référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2006-09/msg00008.html
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RE : La mise en scene du crime Serge Ouaknine



Bonjour Bernard Da Sousa,

Je suis comme vous touché par cet événement luciférien, au Collège Dawson.
Je reste persuadé que la société du virtuel, en faisant disparaître la
frontière entre réalité et fiction, encourage ou plutôt ces dérives. 
Je crois aussi qu'une société  d'extrême médiatisation éclipse la "sacralité "
du vivant de la valeur d'une vie de chair et de sang. L'apprentissage du crime
se fait par celui de l’irréalité du « visage de l'autre » dont nous parle
Lévinas. 
La banalisation de la violence palpable commence avec la violence écranique.
Finalement tuer une icône sur jeu video ce n'est plus  retirer une  âme mais
juste éclipser du regard une image animée, un obstacle au fantasme de soi à
exister par délégation virtuelle... Ainsi tombe la frontière entre réalité et
fiction. Hélas. 
Le théâtre nous pousse à l’humanité, à confronter l'humus et la prégnance de la
vie, son épaisseur de temps et de lumière, avec ou sans coulisse l’artiste sait
quand il entre ou sort de son personnage. Cette folie là est saine car l’amour
commence avec la « distance »  qui nous permet de distinguer le « visage de
l’autre ».

bien à vous 
Serge Ouaknine
.
--- Bernard da Sousa <bernardasousa@videotron.ca> a écrit :

> Bonjour,
> On comprendra que l'assassinat de la jeune Anastasia De Sousa, abattue hier
> dans son collège par un tireur fou, m'ait particulièrement touché, même s'il
> n'y a aucun lien de parenté.
> Mais au-delà d'une profonde tristesse partagée, je suis très frappé par
> cette mise en scène du crime dont nous découvrons  maintenant les traces:
> blog annonciateur, costume et coiffure gothiques, photos du protagoniste
> disponibles sur le Web, suicide annoncé: que penser de telles "performances"
> morbides? En quoi certaines scènes de nos télés, cinémas, jeux vidéos, sites
> Internet ou théâtres peuvent-elles contribuer à faire sauter les plombs d'un
> spectateur?
> Il y a toujours eu des morts sur scène. Les pièces représentant Oreste,
> Brutus ou Macbeth ne sont-elles pas tout le contraire du modèle
> d'assassinat? Est-ce la complaisance mélodramatique sur le mode de mise à
> mort, l'exploitation du spectaculaire qui catalyse à l'envers, qui obtient
> le contraire de la catharsis? Est-ce Brecht qui avait raison? Artaud
> serait-il en train de nous trahir?
> Sincèrement, Bernard da Sousa. 
> 
> 
> 



	

	
		
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