référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2011-10/msg00002.html
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Title: Re: théùtre thérapie

Bonjour Anne Vernet
Je souscris totalement Ă  votre critique. Je crois en l'art et non en la thĂ©rapie ( dans le sens oĂč vous l'Ă©noncez) .
Depuis cinq ans je travaille avec des cancĂ©rologues et, en aucune façon, avec des malades. L'idĂ©e est que la personne qu'il faut aider est le mĂ©decin ( et par ricochet le malade), si on veut espĂ©rer une relation plus "humaine" de la la relation mĂ©decin/malade dans ce qu'il est convenu d'appeler "l'annonce" en milieu mĂ©dical.  Il y a lĂ , dans "l'annonce" une connotation quasi religieuse en Occident. Mais ici l'Annonce n'est pas, celle bienheureuse de la naissance de l'enfant mais la tragĂ©die du cancer ou de sa rĂ©cidive. Parce que le monde mĂ©dical est traversĂ© par de plus en plus de dĂ©tresse et mĂȘme de rĂ©action de violence, j'ai Ă©tĂ© approchĂ©  par un homme exceptionnel le Professeur Marc Ychou, médecin oncologue et professeur de cancérologie à la Faculté de Médecine de Montpellier. VoilĂ  six ans. Ensemble nous avons conçu un projet pour les mĂ©decins cancĂ©rologues dĂ©butants ( nous avons aussi  donnĂ© des Ateliers Ă  des Ă©tudiant de 4e et 5 e annĂ©es)  et aussi des mĂ©decins hautement spĂ©cialisĂ©s, ayant de 10 Ă  20 ans d'expĂ©riences. Je ne fais pas de thĂ©rapie mais un travail de conscientisation active, des actes et paroles du mĂ©decin, mettant en action une expĂ©rience de bientĂŽt une quarantaine annĂ©es dans le thĂ©Ăątre expĂ©rimental et la formation de l'acteur. Je ne rencontre pas les malades ou leur famille, sinon par la narration des mĂ©decins que je mets en situation et Ă  qui je m'adresse "comme s'ils Ă©taient des acteurs". Les tĂ©moignages sont bouleversants.
Voici ci-dessous un maigre résumé de notre travail. Un livre est en préparation pour édition en 2012.

L’art théâtral au service de la médecine.

Souvent devant un scanner, une IRM, un rapport reçu par email, lettre d’introduction accompagnée d’un CD, le médecin cancĂ©rologue reçoit le malade et peut se trouver confronté à 3 types de situations :
1- L’annonce d’un diagnostic de gravité. 2- L’annonce d’une récidive. 3- Le lien aux proches et à la famille.

Le mĂ©decin est alors un acteur Ă  plusieurs visages devant confronter des situations auxquelles il n'a pas Ă©tĂ© prĂ©parĂ©. Il construit  ses procĂ©dures et routines qui rapidement deviennent sa forteresse. Le moindre mot, le moindre geste ou silence du médecin prend valeur de signe à déchiffrer, une simple interjection peut prendre une connotation dramatique, au regard et à l’écoute de celle ou de celui qui attend un verdict sur sa vie. Les rapports des malades face au mĂ©decins et Ă  la mĂ©decine sont accablants! Le malade attend un supplément d’être et une écoute personnalisée alors que le médecin est trop souvent sous la pression d’un temps contraint.
C’est à ce temps intime, à l’être même du malade, que l’Atelier <<Les mises en scène du cancérologue>> sensibilise le médecin et l’invite à mieux se préparer à la relation médecin-malade.

Depuis l’aube des temps, théâtre et médecine sont nés du désir de réparer la vie, d’élucider des conduites à suivre, de repousser la peur, la douleur ou le spectre de la mort.
Le cancer renvoie à la mort, à la sensation physique et mentale que désormais le temps est compté. Le diagnostic d’un cancer, ou l’annonce de sa récidive, instaure et éveille chez le malade une relation soudain différente à sa propre vie : déni, mutisme, fragilité, sentiment de culpabilité ou de colère, parfois curiosité compulsive sur Internet.

Le médecin a été formé aux actes diagnostiques et thérapeutiques dans une inflation technologique qui le place à distance d’une relation sensible au malade et à ses proches.Les mises en scène du cancérologue se déroulent au fil de deux weekends intensifs, sur la scène d’un vrai théâtre. Il n’y a pas de public, il ne s’agit pas de voir ni de faire un spectacle et ce ne sont pas davantage un cours de recettes ou de procédures de communication. Les Ateliers n’ont pas pour objectif de juger des performances ou des attitudes.

Les médecins interagissent avec un couple d’acteurs qui se prêteront à différents rôles, sous le regard et la conduite d’un metteur en scène professionnel. Acteurs, médecins et metteur en scène seront tous ensemble sur la scène, parfois en duo, ou en petits groupes.
Ils vivent un état de convivialité, de découverte mais aussi de moments de partage d’expériences, de narration ou de mises à distance réflexive et de scĂšne jouĂ©e et improvisĂ©e.

L’Atelier, Les mises en scène du cancérologue, a été conçu par Marc Ychou, médecin oncologue et professeur de cancérologie à la Faculté de Médecine de Montpellier, et Serge Ouaknine, metteur en scène et professeur d’université. Leur projet est né au carrefour vital de la médecine et des arts, afin de bonifier la relation du médecin aux malades et aux proches.
Cette action a été accueillie avec enthousiasme par le corps médical, la Ligue contre le Cancer et la Faculté de Médecine de Montpellier. Ils sont assistés pour chaque atelier par la présence constante d’un acteur et d’une actrice professionnels, initiés à l’univers du médecin. L'Atelier de 2012,  est le cinquième. Le groupe des médecins ne dépasse pas 10 personnes, pour un maximum d’attention et de relation qualitative.
Toutes les séances sont échafaudées sur une alternance d’exercices organiques préparatoires et de mises en situation et en jeu.

Pour ne pas appesantir ce sujet sur la liste de Mascarene, dĂ©marche somme toute trĂšs spĂ©cialisĂ©e et intimiste, si vous  le souhaitez, je vous propose de poursuivre cette communication de maniĂšre privĂ©e, en demandant au responsable de la liste de vus transmettre mon email.
Bien cordialement,

Serge Ouaknine





De : anne Vernet <jipeva@no-log.org>
À : Liste de discussion en francais sur le theatre <mascarene@uqam.ca>
Envoyé le : Lundi 26 Septembre 2011 23h16
Objet : Re: thĂ©Ăątre thĂ©rapie

Bonjour,

Un site propose quelques pistes et quelques rĂ©fĂ©rences d’ouvrages sur la question:

http://art-en-therapie.fr/recherchesscientifiques.aspx

Pour ma part, je reste extrĂȘmement sceptique sur la valeur en gĂ©nĂ©ral de “l’art thĂ©rapie”, et du “thĂ©Ăątre thĂ©rapie” en particulier.
Ma position est mĂȘme trĂšs critique: certes, ce sont lĂ  des “dĂ©bouchĂ©s” pour beaucoup d’artistes – dĂ©bouchĂ©s que nombre d’institutions encouragent sous la forme de “missions”... (dans l’esprit que “lĂ , au moins, le thĂ©Ăątre sert Ă  quelque chose”, parole que j’ai entendue).
Cette instrumentalisation, souvent “caritative”, et parfois obligĂ©e, vise souvent Ă  pallier, au moindre coĂ»,t les carences gĂ©nĂ©rales des encadrements thĂ©rapeutiques mĂ©dicaux et psychologiques appropriĂ©s, qui font dĂ©faut.

Bien entendu, cette critique ne vise absolument pas les qualitĂ©s humaines, ni la valeur du travail rĂ©alisĂ© par les artistes et les troupes. Et encore moins la solitude et la dĂ©tresse de malades qui, souvent, ne trouvent qu’au thĂ©Ăątre la chaleur du lien qui adoucit leur souffrance.

Mais il y a lĂ  le risque d’apporter caution Ă  la faillite mĂȘme d’une organisation sociale bien moins soucieuse de l’humanitĂ© que de son “coĂ»t social” - Ă  partir du moment oĂč les individus ne sont plus “productifs”...

Et, au-delĂ , de voir le thĂ©Ăątre servir des “mĂ©thodes” quasi sectaires, ou para sectaires, de pseudo “thĂ©rapeutiques” (et j’en ai vu).

Reste une question: il est Ă©trange qu’aucune troupe n’ait, Ă  ma connaissance, le courage de se saisir, elle, de la critique du procĂ©dĂ©...

Je choque ici, peut-ĂȘtre – mais parfois faut-il aussi dire les choses comme on les pense.

Amitiés,

Anne Vernet


Le 26/09/11 19:18, « nath laul Â» <laulnath@gmail.com> a Ă©crit :

Bonjour Ă  tous,
 
Je suis Ă  la recherche de documentation concernant le thĂ©Ăątre thĂ©rapie...en particulier utilisĂ© enn cancerologie. Si quelqu'un a de rĂ©fĂ©rences Ă  me communiquer je lui serais trĂšs reconnaissante.
Bien Ă  vous,
Nathalie