référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2010-08/msg00008.html
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Jean Benoït henri.behar



Bonjour,

Notre collègue Henri Béhar  a fait parvenir à laliste Mélusine le communiqué suivant sur la mort de Jean Benoît.

Rappelons qu'il a été professeur à l'École des beaux-arts de Montréal et à collaboré à la revue Ateliers d'arts graphiques avant de quitter pour la France, La revue surréaliste Brèches a fait paraître ses esquisses pour ;es costumes de La Communion solennelle, d'Arrabal. Sa performance sur Sade est mentionnée ou analysée dans plusieurs ouvrages, notamment  Érotique du surréalisme de Benayoun, The Theatre of the marvelous de Orenstein, L'Avènement de la modernité culturelle au Québec, dirigé par Lamont et Trépanier,et les spéciaux "Sade" des revues Obliques et L'Annuaire théâtral.
 
Sa conception due l'espace scénique et du costume, maintes fois citée, a beaucoup contribué à l'éclatement imaginaire de la scène, en opposition ay décors non figuratifs prônés par Pierre Gauvreau et Jean-Paul Mousseau, au Québec.

André G. Vourassa

François-René Simon nous fait part du décès de Jean Benoît:
Jean Benoît (1922-2010)

Il était la vie même. Cet adorateur des lieux communs, dérision de toutes
les prétentions, n’aurait peut-être pas fait sien celui-là, et pourtant il
l’aura incarné comme peu osent le faire. Jean Benoît était la vie même,
dans tout ce qu’elle a d’extrême, de pervers, de raffiné, de violent,
d’amoureux, de ténébreux, d’inventif. Il avait, très jeune, pris le
parti d’Eros, adopté le précepte de Sade « Tout ce qui est excessif est
bon », avait l’art de se rendre insupportable à ceux qui l’aimaient parce
qu’il incarnait l’amour, l’amour sous toutes ses formes. Pas étonnant
qu’il soit devenu l’un des compagnons préférés d’André Breton, après
avoir attendu dix ans avant d’oser le rejoindre. Il ne voulait pas arriver
les mains vides dans ce surréalisme auquel il apportera un savoir-faire
prodigieux. Formé à l’école des Beaux-arts de Montréal, il délaissa
très vite la peinture picturale pour créer des objets dont la matière même
reflétait sa façon d’être et de penser. Cest ainsi qu’il mit en œuvre
le testament du marquis de Sade, chez Joyce Mansour, en décembre 1959. Pour ce
faire il réalisa masques, costumes et outils divers jusqu’au fer constitué
des quatre lettres formant le patronyme du célèbre marquis au nom duquel il
se brûla la poitrine. Sous le titre Enfin Jean Benoît nous rend le grand
cérémonial, André Breton salua ce geste insensé et la démarche qui y
aboutit. Toute sa vie, qu’il ne supportait pas de vivre sans passion, Jean
Benoît resta à l’écart du monde artistique, lui préférant les
imprécations de Lautréamont, les œuvres les plus obscures d’Alfred jarry,
les poèmes d’Arthur Cravan, les utopies de Charles Fourier, les objets
océaniens qu’il savait réparer et regarder comme nul autre. Il fit
d’ailleurs plusieurs voyages en Nouvelle Guinée et alentours. Force de la
nature à qui ne faisaient peur que les turpitudes de notre civilisation, il se
plongeait dans les eaux les plus froides comme on s’enfonce dans un rêve.
Ses mains puissantes ont tissé d’incroyables objets, ses marottes, comme
autant d’emblèmes à la beauté et à la complexité de la vie, mêlant os
de poulet et élytres de coléoptères à une pâte dont il gardait jalousement
le secret de fabrication, et qui adoptait les formes les plus subtiles, les
plus inouïes. Etre unique dans un monde voué à la multitude, n’aimant rien
plus que la compagnie des femmes, il avait aussi le goût des mots qui disent
vrai, le vrai de leur vérité, le vrai de leurs jeux infinis, le vrai de son
désir. Un jour, peut-être, on les retrouvera sur ces rouleaux de bord qu’il
a tenus tout au long de ses expéditions amoureuses, qui furent nombreuses,
intenses et créatrices. Surréaliste qui n’aima guère, en peinture, que
Grünwald, le douanier Rousseau et, plus curieusement, Bonnard, Jean Benoît
n’a consenti qu’à une seule exposition personnelle, en 1996, à la galerie
1900-2000. N’y figurait pas son hommage au nécrophile Bertrand : surmontée
d’une fraise de tombes, la cape de son “costume” couleur d’entrée de
caveau portait dans son dos l’inscription « Mort, la vie te guette ».
Vexée, la mort a pris sa revanche le 20 août 2010, une semaine avant les
quatre-vingt huit ans de celui qui ne la considérait pas d’un si mauvais
œil. Ses cendres, mêlées à celles de sa femme Mimi Parent, son « amour
pivotal », seront dispersées au gré du vent salubre.

François-René Simon