référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2010-11/msg00023.html
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Re: Tragedia dell'arte? bernard.faivre3



Bonjour,
Au XVIe siècle, pratiquement toutes les pièces de théâtre, quelle que soit leur désignation (mystère, moralité, farce, et, plus rarement, comédie ou tragédie) combinent des moments où domine le comique et des moments où domine la tristesse, l'angoisse, la peur de la mort, etc....
Et le terme générique le plus employé, et de loin, pour désigner une pièce de théâtre n'est pas comédie, mais farce, comme l'a montré de manière décisive Michel Rousse (Mélanges en l'honneur de Graham Runnals). Ce n'est qu'à la fin du XVIe siècle, voire au XVIIe que comédie commence à l'emporter sur farce pour désigner une pièce de théâtre.
Amicalement
Bernard Faivre
----- Message d'origine -----
De : Tibor Egervari
À : Liste de discussion en francais sur le theatre
Envoyé : mercredi 17 novembre 2010 16:16
Objet : Re: Tragedia dell'arte?

Bonjour, 

Il me semble que certaines pièces "noires" de Ruzzante donnent une bonne indication de l'étendue du répertoire des "comédiens de métier" de l'époque en question. 

Tibor Egervari
On 2010-11-16, at 13:47, anne Vernet wrote:

Bonsoir,

Considérer la “Commedia” dell’Arte selon les critères du seul comique dépasse l’oxymore, cela frôle le contresens dans la mesure où le terme “Comédie” est ici à entendre comme synonyme de “Théâtre”. Et il l’était d’autant plus à l’époque (Renaissance), où la création théâtrale italienne (et élisabéthaine) se faisaient en réaction contre l’aristotélisme discriminant les genres. C’est en quelque sorte un préjugé très “français” de n’entendre le terme “Comédie”, surtout  dans l’Europe de la Renaissance et hors de France, en un sens générique.
Même au plus fort de l’offensive baroque, Corneille, avec l’Illusion comique, traite de l’illusion théâtrale – autrement dit défend, contre les théoriciens de la “vraisemblance” (Mairet, d’Aubigné, etc), la puissance de réalité que possède la fiction théâtrale en son pouvoir de jeu.

Il y a à cette époque, et dans l’Europe entière, un énorme enjeu, esthétique, politique et social, qui se noue précisément autour de la question de la “Comédie”, laquelle, aux yeux des anti-aristotéliciens, est tragédie (voir Giordano Bruno, Dante, Shakespeare, etc.). Comme le dit un aphorisme humaniste de l’époque: “à son point culminant la tragédie doit faire rire et la comédie pleurer”.

La figure de la Commedia qui exprime exactement cette dynamique est le couple-maître du genre, le duo des Zannis Brighella/Arlequin: la masque du Brighella étant celui de la cruauté “pure” (et ainsi bête), le masque d’Arlequin, initialement souffre-douleur, s’émancipant peu à peu, par la ruse et l’instinct d’abord, par la finesse et l’illusion ensuite, de la domination du premier.

L’influence de la “beffa” qui innerve la Commedia implique indiscutablement le tragique dans le genre (on peut lire là-dessus: Michel Plaisance, “La dernière comédie de Lasca”, in “Cultures et Marginalités au XVIe siècle, Paris Klincksieck 1973, pp. 75 à 86).

Evoquer (ou invoquer?) une “Tragedia dell’Arte” aujourd’hui relèverait donc, de ce point de vue, du contresens. Toutefois, vu la guignolade à laquelle reste toujours soumise la compréhension de cette forme, “remettre du tragique” dans la Commedia, c’est simplement revenir à l’esprit qui gouverna le genre à sa création: se moquer de la mort, rire du pire, se jouer de la réalité – autrement dit le Carnaval.


Amitiés,
Anne Vernet

Le 16/11/10 16:59, « Andre G. Bourassa » <bourassa.andre_g@uqam.ca> a écrit :

Bonjour,

Je crois que Guy touche un point. si on s'en tient aux définissions classiques. Le Polichinelle de Gouin, cette tragédie avec des personnages qui réfèrent à la comédie populaire, est comme un vaste oxymore.

Dans l'introduction, du point de vue esthétique, je réfère au Pierrot lunaire d'Arnold Scönberg, dans la mesure où il y a là comme une déconstruction de la "gamme" comique traditionnelle. Référence aussi aux Petruchka et Pulcinella d"Igot Stravinski, parce que les cubistes se sont emparés de Stravinski et que Lomer Gouin as laissé des tableaux d'inspiration cubiste. Il y a quelque chose de l'oxymore dans le Pierrot lunaire, qui est fondé sur un mélodrame. Pour lews scénariuos de Stravinski, j'avoue mon ignorance, mais je doute qu'il s'agisse de tragédies.

Amitiés,

André G. Bourassa


A la fin du XIXe siècle, on voit figurer le personnage de Pierrot dans des pièces qui ne sont pas comiques et se terminent mal (La plus connue est _Pierrot Assassin_ Pantomime de Jean Richepin (1882) dans laquelle joua Sarah Bernardt---Nadar lui a tiré le portrait en costume de Pierrot). Mais peut-on vraiment parler de "tragique" à propos de telles pièces? Dramatique, voire pathétique, c'est certain, mais pas forcément tragique au sens aristotélicien...
Un autre bon exemple, à peu près à la même époque, c'est bien sûr _i Pagliacci_, l'opéra vériste de Ruggero Leoncavallo (1892) où un comédien dell'arte tue en scène sa femme infidèle (qui joue Colombine). Ici encore, reste à savoir si on peut qualifier l'oeuvre de tragique à strictement parler...

Guy

Dr. Guy Spielmann
Department of French
Georgetown University
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Ph. : [1] (202) 687-5852
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spielmag@georgetown.edu

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