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Décès de Marienstras anne Vernet



Bonjour,

Une nouvelle encore bien attristante,

Amitiés,
Anne


> Spécialiste de Shakespeare et du théâtre élisabéthain, Richard Marienstras est
> mort à Paris le 22 février, à l'âge de 83 ans.
>  
> Né à Varsovie le 18 janvier 1928, dans une famille bourgeoise juive où l'on
> parlait polonais et non yiddish, il connaît à peine son père : il a 3 ans
> quand ses parents divorcent. Sa mère l'entraîne alors dans ses pérégrinations,
> de l'Italie à la Riviera, en lui offrant le luxe de deux langues maternelles,
> le polonais et le français.
>  
> 
> C'est à Paris, où il étudie au lycée Janson-de-Sailly, que l'entrée en guerre
> bouleverse une enfance déjà chaotique : Vichy, Nice, Romans, d'où il part pour
> le Vercors lorsque le service du travail obligatoire (STO) le réclame
> prématurément. Il entre ainsi dans la Résistance à 15 ans.
>  
> 
> Dès 1945, il revient à Paris où, au sein d'une mission juive internationale,
> il est chargé d'accompagner les rescapés des camps dans leurs démarches pour
> trouver un asile. Trois années durant, il est le guide de vies brisées qui lui
> dévoilent la véritable dimension du génocide qui a emporté son père. Eternel
> déraciné, Richard Marienstras se rend en Palestine pour participer à la guerre
> qui aboutit à la naissance d'Israël (1948), mais en revient définitivement
> désillusionné. Il se réfugie dans la poésie, les soirées avec des amis au sort
> comparable, tel l'écrivain André Schwarz-Bart, qui partagent la même pension
> de famille de la rue Saint-Jacques à Paris.
>  
> 
> Grâce aux Américains du groupe, il apprend l'anglais en autodidacte. Licence
> en poche, il part, avec son épouse, Elise, jeune historienne d'origine juive
> polonaise, pour la Tunisie, où Bourguiba inaugure une nouvelle ère. Ils y
> resteront quatre ans (1957-1961). Entre-temps, Richard Marienstras décroche
> l'agrégation d'anglais et est aussitôt nommé assistant à Tunis.
>  
> 
> De 1961 à 1963, il enseigne aux Etats-Unis. Dès son retour en France, il
> obtient un poste à la Sorbonne. Le mouvement estudiantin de Mai-68 le mobilise
> sans le galvaniser, mais il y prête la main, aidant à l'édification de
> barricades rue Monsieur-le-Prince. Et lorsque Edgar Faure, alors ministre de
> l'éducation nationale, réorganise l'université en 1969, Richard Marienstras
> participe activement à la naissance de l'Institut Charles-V, qui accueille un
> secteur civilisation, rare selon les pratiques en vigueur. A ce titre, il fait
> figure de fondateur de l'UFR d'études anglophones de l'université Paris-VII.
>  
> 
> Il y enseigne la littérature et devient l'un des plus brillants spécialistes
> de Shakespeare, dont la profondeur tragique est en écho exact à sa vision du
> monde contemporain. Il écrit un lumineux essai sur le théâtre du dramaturge,
> où il repense les rapports des personnages à l'espace et les notions de
> "sauvage" et de "civilisé", de "sanctuaire" et d'"asile", de "sacrilège"
> aussi. C'est aussi une relecture des oppositions de type structuraliste,
> assumées jusque dans le titre, Le Proche et le Lointain. Sur Shakespeare, le
> drame élisabéthain et l'idéologie aux XVIe et XVIIe siècles (1981). Devait
> suivre un essai plus cursif qui résume bien l'engagement éthique de son auteur
> : Shakespeare au XXIe siècle (2000).
>  
> 
> Richard Marienstras n'a cessé de s'interroger sur la judéité, après le
> traumatisme vécu au lendemain de la guerre. Il fonde ainsi, en 1967, le Cercle
> Gaston-Crémieux, pour affirmer la légitimité d'une existence juive diasporique
> sans inféodation à la synagogue ou au sionisme. Sur ce thème, son livre
> important, Etre un peuple en diaspora (1975), reste à rééditer.
>  
> 
> Fou de théâtre, il avait collaboré avec Jack Lang au théâtre de Nancy durant
> les années 1970, et travaillé avec Peter Brook, notamment sur La Tempête.
>  Philippe-Jean Catinchi (Le Monde, 10.03.11)


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