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Lapsus, petites rectifications et complément anne Vernet



Title: Lapsus, petites rectifications et complément

Bonjour,

Je m'aperçois que j'ai un peu trop vite enterré Eugenio Barba dans mon précédent message... Tombeau métaphorique, certainement théâtral: après tout, on y meurt et on se relève - enfin, la plupart du temps.
Bonne santé et longue vie à lui.

Merci aussi à Serge Ouaknine pour le rappel de la reconnaissance de Stanislavski pour Meyerhold - quoiqu'il me semble que celle-ci ait été postérieure à son assassinat (il est d'ailleurs probable que Stanislavski aurait pu payer de sa vie le fait de se ranger aux côté de son ex-élève au plus fort des purges staliniennes). La date exacte de ce noble geste serait éclairante – sur l’homme.

A propos de Stanislavski, je voudrais revenir aussi sur la qualification de “jésuite” que je lui ai portée, dans un raccourci un peu intempestif lors d’un de mes messages précédents: jésuite, il ne l’était bien sûr pas lui-même. Mais il était seulement, comme tout fils de bonne famille russe, nanti d’un précepteur français – donc au minimum formé par l’Ordre et aux techniques du Théâtre de Collège (dont j’ai donné un aperçu de la filiation avec la “Méthode” appuyé sur les travaux de Bruna Filippi) puisque la Prusse et la Russie fut leurs terres d’asile durant toute la Révolution et l’Empire et leur restèrent reconnaissantes jusqu’en 1905.

Enfin, pour en revenir à l’expérimentation de Y. Bressant, il faut sérieusement convenir qu’il n’y a rien de neuf dans le fait d’observer des signes de réactivité cérébrale à un stimulus extérieur, quel qu’il soit. Cela a été depuis longtemps expérimenté – au moins depuis l’après-guerre du siècle dernier, au moyen de ses appareils archaïques qu’était l’ECG et l’EEG, accessoirement baptisés détecteur de mensonges.

Lorsqu’on sait que le spectacle pris comme matériau pour l’expérience de Y. Bressant (Onysos le furieux de L. Gaudé) est l’une de ces œuvres “artaudiennes” magnifiques, incandescentes tout à la fois de violence, d’archaïsme et d’actualité – pour reprendre les mots de Roger Daniel Bensky – qu’on peut qualifier de psychédéliques au sens premier du terme de “révélateur”, on ne s’étonnera évidemment pas que le cobaye isolé manifeste des réactions comparables à celle du cobaye isolé suivant devant les mêmes “morceaux choisis”. Et certainement soigneusement “choisis” (lesquels? Mystère). Kubrick a largement traité des applications coercitives, et des implications éthiques, de la chose avec Orange Mécanique – autre œuvre “psychédélique”.

Qualifier “d’adhésion” la réactivité métabolique seconde à l’émotion répondant  à un stimulus aussi complexe est un abus absolu de langage, un “saut” injustifiable du point de vue scientifique – pour moi: une imposture.
Car ici, dans cet ordre de dénomination (“adhésion”), de quoi est-il question? Pas de mettre en jeu l’une des quatre forces cosmiques, non, même pas: nous voilà dans le registre des représentations affectives... Etonnement: on voudrait liquider le psychique mais lorsque ça arrange, on recourt à son lexique? Allons.

Dans cet ordre, et la situation dont il est question dans “l’expérience”, cette émotion même peut être, tout au contraire, rejet de l’adhésion. C’est-à-dire: répulsion – ou tout au moins distanciation, autoprotection...
Il ne s’agit pas d’une recherche, mais de la manipulation (ratée) d’un mauvais illusionniste qui ne veut prouver que ce qui l’intéresse à priori: qu’on adhère à lui.
Ce que l’IRMf “prouve”, et qui le fut depuis longtemps, c’est qu’il y a imprégnation transitoire du métabolique.
Un métabolique neurosensoriel par définition ouvert à son environnement (le propre du sensoriel).
Le cerveau “n’adhère” pas et ne reste pas scotché à ce qui nourrit sa fonction.
Si c’était le cas, il cesserait aussitôt de pouvoir fonctionner...

Il ne suffit pas de repeindre la vieille roue qu’on réinvente...
Mais comment se fait-il qu’une affirmation pareille soit reçue sans être soumise à critique?

Amitiés,

Anne Vernet