référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-04/msg00025.html
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=?utf-8?B?UmUgOiBEZSB0b3V0ZSDDqXZpZGVuY2UsIGlsIHkgYSDDqWNvdXRlIGFjdGl2?==?utf-8?B?ZQ==?= Serge Ouaknine



De toute Ă©vidence, il y a Ă©coute active

Queatre m’a donnĂ© des ailes pour Ă©crire car j’avais le sentiment d’être en contact immĂ©diat avec une communautĂ© vivante. Internet : vĂ©ritable scène de théâtre, sans loges, sans parterre, sans proscĂ©nium  ni rideau, plancher virtuel traversĂ© de voix d’acteurs sans visage, un outil de partage prodigieux que je m’y suis lancĂ© Ă  corps perdu.
Je pensais voir rebondir des articles de fond, une sorte de veillĂ©e fraternelle dont lĂ  question du théâtre Ă©tait le lien. HĂ©las, les Ă©chos et rĂ©ponses, furent faibles, Ă©conomes, et parfois hostiles. Ma dĂ©ception fut de m’être rendu Ă  une certaine propension des membres Ă  consommer des « nouvelles utiles », des rĂ©fĂ©rences livresques ou conceptuelles, en prenant peu de risques, peu de dĂ©bats quant aux mutations de notre art, ses dĂ©fis et multiples visages… Je regrette la prudence des membres Ă  s’impliquer intellectuellement et artistiquement, Ă  tous les niveaux, comme si chacun avait eu peur d’être volĂ©. Ce n’est lĂ  qu’une gĂ©nĂ©ralisation certes, Ă  cĂ´tĂ© de moments d’envols lumineux. Car il existe d’autres sites oĂą la clameur, des Ă©changes est quasi interrompue. On y nage sans crainte de mettre Ă  nu, doutes et expĂ©riences, connaissance et innocence. Sur Queatre, au fil des annĂ©es, il me semble avoir dĂ©notĂ© une certaine fracture dans les prĂ©occupations, celles des professeurs plutĂ´t littĂ©raires et thĂ©oriciens demandant in abrupto une bibliographie et, par ailleurs, de jeunes artistes ou pĂ©dagogues de l’art, plus friands de mĂ©thodes et de procĂ©dĂ©s fabricateurs, sans nous faire partager des expĂ©riences ou processus crĂ©ateurs. Il est clair qu’un Ă©change de rĂ©fĂ©rences ne se suffit pas Ă  construire une fraternitĂ©. Quelques amis me firent entendre que ce n’est pas le  lieu. NĂ©anmoins, au fil de ces quinze dernières annĂ©es, nous avons Ă©tĂ© quelques uns (certains ont quittĂ© ce monde), Ă  avoir espĂ©rĂ© jeter un pont entre les ĂŞtres et les disciplines, chargĂ©s d’élans parfois trop abondants ou « pĂ©remptoires » -- je reconnais ce travers -- on me l’a souvent reprochĂ©.  Je n’en regrette rien. Certes chacun fait son chemin. Il y va peut-ĂŞtre d’une diffĂ©rence de gĂ©nĂ©rations : la flamme des utopies face Ă  un monde plus pragmatique, plus dur, oĂą le court terme est la règle. Toutefois, avoir pu jeter des bouteilles Ă  la mer et en avoir aussi tant recueillies, baignĂ©es de tant d’ocĂ©ans et de tant de pays, de locuteurs francophones si diversifiĂ©s et parfois si lointains ( je me souviens de la douce sensation qui me traversa quand, une nuit, une question sur Molière arriva d’au-delĂ  du Cercle polaire norvĂ©gien). Queatre connut des moments d’euphorie, le goĂ»t d’une parole ouverte et infinie.... Peut-ĂŞtre qu’à prĂ©sent conviendrait-il de susciter des thèmes de rĂ©flexion, de gĂ©rer une page rĂ©gulière de tĂ©moignage ou de reportages sur un spectacle, de permettre des clips photos ou vidĂ©o.  Je reçois via Internet le New York Time et d’autres journaux Ă©lectroniques et j’avoue avoir un  rĂ©el bonheur Ă  circuler dans des reportages iconiques d’Expos de MusĂ©e ou de critiques illustrĂ©es de spectacles, ou d’être au courant des dernières innovations technologiques. Certes ce sont des messages passifs. QuĂ©atre, comme le dit si justement Henri BĂ©har, n’est plus une  « liste de discussion ».
Quel que soit le destin de Queatre, je suis profondĂ©ment reconnaissant envers notre collègue  AndrĂ© Bourassa de l’avoir initiĂ©e et entretenue, malgrĂ© ses handicaps, d’être restĂ© alerte, et d’avoir su faire rebondir ce formidable rĂ©seau d’échanges.
Le reste dépend de votre temps de clavier et de votre audace.

Serge
27-4-2009


--- En date de : Dim 26.4.09, Andre G. Bourassa <bourassa.andre_g@uqam.ca> a Ă©crit :

De: Andre G. Bourassa <bourassa.andre_g@uqam.ca>
Objet: De toute Ă©vidence, il y a Ă©coute active
Ă€: "Liste de discussion en francais sur le theatre" <queatre@uqam.ca>
Date: Dimanche 26 Avril 2009, 17h04

Bonjour!
Vos réponses me touchent beaucoup. Mais non, Claude, ce n'était pas une provocation voulue. Je me demandais vraiment si je ne maintenais pas cette liste sous respirateur artificiel. Vos réponses (assez nombreuses pour que je sois obligé de faire libérer le quota) montrent bien qu'il y a écoute active et que la liste est plus qu'un dazobao, ce qui est déjà pas si mal.
Oui, Jean-Claude, le nom de la liste ne sonne pas bien. Je pourrais profiter de l'occasion pour le changer: jc'est Ă  voir. J'aurais un autre nom en vue, peu ou pas connu mais plus significatif.. 
Pour l'instant, je vous laisse sur ce mot personnel que m'a fait parvenir mon vieux complice, Henri BĂ©har

----- Message d'origine -----
EnvoyĂ© : samedi 25 avril 2009 10:48
Objet : Re: La liste Quéâtre est-elle encore pertinente?

Cher André,
(je te réponds personnellement parce que mon adresse la plus courante est toujours rejetée par l'automate.)
Ta question est tout Ă  fait pertinente, et je dois te dire que je me la pose souvent en tant que modĂ©rateur-propriĂ©taire-gĂ©rant de la liste MĂ©lusine (qui compte actuellement 800 abonnĂ©s). Comme toi, j'ai souvent l'impression de me faire l'agent de publicitĂ© ou le relai pour des gens qui se servent des moyens que nous mettons Ă  leur disposition sans envisager d'Ă©change... Et, comme toi, je te l'ai dĂ©jĂ  Ă©crit, j'ai le sentiment que les vieux "Ă©mĂ©rites" que nous sommes auraient dĂ» ĂŞtre remplacĂ©s par de jeunes et dynamiques modĂ©rateurs depuis longtemps! 
En somme, la liste est considĂ©rĂ©e comme un bulletin, un moyen d'information, et non comme un instrument de liaison entre les abonnĂ©s qui Ă©changeraient des questions, des points de vue, des pratiques, etc. Ce n'est plus une liste de discussion, et c'est ce que nous regrettons.
Mais Queatre reste un instrument de liaison unique entre enseignants-chercheurs francophones, dépassant les frontières d'un état-nation, elle répond à un réel besoin, et je ne vois pas de raison pour qu'elle cesse ses activités, même temporairement.
S'il est vrai qu'une question n'a suscité que 2 réponses, j'en ai conclu, pour ma part, à son originalité: la bibliographie était vide sur le sujet.
Reste peut-être à te trouver un suppléant, pour une partie de l'information, et à presser les abonnés pour qu'ils soient un peu plus actifs...
Pour ce qui me concerne avec Mélusine, il me semble que la synthèse hebdomadaire (confiée à Eddie Breuil) est vivement appréciée: elle donne un aperçu sur l'actualité du surréalisme et de ses alentours.
Et s'il m'arrive de faire ce que tu nommes joliment le dazibao, je dois dire que c'est avec plaisir, pour des ouvrages ou des articles qui, sans nous, resteraient inconnus. Là encore, j'aimerais plus de réactivité de la part de nos lecteurs. Au moins sont-ils au courant...
En conclusion, il faut que les abonnés se secouent et prennent les choses en mains. Mais surtout pas de vide, qui serait comblé par on ne sait quoi, dans la mesure où tout ce que tu indiques relève du pire individualisme.
Courage, donc, et bien cordialement Ă  toi. HB