référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-12/msg00011.html
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=?utf-8?Q?RE:_Mes_v=C5=93ux_les_meilleurs_et_..?==?utf-8?Q?.=C3=A0_Loic_sur_la_question_des_styl?==?utf-8?Q?es?= =?utf-8?B?TG/Dr2M=?=



Bonjour Serge, et merci de votre réponse fulgurante.

 

J’adhère tout à fait de façon personnelle aux propos que vous tenez sur le personnage. En pratique, effectivement, dans la ligne stanislavskienne sans vouloir faire mon pédant de service, le personnage est là avec ses états, et l’acteur réagit (ou découvre comme le dirait Ariane Mnouchkine, par exemple) à ses signes intérieurs et extérieurs, à la situation et autre. Oui. Mais justement, et c’est là que vous mettez le doigt sur le problème qui m’occupe, lorsque l’on passe de la création à la réception, au point de vue du spectateur, donc, et que justement, dans notre observation du travail des autres qui sont sur le plateau, nous devons argumenter sur ce qui nous a ou non touché, sur la faculté d’untel ou d’unetelle à avoir précisément trouvé le jeu le plus juste, il nous faut des mots.

C’est sur cette seconde phase, et donc effectivement, pour reprendre votre métaphore, sur le fruit et non sur la racine, que mon problème se situe. Car, comme vous, je ne vois pas le style comme un point de départ, sauf dans des cas très particuliers, comme le travail du masque par exemple.

Evidemment, c’est lĂ  un dĂ©faut très français que de vouloir absolument mettre des Ă©tiquettes, et ne croyez pas que ce poids culturel puisse m’échapper. Disons mĂŞme que dans le cas prĂ©sent je le revendique, avec un soupçon de mauvaise foi. Disons qu’artificiellement je vais volontairement Ă©carter la notion de personnage pour me centrer un peu sur l’acteur et sa manière d’interprĂ©ter. La plupart de nos apprentis ont une sorte de « personnage de travail Â», une façon de jouer qui leur est la plus naturelle dans le travail d’improvisation par exemple. Cette façon souvent marquĂ©e, justement, au niveau du style, va colorer les scènes oĂą ils apparaissent, indĂ©pendamment du texte – qui n’est pas, lui non plus, un prĂ©alable Ă  notre travail. Chacun voit la manière des autres, comme on parlerait de la manière d’un peintre, mais nous peinons Ă  l’expliquer. D’oĂą ma question.

 

Je prendrais un exemple pour tenter de rendre plus clairs mes propos : l’acteur Philippe Caubère qui a Ă©laborĂ© un spectacle de sa vie en plusieurs Ă©pisodes a dĂ©veloppĂ© un style de jeu qui lui est tout Ă  fait particulier, liĂ© en partie au fait qu’il soit seul sur le plateau et qu’il ait Ă  jouer alternativement plusieurs personnages. Technique finalement assez rĂ©pandue, mais avec moins de prĂ©cision, chez d’autres comĂ©diens de moindre qualitĂ©. Le Théâtre du Soleil Ă  Paris, son ancienne « maison Â», a l’hiver dernier organisĂ© un stage auquel il a participĂ©. Des vidĂ©os de ce stage sont visibles sur le site de cette troupe. Si vous avez dĂ©jĂ  vu M. Caubère en scène, vous ne peinerez pas Ă  le reconnaĂ®tre parmi la meute des stagiaires, mĂŞme quand il a un masque ou qu’il se trouve enrubannĂ© dans des vĂŞtements himalayens. Justement Ă  cause de (ou grâce Ă ) son style de jeu. Moi qui ne suis que simple spectateur, je peux tĂ©moigner de cela. Dois-je m’interdire de le qualifier ? Peut-ĂŞtre. Pour ma part, tant qu’on ne les mĂ©lange pas au moment du travail, je ne me suis jamais interdit l’alternance d’une part crĂ©ative - j’ai envie de dire magique ou sacrĂ©e du théâtre - et la part analytique, plus froide et moins excitante mais qui clarifie souvent ma pensĂ©e. Je caricature Ă  dessein vos propos… Juste pour le plaisir rhĂ©torique, et, comme je le disais en ouverture, j’adhère tout Ă  fait Ă  votre opinion d’un point de vue individuel. Dans la tourmente (je rencontre de plus en plus de comĂ©diens ou de metteurs en scène qui remettent en cause cette notion de personnage, voire la combattent) il semble que de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique une certaine forme de tradition l’emporte. Est-ce une vision partagĂ©e ? Les membres ont-ils les mĂŞmes Ă©chos que moi ?

 

Joyeuse dinde Ă  tous, et attention aux marrons.

 

LoĂŻc

 

De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Serge Ouaknine
EnvoyĂ© : mardi 22 dĂ©cembre 2009 00:41
Ă€ : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : RE: Mes vĹ“ux les meilleurs et ...Ă  Loic sur la question des styles

 

LoĂŻc, ne vous souciez pas du style de jeu mais plutĂ´t du processus crĂ©ateur des acteurs. Le style est un fruit, pas une racine. Dites leurs seulement de jouer vraiment plus vite ou vraiment plus lentement que dans la vraie vie.  Et vous verrez  se faire et se dĂ©faire devant vous la variation des styles. Enfin ne pas jouer le sens du texte mais travailler d’abord Ă  partir des ĂŞtres, la vĂ©ritĂ© de la prĂ©sence. Le style est le fruit d’une question ce n’est pas une rĂ©ponse qui prĂ©cède le jeu. Mais vous avez le droit d’avoir et d’inventer des contraintes, d’accessoires, de costumes, d’espace, de proximitĂ© ou de distance, de mouvements extrĂŞmes ou de tremblements immobiles. La vraie question au théâtre est de savoir ce que l’on veut sacrifier. La prĂ©sence est indĂ©pendante du sens des mots. Au dĂ©but on confond la psychologie avec la prĂ©sence de l’âme. Ne mettez pas de mots sur des Ă©motions qui seraient Ă  jouer. Les Ă©motions sont le fruit des sensations cachĂ©es de l’acteur. Les sensations sont formulables, pas les Ă©motions. On me part pas des Ă©motions pas plus que le style ne saurait anticiper le travail. C’est le spectateur qui y arrive. Chercher la sensation  qui vous comble et le style que vous ignorez surgira. Pourquoi OphĂ©lie se suicide-t-elle ? Est elle une trahison ou a t-elle Ă©tĂ© trahie. Hamlet n’est pas nĂ©cessairement le centre du spectacle qui porte son nom. Hamlet n’a pas de style, c’est Ă  vous de donner, autrement, une forme et un sens aux situations qu’il traverse. Essayez OphĂ©lie rageuse, puis OphĂ©lie perverse et charnelle, et OphĂ©lie prude pressĂ©e d’en finir... OphĂ©lie les yeux fuyant ou perdus dans le passĂ©. Vivre n’est pas un style c’est un  point de vue sur la vie que vous devez Ă©lucider. La forme est un retour ce n'est pas un dĂ©part. Le style est ce qui advient comme un bonus  innatendu , comme un cadeau sans boutique.

Bon Noël et, de tout cœur, bonne année!



--- En date de : Lun 21.12.09, LoĂŻc <poclouicou@worldonline.fr> a Ă©crit :


De: LoĂŻc <poclouicou@worldonline.fr>
Objet: RE: Mes vœux les meilleurs pour les Fêtes de la lumière
Ă€: "Liste de discussion en francais sur le theatre" <mascarene@uqam.ca>
Cc: "'Maitre de poste'" <poste@er.uqam.ca>
Date: Lundi 21 DĂ©cembre 2009, 14h26

Bonsoir Ă  tous les membres,

 

Outre mes meilleurs vĹ“ux (chez moi, l’on dit « Paci e saluta Â», paix et santĂ©) pour ces fĂŞtes et l’annĂ©e qui arrive, je souhaiterais solliciter vos compĂ©tences pour rĂ©soudre un problème de vocabulaire.

 

Je tente en effet, avec mes élèves, mes apprentis ai-je envie de dire, de les aider à comprendre les styles de jeu de l’acteur de théâtre.

Utilisez-vous des grilles ou un classement des formes de jeu pour l’acteur ?

Comment qualifier les styles et les nuances de jeu ?

 

J’utilise des termes dont je suis très mĂ©content, et qui font Ă©cho en chacun Ă  des caractĂ©ristiques diffĂ©rentes : naturalisme, expressionnisme, hiĂ©ratisme, quotidiennetĂ©, neutralitĂ©. Mais l’ensemble est faible et laisse la porte ouverte aux contresens…

Pour les apprentis, cela se résume souvent au couple jouer petit style / jouer grand style, le premier mettant en avant une économie de gestes et d’expression, le second, à la manière de Chaplin, prônant un engagement physique total avec un foisonnement plus important. Dans les deux cas, la maîtrise est de mise, mais ils ne parviennent pas à apporter – dans leurs commentaires - les nuances nécessaires entre ces deux extrêmes…

Et j’avoue peiner beaucoup Ă  leur faire comprendre ce que j’entends par « style de jeu Â». Peut-ĂŞtre est-ce d’ailleurs tout Ă  fait obscur pour vous aussi que mes propos embrouillent… Et finalement, pour moi !

 

A l’aide !

 

Mais bonnes fêtes quand même. Et attention aux bûches.

 

Paci e saluta.

 

LoĂŻc Jourdan

 

De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Andre G. Bourassa
EnvoyĂ© : lundi 21 dĂ©cembre 2009 16:45
Ă€ : Liste de discussion en francais sur le theatre
Cc : Maitre de poste
Objet : Mes vĹ“ux les meilleurs pour les FĂŞtes de la lumière

 

Bon jour,

Mes meilleurs vœux aux quelque 650 membres de Mascarène,

 

Je te joins un petit souvenir d'un peintre gothique, qui pourrait bien ĂŞtre quelque part dans mon arbre gĂ©nĂ©alogique, LluĂ­s BorrassĂ .  Mais deux-cent cinquante ans sĂ©parent les dernières activitĂ©s connues de la famille de peintres BorrassaĂ , de GĂ©rone, sur la frontière catalane, et l'arrivĂ©e en AmĂ©rique de mon ancĂŞtre venu de Montaigu (Saint-Hilaire de Loulay).

Nous ne sommes pas tous chrĂ©tiens, mais je rappellerai la rĂ©ponse de  Malraux Ă  une journaliste qui s'Ă©tonnait que lui, incroyant, ait  pu inclure tant d'Ĺ“uvres religieuses dans son musĂ©e imaginaire: "Nous sommes tout de mĂŞme dans l'ère chrĂ©tienne".

 

Avec mes amitiés,

André G. Bourassa, professeur émérite

École supérieure de théâtre

Université du Québec à Montréal

 

P.S.: J'aimerais bien savoir ce que signifie Loulay. Basse-Loire?

 

 

 

 

 

La NativitĂ© et Le Soir des rois, du peintre gothique LluĂ­s BorrassĂ , de GĂ©rone (1350-142)4).

 

 

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