référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2010-04/msg00010.html
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=?Windows-1252?Q?Re:_Jouer_=E0_chaud=3F?= Yannick Legault



Bonjour Bernard,
 
Stanislavski et plusieurs autres après lui avaient compris que le fait d'imaginer : une émotion, une situation, une intention, permet à l'acteur de trouver des actions physiques vraisemblables pour le personnage, à partir de son propre répertoire moteur. Cette "identification" est utile surtout lors de la recherche des actions physiques du personnage ; le travail de l'acteur consiste ensuite à s'inspirer des actions physiques trouvées par l'imagination et de les insérer dans leur jeu. En spectacle, le fait pour l'acteur de vivre l'émotion du personnage devient alors accessoire, car ce sont seulement les actions physiques qui sont interprétées par les spectateurs.
 
Une autre théorie de jeu serait la "démonstration", où l'on montre à l'acteur les actions physiques qu'il doit faire pour son personnage. Cette méthode, contrairement à ce que l'on pense, ne "stérilise" pas l'imagination de l'acteur ; au contraire, ce dernier peut non seulement "imiter" l'action perçue (vue ou entendue), mais il peut aussi s'en inspirer pour proposer des actions physiques différentes qui illustreront l'émotion ou l'intention recherchée. Cette méthode ne passe pas directement par l'émotion pour atteindre l'action physique, même si toute action physique suscite une émotion.
 
Concernant le conditionnement (des émotions liées à des actions et vice-versa), c'est plutôt Pavlov et les behavioristes qu'il faut consulter, car on ne peut en faire abstraction.
 
Au plaisir !
 
Yannick Legault
----- Original Message -----
From: Bernard da Sousa
To: Liste de discussion en francais sur le theatre
Sent: Tuesday, April 06, 2010 10:47 AM
Subject: Jouer à chaud?

Bonjour,

Un jeune acteur m'a raconté combien il lui avait été difficile de se défaire d'un personnage morbide auquel il avait dû trop longtemps s'identifier. On lui avait enseigné à tenter de trouver au fond de soi et d'exacerber de légers sentiments analogues de haine, de violence ou de désespoir, de façon à en vivre les signes extérieurs. Ses professeurs, s'inspirant, paraît-il de Stanislavski, n'auraient-ils pas confondu le vraisemblable avec le vrai. Est-ce ce jeune acteur qui n'a pas su déterminer les limites de sa personne et du personnage?

On raconte que James O'neill tentait de sortir de Monte-Cristo, mais que Monte-Cristo ne sortait pas de lui. Andrée Champagne a réussi à sortir de Donalda, mais il a fallu des années avant que Donalda sorte de Champagne. Un de mes amis a joué Maître après Dieu tellement à chaud qu'il s'est pris pendant des années comme maître après Dieu.

Enseigner à des comédiennes et comédiens n'implique-t-il pas qu'on leur apprenne à faire porter leur effort sur les signes extérieurs d'un sentiment et non sur le sentiment lui-même? Y a-t-ilune théorie du jeu qui insiste sur le signe plutôt que de mener à une manipulation de la psyché? Comprend-on mal Stanislavski, ou oublie-t-on qu'il n'avait de la psychologie que des connaissances rudimentaires (l'œuvre de Freud était encore bien peu traduite et répandue).

Cordialement, 
Bernard da Sousa