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Critique d'un dispositif expérimental... anne Vernet



Title: Critique d'un dispositif expérimental...

Bonjour,

Au risque de fatiguer certains d’entre vous, mais afin d’en terminer avec le sujet, je voudrais décortiquer la qualité “scientifique” du discours de Y. Bressan sur cette expérimentation qui paraît sidérer quelques adeptes.

Et comme il se trouve que je dois la vie à la neurochirurgie et autres neurosciences (les sérieuses: celles qui s’occupent vraiment des gens malades ou blessés, avec des professionnels compétents), et que, du coup,  je parle un peu la technoscience du neurone dans le texte, je me propose de traduire quelques extraits de l’article signé par Y. B. dans le document titré “Cognisciences” que j’ai transmis il y a quelques jours (pp 6 & 7):

Le théâtral est un excellent tube à essais. En effet, il est une forme de réalité circonscrite dans l'espace et dans le temps à laquelle un sujet (le spectateur) va conférer une forme d'existence par son adhésion.”

Nous savons tous qu’il n’est jamais “qu’un” sujet, “le” ou “un” seul spectateur, lors d’une présentation théâtrale: en général dans ce cas, on rembourse - n’est-ce pas? Bon, passons et entrons dans le tube.

Voyons, dans un premier temps et de façon succincte, le protocole expérimental retenu. Il s’avérait fondamental d’intégrer le dispositif technique au dispositif artistique dès le montage de cette expérience.”

La qualité scientifique de la démarche qui prétend étudier l’effet neuronal objectif de l’art consiste-t-elle apparemment, ici, à faire danser le microscope...? Il faut croire que oui:

Plus précisément, le travail majeur de la mise en scène était de jouer avec le lourd environnement médical du scanner, l’intégrer dans la représentation, et ainsi brouiller les pistes entre réel et fictif.”

Votre mâchoire s’en décroche d’ahurissement.
Barba se retourne trois fois dans sa tombe.
Mise en scène de quoi, de qui?
C’est avec un scanner qu’on “joue”, maintenant? Or, il est dit plus loin “les expérimentateurs enregistrèrent, selon un protocole expérimental précis [non décrit, on doit être trop nuls], les IRMf des sujets”

Petit cours de vraie science: un scanner fonctionne par rayons X.
L’IRMf, c’est l’Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle.
Ça n’est pas du tout pareil, et pas du tout le même appareil.
Donc, ici, soit Y.B. a des rayons X qui donnent des images de résonance magnétique...Et là, c’est une grande première scientifique...
Soit son discours relève de la science de prendre ses lecteurs pur des truffes.
 
Mais continuons: il faut “ainsi brouiller les pistes entre réel et fictif”: oui, c’est bien ce qu’on se disait, aussi...
C’est sûr: brouiller les pistes et confondre le réel et la fiction, c’est super scientifique.

Un dispositif théâtral a donc été recréé en laboratoire.
=> je n’ai toujours pas compris en quoi le dispositif est “théâtral” - sinon qu’il n’est pas du tout scientifique, ça oui... mais... c’est peut-être ça?

Des représentations d’Onysos le Furieux, de Laurent Gaudé, furent filmées et diffusées en direct ...
=> D’ACCORD!!! voilà: le théâtre est dans le laboratoire, avec une grosse machine non identifiée, qui, elle est dans la représentation, mais pas dans le même espace que les spectateurs, qui eux sont ailleurs, et à qui du théâtre (dans lequel il n’y a pas la grosse machine qui, elle, est dans la représentation – vous suivez?) est retransmis filmé...Aaaaaaaah !!!!! C’est beau, la science.

... à chacun des 20 sujets- spectateurs qui se trouvaient dans un scanner situé dans une pièce voisine. Durant les 14 minutes de la représentation,

Là je ne comprend plus: il y a donc une pièce avec la première grosse machine, qui ne sert à rien qu’à brouiller les pistes, et dans l’autre pièce, il y a 20 PERSONNES DANS UN SCANNER !!!???
Ça existe maintenant les scanners de groupes?
Meuh non... : ces 20 personne, elles passent donc, une par une (vous imaginez le boulot, si au théâtre il fallait recommencer la présentation entière pour CHAQUE spectateur, tout seul, dans la salle?) un petit quart d’heure, dans un... on va dire un “machin” et à qui on projette, dans le machin, un clip de théâtre...

Voilà, c’est ça...: en fait, on fait croire à ces personnes qu’en réalité elles sont dans l’autre machine (celle qui brouille les pistes) et que ce sont elles qui vont être filmées en train de regarder le film, et donc que ce sont elles qui jouent... Et ça crée du réel fictif... Alors que le vrai réel, ce sera d’observer quand leurs neurones scintillent, parce que comme ça, et avec tout ça, on aura la preuve qu’il se passe quelque chose.
Qu’on n’est pas que morts, au théâtre.

J’espère au moins que vous aurez un peu ri...?
Ça ferait un un bon argument de pièce, ou de film: Charlot scientifique, empêtré dans les “scanners” et y oubliant les gens trop cuits....


J’arrête là l’analyse – tout le reste étant à l’avenant, notamment les “résultats” évidemment obscurs (CQFD)

Ce clip neuronal est dénué de toute validité : n’y sont ni le théâtre, ni la science. Mais la glose scienteuse, oui, et surtout prétentieuse, qui “met en scène” une pseudo expérience dans un unique but: décerveler ses cerveaux réfractaires à la molécule du bonheur et aux puces de sécurité-pour-tous.
Non seulement “l’expérimentation” n’y est qu’instantanéïté insignifiante mais la théâtralité même de son soi-disant critère est totalement faussée: car il n’y a théâtre que lorsqu’il y a simultanéité collective de perceptions individuées: la perceptivité collective influe sur ce que chacun perçoit, lequel nourrit la sensibilité de l’ensemble [et lorsque je rappelais les “moments” qui m’ont frappée au théâtre – et dans lesquels j’ai oublié Kantor, la Classe morte – la qualité de ces instants est indissociablement reliée, dans les faits et le souvenir que j’en garde, à la sensibilité collective qui, en moi, l’a portée. Et c’est cela, la “grammaire invisible qui nous constitue”...]

Mais Y. Bressant n’a, il faut croire, jamais mis les pieds au théâtre...

Aucun scientifique sérieux ne mènerait une recherche selon un “protocole” aussi délirant. Encore moins en tirer fierté. Comment une ânerie pareille a-t-elle pu trouver crédit, être autorisée, par qui? Combien cette clownerie pitoyable a-t-elle coûté?

Et là, si on ajoute à cela qu’il se trouve des béats pour y croire, à ce mauvais spectacle... pendant que des malades attendent, dans ces régions du monde où n’existent ni scanner ni Irm - et parfois même pas de radio, faute d’énergie...

On rit moins.

Anne Vernet

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