référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-07/msg00007.html
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Chère Marie-Josée, chèrs amis,

il y a quelques semaines s'est tenue, ici à Leipzig, la rencontre annuelle des intendants des théâtres allemands. Je rappelle pour ceux qui ne le savent pas, que les théâtres de la République Fédérale sont entièrement subventionnés. Ils n'ont pour ainsi dire pas à se battre pour survivre, ils n'ont qu'a créer. Ne voyez aucune hypochrisie de ma part, j'aime ce théâtre. Hélas sa force qui était le manque de naiveté en est venue à constater une cruelle faiblesse:

on ne parvient plus, non, disons, on ne sait plus mettre en scène de théâtre politique.

En vous lisant, Marie-Josée, je me suis demandé si nos collègues nord-américains ou plus précisément franco-canadiens, disposaient d'une meilleure vision de ce genre de théâtre. "Meilleure" n'est peut-être pas le terme exact mais j'espère néanmoins me faire comprendre... un peu!

En fait même si je comprends le sens de votre utilisation de la formule "idéologie politique", j'en viens justement à me demander si notre problème ne viendrait précisément pas du fait qu'en ce qui nous concerne aujourd'hui, nous ne disposons plus d'une idéologie contraire au nom de laquelle nous pourrions créer, que nous pourrions revendiquer pour contrebalancer le systéme dominant? Un peu comme Brecht pouvait le faire en se réclamant d'un socialisme à visage humain! Tel qu'il le structura au BE.

Comment vous confrontez-vous au Canada et au Québec avec ce principe de théâtre politique, de théâtre engagé, de théâtre contestataire... ? Pensez-vous que le courage d'un engagement ne peut pas se découvrir à l'intérieur d'une structure subventionnée comme bon nombre le pensent ici? Evidemment que tout théâtre est toujours politique quelque part, il est inutile de revenir là-dessus. La tendance européenne qui semble se dessiner (pour l'avoir également constatée en Pologne, Slovaquie, Autriche et Suisse) évoquerait davantage un théâtre ethno-social ou socio-ethnologique, une sensation privée, intime, regroupée aux castes, aux classes, aux origines et provenances, aux religions, etc... Un cruel défaut de sentiment, d'idéologie, universel se fait sentir. Est-ce également vos sensations sur vos scènes ou est-ce exactement ce dont nous (vous?) n'avons plus besion: un théâtre idéologiquement affirmé ?

Merci à tous et à bientôt.

 
Dov E. Dorozkhin
"La Compagnie" - Victor Jara
Zschochersche Str. 12
04229 Leipzig



De : marie-josée plouffe <marieplouffinette@hotmail.com>
À : Liste de discussion en francais sur le theatre <queatre@uqam.ca>
Envoyé le : Lundi, 20 Juillet 2009, 17h44mn 16s
Objet : Reflexion estivale après avoir visité mascarille

Merci Émile Zeizig,
 
Pour cette invitation heureuse et généreuse.  J'ai visité la galerie du site mascarille : Festival d'Avignon (officiel et off, exposition des marionnettes de Craig).  Enfermée dans mon bureau, à écrire, ça me branche un peu sur l'extérieur, sur ce qui se vit ailleurs.  Merci pour ce geste bienveillant.  
 
Je me suis arrêtée plus longuement sur les photos de La Menzogna de Pippo Delbono... ça m'a replongée dans cet univers qui me fascine... (comme je m'intéresse à la pratique théâtrale des personnes «handicapées», j'ai assisté à une représentation de «Questo buio feroce» de Pippo Delbono, au Festival des Amériques).  Pour moi Pippo Delbono est un poète qui met en scène ce qui le touche, la beauté subjective des êtres.  Je ne perçois pas qu'il représente le handicap, mais la beauté vulnérable des êtres.
 
Réflexion sur un phénomène social récent :
Je vis à une époque où la pratique théâtrale est soutenue par une certaine idéologie politique qui la veut de plus en plus accessible, décentralisée, démocratique. Les clubs de l'âge d'or, les jeunes de la rue, les regroupements de personnes handicapées ont leur représentation annuelle... un peu en parallèle (il me semble) avec ce qui se fait dans le réseau culturel institutionnalisé. Pourtant, je ne sais pas si ces personnes qui s'approprient un espace «pour se dire», fréquentent plus les Festivals ou les musées.  Je ne porte pas de jugement... ma question est ouverte et il n'y a pas de mauvaises réponses.
 
Assistons-nous à une réelle démocratisation de l'art ou à de multiples cloisonnement, c'est à dire à une multiplication de pratiques cloisonnées ?
 
Le poète est pour moi celui qui, avec la candeur et la ferveur de l'enfant, glisse sa main dans sa poche et en ressort un caillou, en disant : «Regarde comme elle est belle ma roche!».  Pippo Delbono est, pour moi, comme cet enfant... peu importe ce que le «spectateur» perçoit, l'enfant continue de trouver belle sa roche.
 
Comment pouvons-nous reconnaître le poète ? Dans cette multiplication de pratiques, de petites sociétés autarciques qui se forment, et parfois se débattent pour survivre... 
 
Marie-Josée Plouffe
Département des arts
Université du Québec à Trois-Rivières
Marie-Josee.Plouffe@uqtr.ca
 
 
> To: queatre@uqam.ca.
> Subject: Festival d'Avignon 2009
> Date: Thu, 16 Jul 2009 04:26:17 -0400
> From: zeizig@neuf.fr
>
> Bonjour,
>
>
>
> il y a quelques semaines lorsqu'André Bourassa nous a demandé si la
> liste était toujours d'un intérêt pour nous, la majorité a répondu
> qu'elle nous était indispensable.
>
> Pour autant, elle est retombée dans une certaine torpeur, espérons-le,
> purement estivale.
>
> Il est vrai qu'ici, en Avignon, nous frisons les 35° au soleil...
>
>
>
> Je m'étais engagé à vous faire part de mes réflexions sur les pièces
> présentées lors de ce 63ème festival.
>
> J'ai la chance, comme photographe, d'assister à la majorité d'entre
> elles.
>
> N'ayant, pour l'instant, pas le temps matériel de rédiger (Des
> productions de 11h ne laissent pas beaucoup de temps libre !), je vous
> propose, pour patienter, de retrouver les photos d'une vingtaine de
> spectacles sur mon site www.mascarille.com
>
>
>
> Les québécois très nombreux cette année, pour soutenir - ou parfois
> critiquer ! - l'artiste invité, Wajdi Mouawad, pourraient peut-être
> nous faire part de leurs impressions sur les productions auxquelles ils
> ont assisté...
>
>
>
> Cordialement
>
> Emile Zeizig
>
>
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>
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> Nous recommandons de ne pas diffuser de courriels tra�nant toute
> une s�rie de messages ant�rieurs. Pour conna�tre les interventions
> pr�c�dentes, voir: <http://www.er.uqam.ca/listes/arc/queatre/>.
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