référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2007-10/msg00007.html
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Re: Pour une meilleure compréhension des phénomènes neuroscientifiques Daniel Mroz



Title: Re: Pour une meilleure compréhension des phénomènes neuroscientifiques
Bonjour Yannick,

Pour mieux comprendre le fonctionnement du corps en conditions de performance et les réactions émotionelles, je vous suggère:

Selye, Hans
S
elye's Guide to Stress Research
1980, Van Nostrand Reinhold

LeDoux, Joseph
Synaptic Self
2002, Penguin

Sapolsky, Robert
Why Zebra’s Don’t Get Ulcers
1998, Freeman

Damasio, Antonio
Descartes’ Error

Austin, James
Zen and the Brain

Bonne lecture,

Daniel


Daniel Mroz, Ph.D.
 
Assistant Professor of Theatre / Professeur adjoint de théâtre
University of Ottawa / Université d'Ottawa

www.uottawa.ca/academic/arts/theatre/eng/mroz.html

Director, One Reed Theatre Ensemble
www.onereedtheatre.com
 
The Dancing Word/la Parole qui danse homepage
www.dancingword.wordpress.com




On 10/25/07 1:10 PM, "THÉÂTRE 3R" <theatre3r@sympatico.ca> wrote:

Bonjour, ce message remplace le précédent où je viens de constater une erreur et la corrige par ce nouveau message.
Merci

Bonjour à vous,

Je vous avais promis de me pencher sur le sujet du fonctionnement du corps humain, et comme me l’avait proposé Bernard da Sousa, j’emprunte actuellement un champ, celui des neurosciences, pour investiguer cette partie de la théâtrologie. Mon but est toujours de mieux comprendre le créateur, l’acteur et le spectateur lorsqu’ils utilisent leurs perceptions, comment ils vivent et suscitent des  émotions chez soi et les autres, qu’est-ce que l’action et comment on la produit, comment on lui donne du sens et comment on utilise nos mémoires pour créer et donner du sens. J’essaie de me restreindre à cela.

J’observe d’abord que les sciences qui observent le cerveau et l’action des neurones (les nerfs) depuis une vingtaine d’années ont clarifié passablement de concepts et de phénomènes, et que les discours sur les émotions de James, du conditionnement de Pavlov, du travail de Taylor et de l’inconscient de Freud se sont passablement développés depuis… un siècle maintenant.

La question n'est plus  "doit-on dire : « Je vois un ours, j’ai peur, donc je tremble » ou « Je vois  un ours, je tremble donc j’ai peur » ?" comme l'avait rappelée Laure Donzé, puisque le fonctionnement des yeux, de l'amygdale et du système nerveux nous amène à reformuler cette phrase par :
"Je vois quelque chose de gros en mouvement vers moi, je suis prêt à fuir et je tremble, j'ai peur, je reconnais un ours et je ne fuis pas." Le tout en quelques centièmes de secondes!

Une première question s’impose : pourquoi la pratique théâtrale ne s’inspire plus du discours scientifique actuel, comme le faisaient les contemporains de Stanislavski, Craig et Meyerhold ? Est-ce dû simplement à l’opacité du discours scientifique pour le néophyte ? Au cloisonnement des milieux : les  scientifiques n’ont plus de formation et donc peu d’intérêt pour le monde  des « humanités », et vice versa ?

L’Université McGill à créer récemment un site sur le cerveau et son fonctionnement, où de nombreux concepts sont clairement explicités. Mais les liens avec le  monde de la création restent à faire.

Je vous propose aujourd’hui une piste de réflexion sur le phénomène de l’Action,  plus précisément comment un être doté d'un système nerveux comme le nôtre  apprend un geste à partir de quelqu’un qui l’effectue (par exemple un metteur  en scène à un acteur), également comment on peut donner du sens, une signification,  à une action que l’on voit (par exemple, le spectateur qui voit l’action de l’acteur jouant un personnage). Je recopie ici un encadré issu d’une des pages du site de l’Université McGill pour initier la discussion.


« Encadré sur les cellules miroirs.
Dans l’aire F5 du cortex prémoteur ventral du singe, on a découvert, vers le milieu des années 1990, que certains neurones émettaient des potentiels d’action non seulement lorsque le singe faisait un mouvement de la main ou  de la bouche, mais aussi lorsqu’il regardait simplement un autre animal ou  un humain faire le même geste. On appela ces neurones des « neurones miroirs  » parce que l’action observée semble reflétée, comme dans un miroir, dans  la représentation motrice de la même action chez l’observateur.

Outre les neurones miroirs qui s’activent lorsque nous voyons se réaliser la même action que celle pour laquelle ils sont impliqués quand nous la faisons,  un autre type de neurones dits «canoniques» s’activent quant à eux à la simple  vue d’un objet saisissable par le mouvement de préhension de la main codé  par ce neurone. Comme si cerveau anticipait une interaction possible avec  cet objet et se préparait en conséquence.

Ces deux types de neurone ont cependant en commun de générer tous les deux une représentation interne d’une action, qu'elle soit effectuée, vue ou anticipée.  Parce que nous pouvons prévoir les conséquences de nos propres actions, certains  ont avancé que les neurones miroirs pourraient être le substrat neuronal de notre capacité à comprendre également la signification d’une action faite  par autrui.

Or cette compréhension des actions de l’autre est à la base des relations sociales et particulièrement de la communication interindividuelle. Cette découverte revêt donc un caractère extrêmement intéressant pour expliquer comment on peut se représenter l'état d’esprit et les intentions des autres. Enfin, le fait que l’aire F5 chez le singe est considérée comme l’homologue de l’aire de Broca chez l’humain suggère aussi une implication des neurones miroirs dans la communication humaine. »

C'est à mon point de vue une piste intéressante pour clarifier comment nous  apprenons et comprenons, sans en prendre "vraiment" conscience !

Yannick Legault, dramaturgiste de la représentation
Et maintenant doctorant à l'Université Laval au programme de littérature, art de la scène et de l'écran.