référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2009-12/msg00015.html
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Title: Re : Mes vœux les meilleurs et ...à Loic sur la question des styles

Bonsoir Anne,

 

Et merci pour cette longue réponse qui répond exactement à mes difficultés en même temps qu’elle me confronte à mes lacunes…

Cette question d’un « héritage » du jeu, ou de l’inscription dans une tradition, est au cœur de mes préoccupations dans la formation de jeunes acteurs… Avec les difficultés que vous soulevez.

Je travaille avec quelques masques balinais, des bondres, pour la plupart, qui mâchent bien le travail de nos élèves et se donnent plus facilement que les italiens de commedia, peut-être trop chargés dans l’imaginaire collectif et du coup malheureusement plutôt stériles en scène. Comment faire pour que ces formes restent vives ? La fascination du début du XXème siècle, la quête d’un âge d’or du théâtre, aurait-elle été finalement contreproductive ?

Nous ne travaillons pas les Balinais dans le sens des codes traditionnels du topeng : par ignorance sans doute, au moins autant que par souhait. Quelles sont nos observations ? Le masque, pour garder une existence, oblige le comédien à jouer majoritairement de face, à élaguer sévèrement son jeu, à marquer des arrêts clairs et dessinés, à trouver une voix très vite, sous peine de mutisme parce que « ça sonne faux »… Bref, c’est une école sans pitié, mais d’une limpide clarté pour ceux qui en font l’expérience. C’est aussi un enchantement incroyable pour le spectateur qui – lorsque l’acteur trouve les voies – dit voir « bouger le masque ». J’ignorais la lecture « brechtienne » de ce travail par Strehler. Peut-on rapprocher ce propos de l’idée répandue qu’un comédien travaille pour un autre (qui a une existence propre) quand il travaille pour le personnage ?

Je connais très mal la tradition de jeu africaine que vous évoquez et je souscris humblement aux difficultés concrètes de mise en place du jeu épique soulevées par Strehler et, si ma mémoire est bonne, par Brecht lui-même dans ses Ecrits pour le théâtre… Pas non plus d’expérience des travaux de Vassiliev, dont je n’ai qu’une connaissance indirecte. Bref, je m’aperçois honteusement que je manque un peu trop de tout…

Si donc vous pouvez me donner quelques références d’ouvrages à commander pour mon petit noël…

 

Merci encore !

 

Loïc

 

 

 

De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Anne Vernet
Envoyé : mardi 22 décembre 2009 15:07
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : Re : Mes v¦ux les meilleurs et ...à Loic sur la question des styles

 

Bonjour et meilleurs voeux à tous,

Je crois qu’il faut différencier deux choses, lorsqu’on aborde la question stylistique dans le jeu théâtral.
D’une part la singularité de l’acteur, qui ressort de la liberté radicale qu’il possède de “se” construire, et dont vous parlez très bien.
Mais, d’autre part, l’étude, ou plutôt l’expérimentation concrète des diverses “écoles” stylistiques du jeu théâtral est à mon sens indispensable pour fournir à l’acteur des outils lui permettant d’aborder parfois certaines factures extrêmement marquées de ce point de vue: je pense ainsi au jeu sous le masque, ou encore à la “respiration” très particulière de Marivaux en français, ou à certains tempi particuliers chez Molière.
Il y a aussi, bien sûr, les grandes écoles stylistiques du jeu: Meyerhold (approfondi par Hottier dans la technique du “clown intérieur”), Stanislavski et ses avatars (Strasberg) et bien sûr Brecht et “l’effet d’étrangeté” du mode épique. Récemment, Vassiliev a travaillé une autre voie, privilégiant la scansion (stylistique de la diction).
Il ne faut pas oublier non plus les écoles de styles extra-européennes (orientales, dont Mnouchkine s’est inspirée), et africaines.
Toute école de style contient une empreinte culturelle et historique à mon sens indispensable pour que l’acteur expérimente, dans son corps, un peu de l’histoire même des formes théâtrales. C’est à partir de cette expérience qu’il peut au mieux nourrir et élaborer sa propre variation personnelle dans le temps, tout en disposant d’un très large clavier. Strehler a montré à quel point le “style” du jeu de la commedia pouvait au mieux servir la “distanciation” brechtienne (via la pratique de ce qu’il a nommé “le jeu à la 3ème personne”, autrement dit jouer mon personnage comme un “il” (ou une “elle”) au lieu d’un “je”).

A partir de là, il devient évident qu’aucun personnage ne peut imposer de “style”, et à fortiori qu’aucun style ne détient la vérité d’un “sens”.
En revanche, il y a parfois des incompatibilités stylistiques qui, lorsqu’on les connaît, permettent d’éviter des contresens de jeu qui rendraient une oeuvre indigeste (par exemple jouer stanislavskien un passage farcesque de Molière ou, au contraire, bannir tout comique et tout sensible de Brecht par excès de désinvestissement).
Le problème, au théâtre, est que les acteurs ne sont pour ainsi dire pas formés à la question stylistique, ce qui pose un énorme problème, tant technique que culturel. Le pire étant que beaucoup de metteurs en scène sont, eux, totalement ignorants de cette question – quand ils n’ignorent pas jusqu’à la technique de base de l’acteur.

Strehler parlait très bien de “l’épique”:

 
« Avons-nous une conception claire et définie de ce qu’est le théâtre épique ? Je parle de la connaissance réelle qu’en ont les acteurs, hommes de théâtre, metteurs en scène, critiques, scénographes du monde entier. Je dis que non. Y a-t-il aujourd’hui des acteurs capables de jouer de manière épique et combien y en a-t-il ? Combien y en a-t-il qui connaissent à fond l’usage du système brechtien comme ils connaissent et pratiquent le système stanislavskien ? Nous en sommes au b-a ba pour ce qui concerne la connaissance du théâtre brechtien. […] Je dis que le théâtre mondial ne sait pour ainsi dire pas qui est Brecht, ce qu’il est et comment on le monte. Pour les gens de théâtre, la situation est encore pire que pour le public et la critique. La technique stanislavskienne est entrée partout dans l’usage commun : les acteurs jouent selon le « Système » et on compte sur les doigts de la main les acteurs de type épique. A cet égard, on en arrive à se demander si, sur un plan pratique, toutes les discussions sur « l’après-Brecht » ou sur un « dépassement » du problème de Brecht ne sont pas l’une des mille façon d’entraver la connaissance d’une méthodologie théâtrale et d’un théâtre fondamentalement opposés au système théâtral que nous voyons en acte autour de nous» . (Un Théâtre pour la vie, Fayard, Paris 1980, pp. 103-110)

Au-delà de la seule question du théâtre brechtien, il est vrai que nous manque totalement une véritable méthodologie théâtrale du jeu, sous l’angle du style; cette carence est bien sûr due au caractère relativement évanescent du jeu (vu du point de vue spectateur). Pourtant, rien n’est plus nécessaire, dans la formation de l’acteur, que ces appuis concrets de la pratique, qui l’émancipe du tâtonnement et relie le comédien à de multiples filiations qui dès lors soutiennent la singularité de sa recherche.

Bon courage et bonne année,

Anne Vernet
Professeur d’Art Dramatique,
Docteur en Sciences du langage (option dramaturgie)



Le 22/12/09 0:41, « Serge Ouaknine » <serge_ouaknine@yahoo.fr> a écrit :

Loïc, ne vous souciez pas du style de jeu mais plutôt du processus créateur des acteurs. Le style est un fruit, pas une racine. Dites leurs seulement de jouer vraiment plus vite ou vraiment plus lentement que dans la vraie vie.  Et vous verrez  se faire et se défaire devant vous la variation des styles. Enfin ne pas jouer le sens du texte mais travailler d’abord à partir des êtres, la vérité de la présence. Le style est le fruit d’une question ce n’est pas une réponse qui précède le jeu. Mais vous avez le droit d’avoir et d’inventer des contraintes, d’accessoires, de costumes, d’espace, de proximité ou de distance, de mouvements extrêmes ou de tremblements immobiles. La vraie question au théâtre est de savoir ce que l’on veut sacrifier. La présence est indépendante du sens des mots. Au début on confond la psychologie avec la présence de l’âme. Ne mettez pas de mots sur des émotions qui seraient à jouer. Les émotions sont le fruit des sensations cachées de l’acteur. Les sensations sont formulables, pas les émotions. On me part pas des émotions pas plus que le style ne saurait anticiper le travail. C’est le spectateur qui y arrive. Chercher la sensation  qui vous comble et le style que vous ignorez surgira. Pourquoi Ophélie se suicide-t-elle ? Est elle une trahison ou a t-elle été trahie. Hamlet n’est pas nécessairement le centre du spectacle qui porte son nom. Hamlet n’a pas de style, c’est à vous de donner, autrement, une forme et un sens aux situations qu’il traverse. Essayez Ophélie rageuse, puis Ophélie perverse et charnelle, et Ophélie prude pressée d’en finir... Ophélie les yeux fuyant ou perdus dans le passé. Vivre n’est pas un style c’est un  point de vue sur la vie que vous devez élucider. La forme est un retour ce n'est pas un départ. Le style est ce qui advient comme un bonus  innatendu , comme un cadeau sans boutique. Bon Noël et, de tout cœur, bonne année!

--- En date de : Lun 21.12.09, Loïc <poclouicou@worldonline.fr> a écrit :


De: Loïc <poclouicou@worldonline.fr>
Objet: RE: Mes vœux les meilleurs pour les Fêtes de la lumière
À: "Liste de discussion en francais sur le theatre" <mascarene@uqam.ca>
Cc: "'Maitre de poste'" <poste@er.uqam.ca>
Date: Lundi 21 Décembre 2009, 14h26

  Bonsoir à tous les membres,    Outre mes meilleurs vœux (chez moi, l’on dit « Paci e saluta », paix et santé) pour ces fêtes et l’année qui arrive, je souhaiterais solliciter vos compétences pour résoudre un problème de vocabulaire.    Je tente en effet, avec mes élèves, mes apprentis ai-je envie de dire, de les aider à comprendre les styles de jeu de l’acteur de théâtre. Utilisez-vous des grilles ou un classement des formes de jeu pour l’acteur ? Comment qualifier les styles et les nuances de jeu ?    J’utilise des termes dont je suis très mécontent, et qui font écho en chacun à des caractéristiques différentes : naturalisme, expressionnisme, hiératisme, quotidienneté, neutralité. Mais l’ensemble est faible et laisse la porte ouverte aux contresens…  Pour les apprentis, cela se résume souvent au couple jouer petit style / jouer grand style, le premier mettant en avant une économie de gestes et d’expression, le second, à la manière de Chaplin, prônant un engagement physique total avec un foisonnement plus important. Dans les deux cas, la maîtrise est de mise, mais ils ne parviennent pas à apporter – dans leurs commentaires - les nuances nécessaires entre ces deux extrêmes…  Et j’avoue peiner beaucoup à leur faire comprendre ce que j’entends par « style de jeu ». Peut-être est-ce d’ailleurs tout à fait obscur pour vous aussi que mes propos embrouillent… Et finalement, pour moi !    A l’aide !    Mais bonnes fêtes quand même. Et attention aux bûches.    Paci e saluta.    Loïc Jourdan    
De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Andre G. Bourassa
Envoyé : lundi 21 décembre 2009 16:45
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Cc : Maitre de poste
Objet : Mes vœux les meilleurs pour les Fêtes de la lumière

   Bon jour, Mes meilleurs vœux aux quelque 650 membres de Mascarène,
   
Je te joins un petit souvenir d'un peintre gothique, qui pourrait bien être quelque part dans mon arbre généalogique, Lluís Borrassà.  Mais deux-cent cinquante ans séparent les dernières activités connues de la famille de peintres Borrassaà, de Gérone, sur la frontière catalane, et l'arrivée en Amérique de mon ancêtre venu de Montaigu (Saint-Hilaire de Loulay).
Nous ne sommes pas tous chrétiens, mais je rappellerai la réponse de  Malraux à une journaliste qui s'étonnait que lui, incroyant, ait  pu inclure tant d'œuvres religieuses dans son musée imaginaire: "Nous sommes tout de même dans l'ère chrétienne".
   
Avec mes amitiés,
André G. Bourassa, professeur émérite
École supérieure de théâtre
Université du Québec à Montréal
   
P.S.: J'aimerais bien savoir ce que signifie Loulay. Basse-Loire?
   
   

   
   
   
La Nativité et Le Soir des rois, du peintre gothique Lluís Borrassà, de Gérone (1350-142)4).
   
 

 

 

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