qu’en « art » (Yannick parle toutefois plus spécifiquement de théâtre), les « procédés fabricateurs » (j’ose espérer comprendre l’expression) ne vont pas nécessairement à l’encontre des « processus créateurs » (et inversement). Ils sont bels et bien différents (Serge a raison de le souligner), mais indissociables l’un de l’autre (comme le sont, par exemple, la création littéraire et la langue avec ces dimensions syntaxiques et sémantiques). Ne serait-ce pas alors plutôt une question de dosage, ou encore de perspective? J’y reviendrai (je ne veux pas donner l’impression d’affirmer sans démontrer).

Serge déclare ensuite :

« Les procédés croient aux "recettes "  normatives fabricatrices  de produits, les processus  aux découvertes  et transgressions innovatrices. La creation. »

Peut-être. (Encore faudrait-il faire la distinction entre différents types de processus… je comprends ici « processus créateur »). Toutefois, n’est-il pas exagéré de suggérer qu’il y aurait, dans les propositions de Yannick, une dissociation presque pathologique entre les notions de procédés (et de recettes) et de « processus » (créateur, j’imagine)? Yannick… avocat des « procédés » et des « recettes » en art (est-ce bien la sa position)? Ou, moins naïvement, Yannick ne propose-t-il pas plutôt de préciser certaines (méta)conventions, d’éclairer certains (méta)principes entourant la pratique du théâtre, sans pour autant se couper des impondérables de celle-ci et de l’exercice de la « pensée latérale » (E. de Bono)?

À ce que je sache, les musiciens (et leur art) ne souffrent pas (oh! pas tant que ça…) de l’apprentissage des systèmes de notation musicale, de l’apprentissage du solfège, de l’harmonie, du contrepoint, des principes et paramètres généraux de composition, de différentes formes musicales, etc.  Recettes, techniques et conventions (dans le sens propre du terme) que tout cela? Sûrement… mais elles n’empêchent pas la création! Vous n’êtes pas sans savoir, par exemple, que toutes les symphonies, sonates, concertos, etc. de Mozart, Haydn, etc., les cantates de Bach, les pièces dodécaphoniques de Schoenberg, Webern, etc., etc., etc. suivent tous, plus ou moins des… « recettes », des conventions, des modèles (le débat est lancé : où commence la recette, où se termine-t-elle…?). Évidemment (je sais), il n’y a pas dans les œuvres de ces compositeurs que de la convergence, que de la recette, qu’un amour des conventions. Il y a aussi de la divergence, du jeu, de la création (du « processus créateur » aussi… si vous voulez).

Encore : une question de dosage? Une question de perspective? J’y reviendrai…

Bien sûr, toute entreprise de systématisation des principes d’interprétation théâtrale et de composition scénique (même si cette systématisation s’avère accessible, malléable et évolutive – comme je l’ai proposé) peut sembler utopique, sinon complètement vaine (d’autant plus que de nombreux artistes, dont plusieurs acteurs, danseurs, metteurs en scène et chorégraphes se méfient des théories… souvent à juste titre). Et, dans un sens, ça l’est (utopique, vain et faux – tout comme l’est la dissociation signifié/signifiant… que Serge mentionne – j’y reviendrai…). Pourtant, les définitions, les conventions, les classifications, peu importe le contexte (théorique ou pratique) dans lequel elles sont formulées, ont très souvent pour fonction non pas d’enfermer ou de hérisser les créateurs, de transformer la création en une succession de recettes, mais de participer à un processus de différenciation en vue d’une meilleure intégration, d’une meilleure compréhension, que celle-ci se matérialise dans l’enseignement, la création ou la recherche théorique.

Les définitions et les terminologies précises, les principes, etc., doivent, lorsqu’ils sont clairs (légitimes et adéquats), seulement servir d’outils et permettre d’établir un cadre qui PEUT, le cas échéant, favoriser l’efficacité et l’objectivité dans la communication et dans le processus de création, et même la solidarité et l’harmonie dans le travail (ce que Yannick suggère peut-être, lorsqu’il dit : « Les objectifs sont clairs : mieux percevoir, mieux agir, de manière plus localisée et efficace sur un mouvement particulier, mieux diriger la création et les créateurs, mieux comprendre ce qu’ils font et utiliser plus efficacement leur travail, sans heurter leurs susceptibilités. » Et je partage en partie son opinion… Reste à travailler sur l’éthique en répétition…Car les conventions, les principes, ne suffisent pas à prévenir les disputes et abus de pouvoir en répétition… Mais il s’agit là d’une tout autre discussion, bien sûr).

Assurément, les concepts d’objectivité et d’efficacité (mentionnés plus haut) ne constituent pas les fondements de l’art qui, contrairement à la science (attention… gardez vos Kant, Hegel, Kuhn, Popper, etc., sous la main…), est davantage (mais pas seulement – j’essaie de rester bref…) le domaine de l’interprétation et de l’expression subjective et esthétique du monde (en tant que but, bien sûr) à travers la création. Toutefois, sans en constituer les fondements, l’objectivité et l’efficacité, les conventions, et les définitions peuvent servir la création – tout comme les règles syntaxiques, les systèmes de notation et d’analyse musicale, ou encore la description précise des caractéristiques formelles et physiques des matériaux de composition (de l’argile au son, en passant par le corps humain et l’encre…), peuvent aider l’écrivain, l’acteur, le musicien, le danseur et l’architecte. Le but (entre autres, l’expression de la subjectivité?) et les instruments nécessaires pour y parvenir, souvent confondus et amalgamés, voire dissociés, devraient (à mon sens) être mieux différenciés et, surtout, intégrés. (J’y reviendrai en conclusion de cetter réflexion… je ne fais que préparer le terrain.)

Voyons plus loin. Serge dit ensuite :

« Voilà pourquoi son postulat d'imitation du réel est faux. Il sera toujours faux. La mimesis n'est pas une copie d'une vie virtuelle, c’est l’art qui exemplifie une virtualité dont la vie n'est que le référent. L’artifice est ce par quoi le théâtre travestit le réel pour en faire entendre le vrai.

Si de tels procédés existaient, alors il serait mis fin à la fonction ‘révélatrice’ de l'artiste, ou du moins énonciatrice de regards et d'écoutes différents.

L’art est ce mensonge par lequel la vie résonne plus vraie que nature. »

Je ne suis pas certain de bien comprendre : la mimesis est un art? Ou bien est-ce que l’art, par opposition à la mimesis, « exemplifie une virtualité dont la vie n'est que le référent » ? (Je ne comprends pas très bien le sens de cette phrase.) Et le réel… De quel réel s’agit-il, tant qu’à y être (s’agit-il du Kosmos? Ou de la réalité extérieure, « objective », qui existerait indépendamment du sujet? Ou plutôt intérieure, « subjective »? Ou de l’ensemble des ses réalités, envisagées simultanément? etc.)? Encore faudrait-il le définir (ce réel) pour pouvoir affirmer exactement (et sans appel!?) que le postulat (lesquel?) de Yannick est faux…

Mais retournons à ce que Yannick dit à propos de la mimesis :

«  […] ma manière de comprendre le théâtre est donc fortement imprégnée par l’idée que la représentation, la fameuse « mimesis » d’Aristote, soit un système qui cherche à recréer la vie. »

Il me semble que Yannick ne parle pas de copier (« reproduire fidèlement »), mais de recréer (« créer de nouveau »). Ça se ressemble, mais… c’est différent, non?

À Propos de la mimesis : le terme signifie (je ne vous apprends rien, mais je nous mets en contexte…), dans son acception générale, l’imitation ou la représentation de la réalité. Toutefois, plus précisément, la mimesis poétique, selon Aristote (et Roc et Lallot… 1980), serait une représentation des actions humaines. Les idées d’Aristote sur la mimesis comme fondement de l’art ont influencé les théories esthétiques jusqu’à nos jours… Et bien qu’il ne s’agisse pas ici d’entrer dans un débat de traduction (la mimesis est-elle imitation ou représentation? Et de quoi, exactement?) et de définition, j’aimerais soukigner qu’il est difficile d’en donner une explication précise et univoque (en accord avec la communauté des spécialistes d’Aristote)… Car le concept de représentation pose lui aussi des problèmes de définition (ontologues, métaphysiciens, épistémologues, etc… commentaires?). Cependant, il est certainement possible de se mettre d’accord sur une signification (instrumentale) du terme. Pour ma part (et pour aller de l’avant), j’utiliserai la définition suivante : rendre sensible une réalité (ou un tout/partie, ou un amas de tout/partie – ce que A. Koestler et K. Wilber appellent un holon) absente ou cachée au moyen d’une réalité présente (peu importe le type de réalité ou de tout/parti/holon, ou d’amas de tout/partie : matériel, affectif, symbolique, conceptuel, etc.).

Dans cette optique, le concept de mimesis, peut-être utilisé, de façon très large, pour signifier ceci : « la représentation d’un un tout/partie (ou un amas de tout/partie) avec quatre de ses dimensions fondamentales (subjective, objective, intersubjective et interobjective), que l’une ou l’autre de ces dimensions soit favorisées ou pas. »

Prise comme ça, la mimesis, pourquoi pas? Plusieurs acceptions du terme sont certainement permises et légitimes… L’important c’est de justifier sa position, d’exposer le contexte.

Passons.

Serge dit ensuite (un peu plus loin) :

« Par contre, là où les méthodes de fabrication assèchent le métier, il y a des stratégies de dispositifs d'actions qui le dynamisent. Par exemple, je constate, que tout discours scénique joue sur le proche et le lointain.  Juste cela  suffirait à faire un livre. L’obsession fabricatrice des effets peut rassurer et peut faire croire qu’il y a un « grand livre » des 100 000 situationa dramaturgiques ( pour paraphraser  un ouvrage  connu) .. il n’en est rien. »

Bon. Là, je serais tout à fait d’accord (parce que, comme nous tous, je n’aime pas trop l’art – ou le théâtre – « pré-fabriqué »)… Mais en principe seulement … Car là, encore, je trouve qu’on (tu…) joue un peu sur les mots et qu’on tire sur le mauvais canard.

Pour illustrer ma position, je me servirais de la métaphore (imparfaite, comme toutes les metaphores) du  conducteur (ou du chauffeur) et de sa voiture : est-ce le chauffeur qui conduit sa voiture ou l’inverse? Autrement dit, les méthodes sont-elles normalement au service du processus créateur et de l’artiste, ou  est-ce l’inverse…?!  (Évidemment, je ne nie pas l'influence des techniques et des méthodes sur l'artiste; je refuse seulement de croire au pouvoir qu'on leur attribue d'emblée…)

Si la méthode joue bien son rôle d’instrument, et que l’artiste joue bien son rôle d’ « instrumentiste » CRÉATEUR (autrement dit : il crée!), en quoi l’ « Art » (avec un grand « A »… et le théâtre avec un grand « T »… whatever) est-il menacés par la méthode?

Ce n’est évidemment pas la méthode qui fait le chef d’œuvre, mais ce n’est pas non plus la méthode qui fait le navet… En outre, ce n’est pas parce qu’on créée un système ou une méthode qu’on vide l’art de son essence… il n’y a pas, pour moi, de contradiction véritable entre méthode (ou recette) et création, entre convergence et divergence (et, pourquoi pas, entre… signifiant et signifié : oui, la distinction de Saussure n’est pas exacte… Mais quel système, quel plan, quelle description l’est? « Une carte n’est pas le territoire » disait Korzybski.)

À mon sens, il n’y a contradiction que lorsqu’il y a pathologie (et inversement…) : dissociation ou fusion (au lieu d’intégration) entre la méthode et la création, entre l’outil et le créateur, entre le but (même imprécis) et les instruments pour y parvenir.

Pour ma part, j’aime mieux créer avec de bons outils… Mais bon, ça dépend des jours : parfois je pique-nique, j’improvise...

Amicalement,

Menez

-----Original Message-----
From: owner-queatre@uqam.ca [mailto:owner-queatre@uqam.ca] On Behalf Of Serge Ouaknine
Sent: jeudi 29 juin 2006 03:31
To: Liste de discussion en francais sur le theatre
Subject: Considérations sur la dramaturgie scénique ( No 2)

Oui André tu as raison. Totalement. Brecht comme Artaud serait, tout autant,

d'accord avec ta considération.

L’inconvénient de la proposition de Yannick est qu'elle figure, au fond  une

recherche de procédés fabricateurs -- alors que l'art procède de processus

créateurs. Ce qui est bien différent, en substance, et les effets ne sont pas

identiques aux deux cas de figures. C’est toute la différence entre « création

» et « production ».

Les procédés croient aux "recettes "  normatives fabricatrices  de produits,

les processus  aux découvertes  et transgressions innovatrices. La création.

Voilà pourquoi son postulat d'imitation du réel est faux. Il sera toujours

faux. La mimesis n'est pas une copie d'une vie virtuelle, c’est l’art qui

exemplifie une virtualité dont la vie n'est que le référent. L’artifice est ce

par quoi le théâtre  travestit le réel pour en faire entendre le vrai. 

Si de tels procédés existaient, alors il  serait  mis fin à la fonction «

révélatrice » de l'artiste, ou du moins énonciatrice de regards et d'écoutes

différents.

L’art est ce mensonge par lequel la vie résonne plus vraie que nature.

Une somme d'effets bien équilibrés ou dosés constituent tout au plus "un art

décoratif". Un créateur ne sait pas  ce qu’il veut obtenir (cette idée

saussurienne de « contenu et de contenant » , de « fond et de forme » n’est pas

exacte).

Le processus intuitionne le chemin. L’œuvre surprend l’artiste en premier.

Par contre, là où les méthodes de fabrication assèchent le métier, il y a des

stratégies de dispositifs d'actions qui le dynamisent. Par exemple, je

constate, que tout discours scénique joue sur le proche et le lointain.  Juste

cela  suffirait à faire un livre. L’obsession fabricatrice des effets peut

rassurer et peut faire croire qu’il y a un « grand livre » des 100 000

situationa dramaturgiques ( pour paraphraser  un ouvrage  connu) .. il n’en est

rien.

C’est  en quoi le théâtre est  un bastion de liberté et non une usine  à

spectacles.

amitié

Serge Ouaknine

--- BOURASSA ANDRE G <bourassa.andre_g@uqam.ca> a écrit :

> Bonjour,

> Il me semble que ton argumentation de base, Yannick (je ne parle pas ici

> des exemples), oscille un peu trop entre le vrai et le vraisemblable, la

> performance et le théâtre. Ce dont nous avons hérité des Grecs, c'est

> d'accepter que le dieu ou le roi, la déesse ou la reine qu'on voit et

> entend sur scène, sont en réalité notre voisin ou notre voisine qui en

> tiennent le r:ôle. L'action théâtrale est essentiellement simulée. Oui,

> comme disant Ubersfeld, au théâtre un peut tuer un lapin, mais chaque soir

> le même lapin.

> Le drame scénique est une action, certes, mais essentiellement mimésis,

> imitée de l'action réelle. Ceci dit, paradoxalement, l'action scénique, si

> "artificielle" qu'elle soit, contribue à l'action réelle;c'est en cela, il

> me sem,ble,qu'Artaud avait raison, lui qui voyait la vie comme un double

> du théâtre, et non le théâtre comme un double de la vie.

> Amitiés, André G. Bourassa.

>

>

>



       

       

               

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