référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-11/msg00014.html
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Jean Genet ( suite au Maroc) + outil de formation Serge Ouaknine



Jean Genet ( suite )

 

Jean Genet a longuement sĂ©journĂ© au Maroc, Ă  Tanger, ou rĂ©sidait son amant. Genet a pris position politiquement pour la cause palestinienne, Ă  laquelle il a identifiĂ© certaines de ses propres figures symboliques théâtrales. Genet Ă  Ă©crit un livre lĂ -dessus dans la continuation de sa solidaritĂ© antĂ©rieure avec AngĂ©la Davis et les Black Panters des USA. Le nom de son amant m'Ă©chappe mais il a publiĂ© un journal dĂ©taillĂ© de leurs relations  ainsi que sur d'autres Ă©crivains gays du "cercle tangĂ©rois".

Le journal Le Monde lui a consacrĂ© un vaste article il y a deux ans.  Genet a lĂ©guĂ© ses droits d'auteur Ă  cet ami. Il a requis, aussi je crois, d'ĂŞtre enterrĂ© au Maroc.

Pardonnez moi, mais je suis présentement loin de mes archives et documents, d'autres personnes sur le réseau pourront compléter cette information.

 

Pour ma part, j’ai montĂ© par deux fois «  Le Balcon Â» de Jean Genet. La première fois au Théâtre Laboratoire de Wroclaw, Ă  la demande de Jerzy Grotowski, Ă  titre d’ exercice (1966) , car me prĂ©cisa-t-il :  « Le Balcon est la pièce de théâtre la plus magistrale pour  comprendre quoi que ce soit sur les rapports entre rĂ©alitĂ© et fiction, sur les jeux et rituels de l’être et du paraĂ®tre. Sur le vrai et le faux, c’est Ă  dire ĂŞtre juste dans l’artifice d’un rĂ´le,  comprendre sa nĂ©cessaire construction au delĂ  de la crĂ©dibilitĂ© donnĂ©e par le costume. Â».  Cette expĂ©rience fut menĂ©e simultanĂ©ment en  polonais, français et espagnol ( sur un montage que je fis et dirigeais, de grands fragments du texte,  pour 2 acteurs seulement, et une actrice). Je cherchais comment de construire une  partition (quasi chorĂ©graphique), pour cela je fis une sĂ©rie de dessins Ă  partir d’improvisations de jeu, et de cette trame graphique  je pus dĂ©gager ensuite une partition de jeu cohĂ©rente, une sorte de conduction pour les acteurs. C’est Ă  partir de cette première expĂ©rience qu’ensuite je devais aborder la calligraphie et le dĂ©cryptage de l’œuvre majeure de Grotowski : « Le Prince Constant Â» de Calderon/Slowacki (ÉditĂ©e au CNRS dans les Voies de la CrĂ©ation Théâtrale volume 1 – 1970). Je me confrontais Ă  nouveau avec « Le Balcon Â» de Jean Genet, mais cette fois, avec les Ă©lèves de la trop Ă©phĂ©mère École du ComĂ©dien d’Aix en Provence que venait de crĂ©er Antoine Bourseiller (1967-68) et qui fut dissoute après les Ă©vĂ©nements de Mai ’68. Grotowski assista Ă  la reprĂ©sentation de cette expĂ©rience et en il en loua l’originalitĂ©.

« Le Balcon Â» et « Les Bonnes Â» de Jean Genet, de mĂŞme « Le fou et la Nonne Â» de Witkiewicz  ont accompagnĂ©, pendant une trentaine d’annĂ©es ma dĂ©marche de formation d’acteur, Ă  l’UniversitĂ© de Paris VIII et surtout Ă  l’École SupĂ©rieure due Théâtre de l’UQAM, Ă  MontrĂ©al.

Grotowski avait raison, des acteurs en formation doivent d’abord percevoir ce qui sĂ©pare le vrai du faux, et pour cela il convient de les confronter avec une pièce sur le  « simulacre Â», une oeuvre qui, mettant en jeu «l’artifice Â», les incite Ă  distinguer le vrai.

 

bien Ă  vous

Serge Ouaknine