référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2010-11/msg00000.html
       Chronologie       
       Conversation       

RE: Nouvelle histoire Alexandre Buysse



Cher André,

Très modestement, il me semble que, au-delà de ces éléments verticaux et horizontaux, il y a la volonté, probablement illusoire, de situer l’événement historique dans son contexte temporel. Il s’agit donc pour l’historien « nouveau » d’échapper à une lecture contemporaine, dictée par l’air de notre temps, pour la situer dans le vécu immédiat de l’instant historique. Dans celui-ci, il convient certes de distinguer la volonté du « prince » ou de « l’air du temps » de cette époque-là, mais également le sens donné par la collectivité actante de jadis. A nouveau, la « nouvelle » histoire tente d’échapper à l’illusion d’une volonté populaire, soi-disant objective, distincte de celle du  « prince », car prince et peuple forment  un tandem indissociable et sont autant de témoignages d’ébauches d’un « esprit du temps ».

Cet effort d’objectivité de la nouvelle histoire, s’appuyant sur de nombreuses disciplines, se heurte toutefois justement à la recherche de sens. Comme l’anthropologue tentant en vain d’échapper à son ethnocentrisme, est-il possible pour l’historien de redonner la lecture des événements telle qu’elle aurait été faite à l’époque ? de leur donner le sens qui était le leur ? L’histoire ne saurait échapper à une signification sociale, que ce soit celle de jadis, celle projetée par une volonté étatique, ou la nôtre, aussi intime qu’elle soit. Comment l’historien peut-il s’échapper à lui-même ?

La nouvelle histoire se caractériserait donc avant tout par une conscience des biais multiples que comporte son objectivité.

C’est ainsi que resituer l’histoire du théâtre au Québec dans la dimension de l’immigration en Amérique du Nord est effectivement une perspective de nouvelle histoire en soi, car elle délimite le territoire en fonction du critère de l’époque. Mais en faisant cela, elle ouvre de nouveaux territoires J, notamment ceux de l’appartenance culturelle de ces migrants et donc du sens de la théâtralité pour eux. N’échappe-t-elle pas alors à l’inévitable extension à la théâtralité - certes différente- des cultures amérindiennes ? L’acteur ou le mandataire de l’époque pouvaient-ils échapper à une influence, aussi subtile soit-elle, de la culture environnante, aussi méprisée soit-elle ? L’appartenance culturelle des hivernants ne s’est-elle pas esquissée très rapidement ?

C’est ainsi qu’une nouvelle histoire du théâtre ne saurait éviter une redéfinition anthropologique du théâtre. La nouvelle histoire, en s’interrogeant sur le sens contextualisé temporellement, déplace à la fois les limites géographiques et les limites de l’objet d’étude lui-même, donc les limites de l’ « objet- théâtre »…

Interroger l’histoire du théâtre dans une nouvelle perspective, c’est aussi d’une certaine manière bousculer l’histoire de notre construction identitaire d’homme de théâtre et de culture théâtrale. Il me semble que c’est ce que tu fais, André, subtilement.

Bien Cordialement

Alexandre Buysse

 

 

 

De : owner-mascarene@uqam.ca [mailto:owner-mascarene@uqam.ca] De la part de Andre G. Bourassa
Envoyé : dimanche, 31. octobre 2010 03:58
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Objet : Nouvelle histoire

 

Bonjour,

 

Au moment de réviser le manuscrit d'une histoire du théâtre au Québec, je me rend compte, en relisant l'introduction, que je ne suis vraiment pas très clair sur la notion de "nouvelle histoire", même si j'en ai déjà traité dans un article récemment mis en ligne <http://id.erudit.org/iderudit/041056ar>.

 

Comment résumeriez-vous les principales caractéristiques de la nouvelle histoire?  Méfiance, sur le plan vertical, par rapport à une histoire traditionnelle qui banaliserait l'événement présent en le réduisant à une conséquence du passé?  Ouverture, sur le plan latéral, auc découvertes d'autres approches de l'événement, comme l'archéologie, la sociologie, la textologie?

 

Bien cordialement,

 

André G. Bourassa