référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/2011-12/msg00012.html
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L’exploration du cerveau progresse mais pose une question d'éthique

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Info rédaction, publiée le 11 décembre 2011
L’exploration du cerveau progresse
Grâce aux progrès colossaux en imagerie cérébrale, il est déjà possible de savoir quelle image regardent des volontaires lors d'études scientifiques. Permettront-ils demain de détecter des mensonges lors d'un entretien d'embauche ou en matière judiciaire... voire de lire dans les pensées ?
Une étude publiée en septembre révélait qu’il était désormais possible de savoir quelle image regardait des volontaires en étudiant leur cerveau. "Des travaux en cours permettent, chez un individu particulier, de reconnaître qu'il a vu une maison, un visage ou un outil", indique le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux. Mais "de là à lire les pensées, je pense qu'on en est encore très loin" précise-t-il.
Toutefois, dans les années à venir, "il faut s'attendre à une plus grande résolution dans l'identification des objets de pensée consciente pour un sujet donné", indique ce spécialiste du cerveau. Reste, que "dans la pensée, il y a toujours un contexte, lié à la fois à l'histoire de l'individu et aux conditions dans lesquelles, au moment où l'individu pense, cette pensée s'élabore", explique-t-il à l'AFP.
Bien évidemment, se pose la question de l’éthique. Ne risque-t-on pas d’aller vers une manipulation des consciences ? Le Pr Changeux juge d’ailleurs que cette réflexion "aurait dû être intégrée" dans la loi de bioéthique votée cet été. L'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) s'est saisi de ce dossier et prévoit de publier un rapport en février 2012.
Utiliser les données cérébrales mais jusqu'à quel point ? 
En effet, les données d'imagerie cérébrale peuvent-elles être utilisées par la justice, ou lors d'entretiens d'embauche, par des assureurs ? Comment protéger la vie privée ? De multiples questions qui se posent nécessairement. Il y a un risque "de vouloir faire dire à des données scientifiques plus qu'elles ne veulent dire", a relevé cette semaine Lionel Naccache, chercheur à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), lors d'une audition organisée par l'OPECST.
Les belles images couleur du cerveau fournie par l'IRM fonctionnelle (IRMF) pourraient donner "l'illusion de mesurer réellement ce qu'est une pensée", un processus mental. "Le fantasme est là, il faut être très prudent", met en garde Yves Agid, directeur scientifique de l'ICM. "Ce n'est pas parce qu'un comportement se traduit par une image que la mise en évidence de cette image traduit un comportement", prévient-il.
L'image reste "très éloignée du fonctionnement neuronal" lui-même et "le scientifique a une bonne connaissance des limites de la méthode qu'il emploie", relève le Pr Agid. Mais pour d'autres acteurs de la société, "il y a tentation d'aller chercher quelque chose qui est de l'ordre de la vérité", note Jean-Claude Ameisen, président du Comité d'éthique de l'Inserm.
L'imagerie médicale déjà utilisée dans certains pays à des fins juridiques
Hélène Gaumont-Prat, spécialiste du droit médical à l'université Paris-VIII, a relevé les risques de voir l'IRMF utilisée pour la détection de mensonges lors d'entretiens d'embauche ou en justice. "Va-t-on faire parler des données cérébrales de la même façon que les empreintes génétiques ?" questionne-t-elle.
Aux Etats-Unis, explique-t-elle, on peut se servir de l'imagerie cérébrale pour montrer une altération des facultés mentales de l'accusé. En Inde par exemple, cette méthode a déjà été utilisée pour fournir une preuve à charge : une femme accusée d'empoisonnement a été condamnée à la perpétuité "parce que son cerveau traitait le mot cyanure de manière familière", rapporte TV5monde.
 
Serge Ouaknine

«Mais le silence n’est pas mutisme.»
Edmond Jabès