référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-07/msg00009.html
     Chronologie         
     Conversation       

=?utf-8?B?VGjDqcOidHJlIHBvbGl0aXF1ZSBldCBmaW4gZGVzIGlkw6lvbG9naWVzID8g?==?utf-8?B?Li4u?= Serge Ouaknine



Bonsoir

Parlant de théâtre politique, le dramaturge suisse Durrenmatt disait que la tragédie n'était plus possible.... car :
                           ''Aujourd'hui, on ne peut plus agir sur quelque chose. On ne peut agir     que sur quelqu'un''

Je crois comprendre que ''quelque chose " renvoie Ă  une ''cause politique '', un Ă©vĂ©nement ou une situation  qui met en jeu  la croyance  collective ( la chose publique ),  par contre, il pense que la place possible du théâtre est d'agir sur ''quelqu'un" , c'est Ă  dire un repli  de l'idĂ©ologique sur l'intimitĂ©... Le travail ''sur'' un ĂŞtre et non ''pour'' une cause... Il dĂ©clara cela dix ans avant la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc marxiste des pays de l'Est...
Mais pourrait -on dire que l'écologie est une cause sans idéologie... ou une conscience environnementale et climatique, sans conscience aucune des enjeux socioéconomiques d'une catastrophe annoncée.
L'idĂ©ologique ne fut-il pas construit sur un refoulĂ© du religieux. -  voire un retour massif du religieux et son corollaire,  les fondamentalismes...

Jean Duvignaud, dans une célèbre formule, écrivit (Le théâtre - essai sur les ombres collectives) :
                      ''Le théâtre commence quand le ciel se vide'''

Le capitalisme aurait-il réussi à nous convaincre de l'existence d'un monde ''sans classes''..
Depuis une dizaine d'annĂ©es, le théâtre occidental travaille sur les mises en abĂ®me du sujet, comme si la vacuitĂ© idĂ©ologique  ne permettait plus que le jeu vide de la forme...

Alors camarades oĂą en sommes -nous ?
OĂą en sommes-nous vraiment ?

Serge Ouaknine

Chère Marie-Josée, chèrs amis,

il y a quelques semaines s'est tenue, ici à Leipzig, la rencontre annuelle des intendants des théâtres allemands. Je rappelle pour ceux qui ne le savent pas, que les théâtres de la République Fédérale sont entièrement subventionnés. Ils n'ont pour ainsi dire pas à se battre pour survivre, ils n'ont qu'a créer. Ne voyez aucune hypochrisie de ma part, j'aime ce théâtre. Hélas sa force qui était le manque de naiveté en est venue à constater une cruelle faiblesse:

on ne parvient plus, non, disons, on ne sait plus mettre en scène de théâtre politique.

En vous lisant, Marie-Josée, je me suis demandé si nos collègues nord-américains ou plus précisément franco-canadiens, disposaient d'une meilleure vision de ce genre de théâtre. "Meilleure" n'est peut-être pas le terme exact mais j'espère néanmoins me faire comprendre... un peu!

En fait même si je comprends le sens de votre utilisation de la formule "idéologie politique", j'en viens justement à me demander si notre problème ne viendrait précisément pas du fait qu'en ce qui nous concerne aujourd'hui, nous ne disposons plus d'une idéologie contraire au nom de laquelle nous pourrions créer, que nous pourrions revendiquer pour contrebalancer le systéme dominant? Un peu comme Brecht pouvait le faire en se réclamant d'un socialisme à visage humain! Tel qu'il le structura au BE.

Comment vous confrontez-vous au Canada et au Québec avec ce principe de théâtre politique, de théâtre engagé, de théâtre contestataire... ? Pensez-vous que le courage d'un engagement ne peut pas se découvrir à l'intérieur d'une structure subventionnée comme bon nombre le pensent ici? Evidemment que tout théâtre est toujours politique quelque part, il est inutile de revenir là-dessus. La tendance européenne qui semble se dessiner (pour l'avoir également constatée en Pologne, Slovaquie, Autriche et Suisse) évoquerait davantage un théâtre ethno-social ou socio-ethnologique, une sensation privée, intime, regroupée aux castes, aux classes, aux origines et provenances, aux religions, etc... Un cruel défaut de sentiment, d'idéologie, universel se fait sentir. Est-ce également vos sensations sur vos scènes ou est-ce exactement ce dont nous (vous?) n'avons plus besion: un théâtre idéologiquement affirmé ?

Merci Ă  tous et Ă  bientĂ´t.

 
Dov E. Dorozkhin
"La Compagnie" - Victor Jara
Zschochersche Str. 12
04229 Leipzig



De : marie-josée plouffe <marieplouffinette@hotmail.com>
Ă€ : Liste de discussion en francais sur le theatre <queatre@uqam.ca>
Envoyé le : Lundi, 20 Juillet 2009, 17h44mn 16s
Objet : Reflexion estivale après avoir visitĂ© mascarille

Merci Émile Zeizig,
 
Pour cette invitation heureuse et gĂ©nĂ©reuse.  J'ai visitĂ© la galerie du site mascarille : Festival d'Avignon (officiel et off, exposition des marionnettes de Craig).  EnfermĂ©e dans mon bureau, Ă  Ă©crire, ça me branche un peu sur l'extĂ©rieur, sur ce qui se vit ailleurs.  Merci pour ce geste bienveillant.  
 
Je me suis arrĂŞtĂ©e plus longuement sur les photos de La Menzogna de Pippo Delbono... ça m'a replongĂ©e dans cet univers qui me fascine... (comme je m'intĂ©resse Ă  la pratique théâtrale des personnes «handicapĂ©es», j'ai assistĂ© Ă  une reprĂ©sentation de «Questo buio feroce» de Pippo Delbono, au Festival des AmĂ©riques).  Pour moi Pippo Delbono est un poète qui met en scène ce qui le touche, la beautĂ© subjective des ĂŞtres.  Je ne perçois pas qu'il reprĂ©sente le handicap, mais la beautĂ© vulnĂ©rable des ĂŞtres.
 
Réflexion sur un phénomène social récent :
Je vis Ă  une Ă©poque oĂą la pratique théâtrale est soutenue par une certaine idĂ©ologie politique qui la veut de plus en plus accessible, dĂ©centralisĂ©e, dĂ©mocratique. Les clubs de l'âge d'or, les jeunes de la rue, les regroupements de personnes handicapĂ©es ont leur reprĂ©sentation annuelle... un peu en parallèle (il me semble) avec ce qui se fait dans le rĂ©seau culturel institutionnalisĂ©. Pourtant, je ne sais pas si ces personnes qui s'approprient un espace «pour se dire», frĂ©quentent plus les Festivals ou les musĂ©es.  Je ne porte pas de jugement... ma question est ouverte et il n'y a pas de mauvaises rĂ©ponses.
 
Assistons-nous à une réelle démocratisation de l'art ou à de multiples cloisonnement, c'est à dire à une multiplication de pratiques cloisonnées ?
 
Le poète est pour moi celui qui, avec la candeur et la ferveur de l'enfant, glisse sa main dans sa poche et en ressort un caillou, en disant : «Regarde comme elle est belle ma roche!».  Pippo Delbono est, pour moi, comme cet enfant... peu importe ce que le «spectateur» perçoit, l'enfant continue de trouver belle sa roche.
 
Comment pouvons-nous reconnaĂ®tre le poète ? Dans cette multiplication de pratiques, de petites sociĂ©tĂ©s autarciques qui se forment, et parfois se dĂ©battent pour survivre... 
 
Marie-Josée Plouffe
DĂ©partement des arts
Université du Québec à Trois-Rivières
Marie-Josee.Plouffe@uqtr.ca
 
 
> To: queatre@uqam.ca.
> Subject: Festival d'Avignon 2009
> Date: Thu, 16 Jul 2009 04:26:17 -0400
> From: zeizig@neuf.fr
>
> Bonjour,
>
>
>
> il y a quelques semaines lorsqu'André Bourassa nous a demandé si la
> liste était toujours d'un intérêt pour nous, la majorité a répondu
> qu'elle nous Ă©tait indispensable.
>
> Pour autant, elle est retombée dans une certaine torpeur, espérons-le,
> purement estivale.
>
> Il est vrai qu'ici, en Avignon, nous frisons les 35° au soleil...
>
>
>
> Je m'étais engagé à vous faire part de mes réflexions sur les pièces
> présentées lors de ce 63ème festival.
>
> J'ai la chance, comme photographe, d'assister à la majorité d'entre
> elles.
>
> N'ayant, pour l'instant, pas le temps matériel de rédiger (Des
> productions de 11h ne laissent pas beaucoup de temps libre !), je vous
> propose, pour patienter, de retrouver les photos d'une vingtaine de
> spectacles sur mon site www.mascarille.com
>
>
>
> Les québécois très nombreux cette année, pour soutenir - ou parfois
> critiquer ! - l'artiste invité, Wajdi Mouawad, pourraient peut-être
> nous faire part de leurs impressions sur les productions auxquelles ils
> ont assisté...
>
>
>
> Cordialement
>
> Emile Zeizig
>
>
>
> ---------------------------------------------------------------queatre-+
> _______________________________________________________________________________
>