référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2011-03/msg00016.html
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Départ de Monsieur André-G. Bourassa Benoît Gauthier



Chers membres,

 

C’est avec une profonde tristesse que j’écris ces quelques mots. 

 

Tous le savent déjà :  Monsieur André-G. Bourassa nous a quitté.  Une belle cérémonie, avec musique et témoignages, était célébrée dimanche dernier.  L’inhumation eut lieu le lendemain à La Prairie. 

 

Pour ceux et celles que la chose intéresse, le quotidien Le Devoir présentait un texte le lundi 14 février (accessible en ligne).  Pour sa part,  l’Université du Québec à Montréal affichait et affiche toujours un texte en page titre de son site. 

 

Je connais Monsieur Bourassa depuis une vingtaine d’années.  En 2005, il acceptait de me diriger au doctorat.  Son dernier élève, comme il se plaisait à le dire.    Je puis affirmer aujourd'hui qu'il aura été pour moi non seulement un guide, mais aussi un confident, un ami, un père.  Le doctorat présente de nombreux écueils ;  Monsieur Bourassa aura toujours su m’indiquer la voie à emprunter.  Nous nous devions tous deux de mener ce projet à terme.  Chose faite :  je déposais l’automne dernier.  Il me confiait qu’il était content, voire même fier de son élève.  Il anticipait la soutenance.  Malheureusement, pour des questions hors de notre contrôle, elle aura lieu après son départ. 

 

Au cours de mes études, il m’invitait à l’appuyer dans un projet de publication, une édition critique.  Depuis quelques années déjà, il travaillait à son Mascarène.  Paul Mascarène (1685-1760) fut à la fois gentilhomme, officier militaire, ingénieur, administrateur colonial, négociateur, interprète, traducteur et amateur de théâtre.  En 1744, alors qu’il est lieutenant-colonel de Nouvelle-Écosse (baie d’Annapolis), Mascarène organise une fête lors de laquelle serait présentée sa propre traduction du Misanthrope de Molière, production destinée à l’amusement de ses officiers et de leurs épouses.  Monsieur Bourassa s’attachait bien sûr à la carrière de Mascarène, aux contextes politique et idéologique avec lesquels l’homme dut composer ;  il s’intéressait aussi au traitement que le traducteur avait réservé à la pièce.  Le fait de présenter une édition critique, comme il l’avait fait avec P-É Borduas, l’enchantait.  Bref, il voulait que je travaille au manuscrit et que j’assure le traitement éditorial.  Je m’empressai d’accepter.  Nous y avons travaillé pendant un an.  Monsieur Bourassa était très fier du travail accompli.  Bientôt, l’ouvrage devrait paraître. 

 

De ce travail est né le forum de discussion Mascarène, alias Quéâtre.  Depuis peu, Monsieur Bourassa voulait que je me charge du forum, que je prenne la relève.  Il voulait me confier ce dossier, mais après la soutenance.  Le sort en aura décidé autrement.  Aussi, dès aujourd’hui, j’assure la suite.  Il importe toutefois de préciser auprès de tous les participants que Monsieur Bourassa questionnait depuis peu la pertinence de cette liste de discussion.  Il s’était d’ailleurs exprimé à cet effet il y a quelque temps.  Il craignait que le forum ne devienne ce qu’on pourrait appeler un simple «tableau d’affichage».  Il recherchait un lieu de discussion sur le théâtre.  Il espérait que les chercheurs, que les praticiens, les étudiants, les amateurs – dans le vrai sens du terme – puissent contribuer à ce lieu d’échanges.  Je crois qu’il était à la recherche d’un espace où chacun puisse participer à un dialogue, s’inscrire à l’intérieur d’un lieu de partage, de débats, une communauté d’intérêts, d’esprit.  Ceux et celles qui ont connu Monsieur Bourassa ne sont aucunement surpris de ce propos.

 

Monsieur Bourassa nous quitte trop tôt.  Son départ nous attriste. 

 

L’homme s’inscrit dans ma mémoire :  je regretterai ses anecdotes, son humour ;  je me souviendrai de son intelligence, de son humilité, de sa générosité, de son dévouement.

 

Je souhaite à tous une excellente journée.

 

Bien cordialement,

 

Benoît Gauthier