référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2011-10/msg00004.html
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Re: Théâtre et cancérologie -- L¹art théâtral au service de la médecine. José Bau Diyabanza



Chers amis

Cette échange m'interesse beaucoup.
De Kinshasa où j'évolue, le théâtre est considéré comme une piste qui
peut encore soulager, mais ne guérit pas.
Je souhaote suivre l'évolution du débat et vous encourage tous.

Avec mes amitiés

Le 02/10/11, anne Vernet<jipeva@no-log.org> a écrit :
> Cher Serge Ouaknine,
>
> (et dans l¹emploi du terme, ³cher² n¹est pas formule de politesse, tant
> votre message m¹est une joie ­ pour autant qu¹on puisse oser en éprouver sur
> le sujet qui nous occupe ­ disons ³joie morale², ou ³joie intellectuelle²...
> bref, une joie qui soulage, simplement...)
>
> Je suis bien évidemment à votre disposition pour tout échange personnel sur
> ce sujet, mais je pense que ma réponse pourra intéresser tout le monde (et
> c¹est aussi un sujet qui nous intéresse tous ­ ce qui n¹exclut rien, et
> n¹oblige en rien, bien entendu).
>
> Votre témoignage du travail que vous menez avec des médecins est on ne peut
> plus précieuse: oui, je souscris tout à fait, ici, au ³service² que le
> théâtre peut rendre à ceux qui ont la parole en matière de maladie,
> c¹est-à-dire : les médecins et les malades.
> Le théâtre n¹a pas à ³mettre en jeu² une relation du malade à sa maladie :
> c¹est quelque chose qu¹on m¹a souvent proposé de faire, et que j¹ai toujours
> refusé, du moins jusqu¹ici.
> Le théâtre n¹a pas la parole en matière de maladie...
> Par expérience de l¹analyse, je sais à quoi ³l¹artiste², dans l¹hubris,
> pardonnez-moi, imbécile, de sa vocation, peut s¹exposer.
> Et, toujours par expérience, je sais qu¹il n¹a pas les moyens (l¹art n¹est
> pas là pour les lui fournir? C¹est une autre question, et c¹est celle de
> l¹art) de réagir à un contre-transfert autrement que par la ³rupture², de
> quelque manière qu¹elle se dise et se fasse...
>
> Nous visons dans une société effroyablement traversée de violence et de
> convoitise. Toute ³vérité² à ce propos (et à fortiori toute prétention à
> ³guérir² une telle société), proférée par nous à l¹alibi du théâtre mais
> hors de nos scènes devient une ob/scénité au sens strict.
>
> Toutefois, je voudrais partager ici avec vous, et avec tous ceux et celles à
> qui elle peut être utile, une réflexion seulement théâtrale:
>
> Brecht, qui fut d¹abord médecin (comme Büchner et Tchekhov) écrivit que ³le
> théâtre ne pouvait être et ne serait jamais un vecteur direct de
> l¹émancipation des hommes²...
>
> Je vais même plus loin: non seulement l¹art ne ³guérit rien², mais la
> médecine non plus...
> La vie est une maladie mortelle...
> La médecine, au meilleur d¹elle-même, ³sauve des vies²... Mais ça s¹arrête
> là, et c¹est déjà pas mal...
> L¹idée de ³guérison² (autrement dit revenir à ³l¹état de santé d¹avant la
> maladie²) ressort de la pensée magique (miracles et autres merveilles)
>
> Mais là où la médecine et l¹art nous apprennent la même chose, c¹est à vivre
> avec la maladie physique comme à comprendre le mal social, nos ³maux² et nos
> mots...
> Changer le monde, y assurer la plus belle et longue vie à chacun, n¹est
> affaire ni de jeu (pour le théâtre) ni de profit (pour la médecine)...
>
> Quoi qu¹il en soit, la raison d¹être première de tout ³spectacle², c¹est la
> mort ­ chose que Debord n¹a pas vu dans sa critique, pour moi assez
> démagogique, de ³la société du spectacle: c¹est peut-être cela d¹ailleurs
> que celle-ci tâche, inconsciemment, de dire, à chacun, par son excès
> même...).
>
> Car la mort ne s¹approche jamais par les vivants que comme spectacle: celui
> de la mort de l¹autre. Sinon c¹est que le mort, c¹est toi.
>
> Oui, il y a là, dans le fondement ontologique du théâtre ce qui nous dit que
> nous sommes vivants parce que nous voyons la mort.
> Les vieux Grecs savaient ce qu¹ils faisaient en nommant cet art-là ³Théâtre²
> - le vu voyant, traduction aléatoirement poétique que je propose.
>
> A partir de cela, oui, le théâtre a sans doute à faire et à dire ­ pour peu
> qu¹il s¹assume comme tel, mais c¹est là une toute autre question...
>
> ³Voir² la mort est précisément ce qui nous signe comme vivants...
>
> D¹où mon impossibilité d¹aborder la pratique de ³théâtre thérapie² avec des
> malades...
>
> On me propose, en revanche, des ateliers d¹écriture... que jusqu¹ici j¹ai
> toujours éludés, mais en approfondissant la réflexion, là, peut-être, y
> a-t-il une vraie ³valeur² à soutenir et nourri une parole à donner ³à ceux
> qui viendront après²...
>
> Très sincèrement à vous,
> Anne Vernet
>
>
> Le 02/10/11 09:02, « Serge Ouaknine » <serge_ouaknine@yahoo.fr> a écrit :
>
>>
>> Bonjour Anne Vernet
>> Je souscris totalement à votre critique. Je crois en l'art et non en la
>> thérapie ( dans le sens où vous l'énoncez) .
>> Depuis cinq ans je travaille avec des cancérologues et, en aucune façon,
>> avec
>> des malades. L'idée est que la personne qu'il faut aider est le médecin (
>> et
>> par ricochet le malade), si on veut espérer une relation plus "humaine" de
>> la
>> la relation médecin/malade dans ce qu'il est convenu d'appeler "l'annonce"
>> en
>> milieu médical.  Il y a là, dans "l'annonce" une connotation quasi
>> religieuse
>> en Occident. Mais ici l'Annonce n'est pas, celle bienheureuse de la
>> naissance
>> de l'enfant mais la tragédie du cancer ou de sa récidive. Parce que le
>> monde
>> médical est traversé par de plus en plus de détresse et même de réaction
>> de
>> violence, j'ai été approché  par un homme exceptionnel le Professeur Marc
>> Ychou, médecin oncologue et professeur de cancérologie à la Faculté de
>> Médecine de Montpellier. Voilà six ans. Ensemble nous avons conçu un
>> projet
>> pour les médecins cancérologues débutants ( nous avons aussi  donné des
>> Ateliers à des étudiant de 4e et 5 e années)  et aussi des médecins
>> hautement
>> spécialisés, ayant de 10 à 20 ans d'expériences. Je ne fais pas de
>> thérapie
>> mais un travail de conscientisation active, des actes et paroles du
>> médecin,
>> mettant en action une expérience de bientôt une quarantaine années dans le
>> théâtre expérimental et la formation de l'acteur. Je ne rencontre pas les
>> malades ou leur famille, sinon par la narration des médecins que je mets
>> en
>> situation et à qui je m'adresse "comme s'ils étaient des acteurs". Les
>> témoignages sont bouleversants.
>> Voici ci-dessous un maigre résumé de notre travail. Un livre est en
>> préparation pour édition en 2012.
>>
>> L¹art théâtral au service de la médecine.
>>
>> Souvent devant un scanner, une IRM, un rapport reçu par email, lettre
>> d¹introduction accompagnée d¹un CD, le médecin cancérologue reçoit le
>> malade et peut se trouver confronté à 3 types de situations :
>> 1- L¹annonce d¹un diagnostic de gravité. 2- L¹annonce d¹une récidive. 3-
>> Le
>> lien aux proches et à la famille.
>>
>> Le médecin est alors un acteur à plusieurs visages devant confronter des
>> situations auxquelles il n'a pas été préparé. Il construit  ses procédures
>> et
>> routines qui rapidement deviennent sa forteresse. Le moindre mot, le
>> moindre
>> geste ou silence du médecin prend valeur de signe à déchiffrer, une simple
>> interjection peut prendre une connotation dramatique, au regard et à
>> l¹écoute de celle ou de celui qui attend un verdict sur sa vie. Les
>> rapports
>> des malades face au médecins et à la médecine sont accablants! Le malade
>> attend un supplément d¹être et une écoute personnalisée alors que le
>> médecin est trop souvent sous la pression d¹un temps contraint.
>> C¹est à ce temps intime, à l¹être même du malade, que l¹Atelier <<Les
>> mises en scène du cancérologue>> sensibilise le médecin et l¹invite à
>> mieux se préparer à la relation médecin-malade.
>>
>> Depuis l¹aube des temps, théâtre et médecine sont nés du désir de
>> réparer la vie, d¹élucider des conduites à suivre, de repousser la peur,
>> la
>> douleur ou le spectre de la mort.
>> Le cancer renvoie à la mort, à la sensation physique et mentale que
>> désormais le temps est compté. Le diagnostic d¹un cancer, ou l¹annonce de
>> sa
>> récidive, instaure et éveille chez le malade une relation soudain
>> différente à sa propre vie : déni, mutisme, fragilité, sentiment de
>> culpabilité ou de colère, parfois curiosité compulsive sur Internet.
>>
>> Le médecin a été formé aux actes diagnostiques et thérapeutiques dans une
>> inflation technologique qui le place à distance d¹une relation sensible au
>> malade et à ses proches.Les mises en scène du cancérologue se déroulent au
>> fil de deux weekends intensifs, sur la scène d¹un vrai théâtre. Il n¹y a
>> pas de public, il ne s¹agit pas de voir ni de faire un spectacle et ce ne
>> sont
>> pas davantage un cours de recettes ou de procédures de communication. Les
>> Ateliers n¹ont pas pour objectif de juger des performances ou des
>> attitudes.
>>
>> Les médecins interagissent avec un couple d¹acteurs qui se prêteront à
>> différents rôles, sous le regard et la conduite d¹un metteur en scène
>> professionnel. Acteurs, médecins et metteur en scène seront tous ensemble
>> sur la scène, parfois en duo, ou en petits groupes.
>> Ils vivent un état de convivialité, de découverte mais aussi de moments de
>> partage d¹expériences, de narration ou de mises à distance réflexive et de
>> scène jouée et improvisée.
>>
>> L¹Atelier, Les mises en scène du cancérologue, a été conçu par Marc
>> Ychou, médecin oncologue et professeur de cancérologie à la Faculté de
>> Médecine de Montpellier, et Serge Ouaknine, metteur en scène et professeur
>> d¹université. Leur projet est né au carrefour vital de la médecine et des
>> arts, afin de bonifier la relation du médecin aux malades et aux proches.
>> Cette action a été accueillie avec enthousiasme par le corps médical, la
>> Ligue contre le Cancer et la Faculté de Médecine de Montpellier. Ils sont
>> assistés pour chaque atelier par la présence constante d¹un acteur et
>> d¹une
>> actrice professionnels, initiés à l¹univers du médecin. L'Atelier de 2012,
>> est le cinquième. Le groupe des médecins ne dépasse pas 10 personnes, pour
>> un maximum d¹attention et de relation qualitative.
>> Toutes les séances sont échafaudées sur une alternance d¹exercices
>> organiques préparatoires et de mises en situation et en jeu.
>>
>> Pour ne pas appesantir ce sujet sur la liste de Mascarene, démarche somme
>> toute très spécialisée et intimiste, si vous  le souhaitez, je vous
>> propose de
>> poursuivre cette communication de manière privée, en demandant au
>> responsable
>> de la liste de vus transmettre mon email.
>> Bien cordialement,
>>
>> Serge Ouaknine
>>
>>
>>
>>
>>>
>>> De : anne Vernet <jipeva@no-log.org>
>>> À : Liste de discussion en francais sur le theatre <mascarene@uqam.ca>
>>> Envoyé le : Lundi 26 Septembre 2011 23h16
>>> Objet : Re: théâtre thérapie
>>>
>>> Re: théâtre thérapie  Bonjour,
>>>
>>> Un site propose quelques pistes et quelques références d¹ouvrages sur la
>>> question:
>>>
>>> http://art-en-therapie.fr/recherchesscientifiques.aspx
>>>
>>> Pour ma part, je reste extrêmement sceptique sur la valeur en général de
>>> ³l¹art thérapie², et du ³théâtre thérapie² en particulier.
>>> Ma position est même très critique: certes, ce sont là des ³débouchés²
>>> pour
>>> beaucoup d¹artistes ­ débouchés que nombre d¹institutions encouragent
>>> sous la
>>> forme de ³missions²... (dans l¹esprit que ³là, au moins, le théâtre sert
>>> à
>>> quelque chose², parole que j¹ai entendue).
>>> Cette instrumentalisation, souvent ³caritative², et parfois obligée, vise
>>> souvent à pallier, au moindre coû,t les carences générales des
>>> encadrements
>>> thérapeutiques médicaux et psychologiques appropriés, qui font défaut.
>>>
>>> Bien entendu, cette critique ne vise absolument pas les qualités
>>> humaines, ni
>>> la valeur du travail réalisé par les artistes et les troupes. Et encore
>>> moins
>>> la solitude et la détresse de malades qui, souvent, ne trouvent qu¹au
>>> théâtre
>>> la chaleur du lien qui adoucit leur souffrance.
>>>
>>> Mais il y a là le risque d¹apporter caution à la faillite même d¹une
>>> organisation sociale bien moins soucieuse de l¹humanité que de son ³coût
>>> social² - à partir du moment où les individus ne sont plus
>>> ³productifs²...
>>>
>>> Et, au-delà, de voir le théâtre servir des ³méthodes² quasi sectaires, ou
>>> para sectaires, de pseudo ³thérapeutiques² (et j¹en ai vu).
>>>
>>> Reste une question: il est étrange qu¹aucune troupe n¹ait, à ma
>>> connaissance,
>>> le courage de se saisir, elle, de la critique du procédé...
>>>
>>> Je choque ici, peut-être ­ mais parfois faut-il aussi dire les choses
>>> comme
>>> on les pense.
>>>
>>> Amitiés,
>>>
>>> Anne Vernet
>>>
>>>
>>> Le 26/09/11 19:18, « nath laul » <laulnath@gmail.com> a écrit :
>>>
>>>> Bonjour à tous,
>>>>
>>>> Je suis à la recherche de documentation concernant le théâtre
>>>> thérapie...en
>>>> particulier utilisé enn cancerologie. Si quelqu'un a de références à me
>>>> communiquer je lui serais très reconnaissante.
>>>> Bien à vous,
>>>> Nathalie
>>>>
>>>
>>>
>>>
>>
>
>


-- 
José *Bau Diyabanza*
Commissaire Général de
L'Atelier-Théâtr'Actions *"ATA asbl"*
1 Rue Vundulu Q.Baboma/ Mfumu Ngandu
Tél: 00243 81 813 91 49
Kinshasa - Kimbanseke / R.D.Congo
prince@cooperation.net <http://www.cooperation.net/prince>
www.cooperation.net/prince

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Nous recommandons de ne pas diffuser de  courriels traînant toute
une série de messages antérieurs. Pour connaître les interventions
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>>> Pour être retiré de cette liste d'envois,

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    avec comme seule ligne de message:

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